I. Malgré son grand âge, l'auteur entreprend la seconde partie de ses
mémoires.--II. _A welcome breakfast_.--Curiosité des Français de Boston
mal satisfaite.--Adieux à l'équipage de la _Diane_.--La joie d'être en
pays ami.--Le plaisir d'un bon déjeuner après deux mois de
privations.--Installation provisoire à Boston.--III. M. Geyer.--La
chienne Black.--Sympathie des habitants de Boston pour les nouveaux
émigrés.--Le général Schuyler.--Vente des effets inutiles.--IV. Une
histoire d'amour.--V. Départ pour Albany.--Mme de La Tour du Pin apprend
la mort de son père.--Une forêt vierge.--La maison de bois.--Une belle
famille.--Une santé à Washington.--L'auberge de Lebanon.--Le compagnon
de lit de M. de Chambeau.--VI. Arrivée à Albany.--Incendie de la ville
par les nègres.--Aimable accueil du général Schuyler et de la famille
Renslaër.--Un songe réalisé.--Le _Petroon_.--Mme Renslaër.--Talleyrand
en Amérique.
I
À Lucques, le 7 février 1843.
Il est probablement très présomptueux de continuer à rédiger ses
mémoires à soixante-treize ans moins dix jours[1]. Mais ayant fini
aujourd'hui de copier la partie que j'en avais écrite sur des feuilles
volantes, je vous préviens, mon cher fils[2], que vous aurez le reste si
Dieu le permet, avec ou sans rature, tant que je conserverai un peu de
force, de raison et des yeux pour guider ma main. Une entreprise de ce
genre exige surtout de la mémoire, et il me semble que je ne l'ai pas
tout à fait perdue. Vous savez que j'ai conservé celle du passé tout
autant que celle du présent, et cette dernière ravive en moi des
souvenirs peut-être aussi pénibles que ceux des temps plus anciens,
quels qu'aient été les malheurs qui ont assombri ma longue vie.
Mais abandonnons les préambules. Retournons à l'entrée de la rade de
Boston, où j'ai laissé votre pauvre frère Humbert[3] dans le ravissement
de revoir les vaches, les prés, les arbres en fleurs et tout ce qui
s'était effacé de sa jeune imagination.