Qu'ils le fassent sans parler de lui. Il serait un trouble-fête aux
dîners, il serait impossible aux thés de l'après-midi, car sa vie
entière fut une protestation contre la parole en public.
«L'homme parfait s'ignore lui-même; l'homme divin ignore l'action; le
véritable sage ignore la réputation.»
Tels sont les Principes de Chuang-Tzù.
Le dernier livre de M. Pater[58].
[58] _Speaker_, 23 mars 1890.
Lorsque j'eus pour la première fois le privilège--que j'estime très
haut,--de rencontrer M. Walter Pater, il me dit en souriant: «Pourquoi
écrivez-vous toujours des vers? Pourquoi n'écrivez-vous pas en prose? La
prose est bien autrement difficile.»
Cela date du temps où j'étais étudiant à Oxford, temps d'ardeur lyrique,
où j'écrivais des sonnets travaillés avec soin, temps où l'on aimait la
complication exquise et les répétitions musicales de la ballade et de la
villanelle, avec l'enchaînement de ses échos amenés de loin, et sa forme
curieusement complète, temps où l'on cherchait solennellement en quel
état d'esprit il fallait être pour écrire un triolet, temps délicieux,
où je suis heureux de dire qu'il y avait bien plus de rime que de
raison.
Je puis franchement en convenir aujourd'hui. Je ne saisis pas très bien
alors le sens réel des paroles de M. Pater.
Ce ne fut qu'après une étude attentive de ses beaux _Essais_ si
suggestifs sur la Renaissance que je compris comment l'art d'écrire en
prose anglaise est, ou comment on peut en faire, un art merveilleux, et
conscient de lui-même.
L'orageuse rhétorique de Carlyle, l'éloquence ailée et passionnée de
Ruskin, m'avaient paru jaillir de l'enthousiasme plutôt que de l'art.
Je crois que j'ignorais alors que les prophètes eux-mêmes corrigent
leurs épreuves.
La prose du temps de Jacques I, je la trouvais exubérante; la prose du
temps de la Reine Anne me paraissait d'une calvitie terrible, d'une
raison irritante. Mais les _Essais_ de M. Pater devinrent pour moi «le
livre d'or de l'esprit, du bon sens, Écriture sainte de la Beauté.»
Ils le sont encore pour moi.
Certes, il se peut que j'en parle avec exagération: et même je l'espère
car il n'y a pas d'amour sans exagération, et là où l'amour fait défaut,
l'intelligence est absente.
C'est seulement à propos de choses qui ne vous intéressent pas que vous
pouvez exprimer une opinion vraiment impartiale, et c'est sans doute
pour cela qu'une opinion impartiale est toujours dépourvue de valeur.
Mais il ne faut pas que je laisse tourner à l'autobiographie cette
courte notice du nouveau livre de M. Pater.
Je me rappelle qu'en Amérique on me dit que quand Margaret Fuller
écrivait un essai sur Emerson, les imprimeurs étaient toujours obligés
d'envoyer chercher un supplément de _Je_, et il me paraît opportun de
profiter de cet avertissement transatlantique.
_Appréciations_ dans le beau sens latin du mot, tel est le titre donné
par M. Pater à son livre, qui est une collection exquise d'essais
exquis, d'oeuvres d'art délicatement travaillées,--dont quelques-unes
sont presque grecs en leur pureté de contour et leur perfection de
forme.
D'autres ont un air médiéval en leur étrangeté de couleur, en leur
passion communicative, et tous sont absolument modernes dans le sens
vrai du terme de modernité.
Car celui qui n'a de présent à l'esprit que le présent ne connaît rien
du siècle dans lequel il vit.
Pour bien comprendre le dix-neuvième siècle, il faut bien comprendre
chacun des siècles qui l'ont précédé, et qui ont contribué à le faire.
Pour savoir quelque chose sur soi-même, il faut tout savoir sur les
autres.
Il faut qu'il n'y ait pas un état d'esprit avec lequel on ne puisse
sympathiser, pas un type disparu d'existence auquel on ne puisse rendre
la vie.
Les legs de l'hérédité peuvent nous faire modifier nos idées sur la
responsabilité morale, mais ils ne peuvent qu'intensifier notre
sentiment de la valeur de la critique, car le véritable critique est
l'homme qui porte en soi les rêves, et les idées, et les sentiments
d'une myriade de générations, celui auquel nulle forme de pensée n'est
étrangère, pour lequel aucune impulsion émotionnelle ne manque de
clarté.
Le plus intéressant peut-être, et certainement le moins réussi des
essais réunis dans le présent volume est celui qui a pour titre le
_Style_.
C'est le plus intéressant, parce qu'il est l'oeuvre d'un homme qui parle
avec la grande autorité que donne la noble réalisation de choses
noblement conçues.
C'est le moins réussi, parce que le sujet est trop abstrait.
