SUR LA SECONDE MÉDITATION.

[1] «Il faut donc que je demeure d'accord que je ne saurois pas même

comprendre par mon imagination ce que c'est que ce morceau de cire, et

qu'il n'y a que mon entendement seul qui le comprenne.»

[Note 58: Voyez Méditation II.]

Il y a grande différence entre imaginer, c'est-à-dire avoir quelque

idée, et concevoir de l'entendement, c'est-à-dire conclure en raisonnant

que quelque chose est ou existe; mais M. Descartes ne nous a pas

expliqué en quoi ils diffèrent. Les anciens péripatéticiens ont aussi

enseigné assez clairement que la substance ne s'aperçoit point par les

sons, mais qu'elle se conçoit par la raison.

Que dirons-nous maintenant si peut-être le raisonnement n'est rien autre

chose qu'un assemblage et un enchaînement de noms par ce mot _est_?

D'où il s'ensuivroit que par la raison nous ne concluons rien du

tout touchant la nature des choses, mais seulement touchant leurs

appellations, c'est-à-dire que par elle nous voyons simplement si nous

assemblons bien ou mal les noms des choses, selon les conventions que

nous avons faites à notre fantaisie touchant leurs significations. Si

cela est ainsi, comme il peut être, le raisonnement dépendra des noms,

les noms de l'imagination, et l'imagination peut-être, et ceci selon mon

sentiment, du mouvement des organes corporels, et ainsi l'esprit ne

sera rien autre chose qu'un mouvement en certaines parties du corps

organique.

Discours de la méthode · 第 58 / 93 题