Un véritable artiste, tel que M. Pater, réussit surtout quand il a
affaire au concret, dont les bornes mêmes lui donnent une plus belle
Liberté, tout en exigeant une vision plus intense.
Et pourtant quel haut idéal on trouve en ces quelques pages!
Combien il est bon pour nous, en ces temps d'éducation populaire et de
facile journalisme, de s'entendre rappeler qu'une vraie culture est
essentielle à l'écrivain accompli, qui, «sincèrement épris des mots pour
eux-mêmes, observateur minutieux et constant de leur physionomie,»
évitera ce qui est pure rhétorique, ornement d'ostentation, mauvais
choix des mots par négligence, redondance sans portée, qui se fera
reconnaître à des omissions pleines de tact, par son habileté dans
l'économie des moyens, par son choix, l'art de se restreindre, et
peut-être surtout par cette construction artistique, consciente, qui est
l'expression de l'esprit dans le style.
Je crois que j'ai eu tort de dire que le sujet était trop abstrait.
Entre les mains de M. Pater, il devient vraiment très réel pour nous, et
il nous montre comment il faut qu'il y ait la passion d'une âme d'homme
derrière la perfection de style de l'homme.
Quand on passe au reste du volume, on trouve des _Essais_ sur
Wordsworth, sur Coleridge, sur Charles Lamb, sur Sir Thomas Browne, sur
quelques-unes des pièces de Shakespeare, et sur les rois qu'a créés
Shakespeare, sur Dante Rossetti et sur William Morris.
De même que celui qui traite de Wordsworth paraît être la dernière
oeuvre de M. Pater, de même celui qui a pour sujet le chanteur de la
_Défense de Guenevère_ est certainement son écrit le plus ancien, ou peu
s'en faut, et il est intéressant de remarquer le changement qui s'est
produit dans son style.
Ce changement n'est peut-être pas très apparent à première vue.
En 1868, nous voyons M. Pater écrire avec le même choix exquis des mots,
avec la même mélodie soignée, avec le même caractère, et d'un style qui
est presque analogue.
Mais à mesure qu'il avance dans la vie, l'architecture du style se fait
plus riche et plus complexe, l'épithète devient plus précise et plus
intellectuelle.
De temps à autre on peut être porté à trouver qu'il y a ici ou là une
phrase un peu longue, et peut-être, se hasarderait-on à dire, un peu
lourde, un peu empêtrée dans son mouvement. Mais s'il en est ainsi, cela
est dû à ces vues latérales, qui se révèlent soudain à l'idée pendant sa
marche, et qui ne font que la mettre en lumière; ou bien à ces heureuses
arrière-pensées qui donnent au dessin central un fini plus complet, tout
en gardant l'air charmant d'une trouvaille; ou bien à un désir
d'indiquer légèrement les nuances du sens avec leur accumulation
d'effet, et d'éviter, parfois, la violence et la rudesse d'une opinion
trop définie et trop exclusive.
En effet, au moins en matière d'art, la pensée est inévitablement
colorée par l'émotion.
Aussi est-elle fluide plutôt que fixée, et se reconnaissant dépendante
des états d'esprit et de la passion des beaux moments, elle n'acceptera
point la rigidité d'une formule scientifique ou d'un dogme théologique.
En outre, le plaisir critique que nous éprouvons à suivre à travers les
détours d'apparence compliquée, d'une phrase, le travail de
l'intelligence constructive, n'est point à dédaigner.
Dès que nous nous sommes rendu compte du dessin, tout paraît si clair et
si simple.
Avec le temps, ces longues phrases de M. Pater finissent par acquérir le
charme d'un morceau de savante musique, et par avoir aussi l'unité d'une
belle musique.
J'ai donné à entendre que l'essai sur Wordsworth est probablement le
morceau le plus récent que contienne le volume.
Si l'on pouvait faire un choix entre autant de bonnes choses, je serais
porté à dire que c'est aussi le meilleur.
L'essai sur Lamb est curieusement suggestif. Il évoque vraiment une
figure un peu plus tragique, plus sombre que celle que l'on a pris
l'habitude d'unir dans sa pensée à celle de l'auteur des _Essais
d'Elia_.
C'est un point de vue intéressant pour regarder Lamb, mais il aurait
peut-être éprouvé quelque difficulté à se reconnaître en ce portrait.
Il eut, à n'en pas douter, de grands chagrins ou sujets de chagrins,
mais il savait se consoler, séance tenante, des tragédies réelles de la
vie en lisant la première venue des tragédies de l'époque d'Elisabeth,
pourvu que ce fût dans l'édition in-folio.
L'essai sur Sir Thomas Browne est très agréable et possède le charme
étrange, personnel, fantasque de l'auteur de _Religio Médici_.
M. Pater saisit souvent la couleur et l'accent de tout artiste, de toute
oeuvre d'art dont il traite.
L'essai sur Coleridge, avec l'insistance qu'il met à recommander la
culture du relatif, comme opposition à l'esprit absolu, en philosophie
et en éthique, son appréciation élevée de la place du poète dans notre
littérature, est une oeuvre tout à fait irréprochable pour le style et
le fond.
La grâce dans l'expression et une subtilité délicate dans la pensée et
la phrase caractérisent l'Essai sur Shakespeare. Mais l'Essai sur
Wordsworth a une beauté intellectuelle qui lui est propre.
Il s'adresse non point au Wordsworthien ordinaire, avec son tempérament
dépourvu de critique, sa grossière confusion entre les problèmes
éthiques ou esthétiques, mais plutôt à ceux qui désirent séparer l'or de
la gangue, et arriver jusqu'au vrai Wordsworth, à travers la masse de
composition ennuyeuse et prosaïque, qui porte son nom, et qui sert
souvent à nous le cacher.
La présence d'un élément étranger dans l'art de Wordsworth est
naturellement admise par M. Pater, mais il en parle en passant
simplement au point de vue psychologique, et en faisant remarquer
combien cette qualité des états d'esprits élevés ou inférieurs produit
dans sa poésie l'effet d'une faculté qui n'était pas entièrement à lui
ou sous son «contrôle» d'une faculté qui va et qui vient à son gré, en
sorte que l'antique fantaisie d'après laquelle l'art du poète est un
enthousiasme, une forme de possession divine, paraît absolument vraie
pour lui.
Les premiers Essais de M. Pater avaient leurs _purpurei panni_ si
remarquablement bien faits pour être cités, comme le fameux passage sur
Monna Lisa, et cet autre où l'étrange idée que Botticelli se faisait de
la Vierge est si étrangement exposée.
Il est difficile de choisir dans le présent volume un passage de
préférence à un autre pour caractériser avec plus de précision la
manière de M. Pater.
En voici toutefois un qui mérite d'être cité tout au long.
Il contient une vérité éminemment appropriée à notre siècle.
«Que la fin de la vie soit non point l'action, mais la
contemplation,--_être_ en tant que distinct d'_agir_,--une certaine
disposition d'esprit, tel est sous une forme ou une autre, le
principe de toute moralité supérieure. En poésie, en art, si vous
entrez réellement dans leur esprit véritable, vous touchez, en
quelque sorte, ce principe: tous deux, par leur stérilité, sont un
type du fait de contempler sans autre objet que la simple joie de
contempler. Traiter la vie dans l'esprit de l'art, c'est faire de
la vie une chose dans laquelle fins et moyens ne font plus qu'un:
encourager cette attitude, telle est la vraie signification morale
de l'art et de la poésie. Wordsworth et d'autres poètes, qui ont
été comme lui en des temps anciens ou plus récents, sont les
maîtres, les experts dans cet art de la contemplation impassible.
Leur oeuvre ne tend pas à donner des leçons, à imposer des règles,
ni même à nous stimuler vers de nobles buts, mais à éloigner pour
un temps nos pensées du pur mécanisme de la vie, à les fixer par
des émotions appropriées sur le spectacle de ces grands faits de
l'existence humaine qu'aucun mécanisme ne domine, «sur les grandes
et universelles passions des hommes, sur les plus générales et les
plus intéressantes de leurs occupations, sur l'ensemble du monde de
la nature», sur «les opérations des éléments et les apparences de
l'univers visible, sur l'orage et l'éclat du soleil, sur les
révolutions des saisons, sur le froid et la chaleur, sur la perte
d'amis et de parents, sur les injustices, les ressentiments, la
gratitude et l'espoir, sur la crainte et la souffrance.» Assister à
ce spectacle avec les émotions qui conviennent, tel est le but de
toute culture, et une poésie comme celle de Wordsworth est une
nourriture substantielle, un stimulant pour ces émotions. Il voit
la nature pleine de sentiment et d'émotion. Il voit les hommes et
les femmes comme des parties de la Nature, passionnées, émues, en
un groupement étrange, en rapport avec la grandeur et la beauté du
monde naturel, images, ce sont ses propres expressions, d'hommes
souffrants parmi des formes et des puissances redoutables.»
Certainement le véritable secret de Wordsworth n'a jamais été mieux
exprimé.
Après avoir lu et relu l'Essai de M. Pater,--car il exige une seconde
lecture,--on revient à l'oeuvre du poète avec un nouveau sentiment
d'admiration, une sorte d'attente vive et passionnée.
Et c'est là ce qu'on pourrait regarder, sans trop approfondir, comme la
marque ou la pierre de touche de la plus fine critique.
Pour conclure, on ne peut s'empêcher de remarquer le délicat instinct
qui a conduit à donner son tour particulier au bref épilogue qui termine
ce charmant volume.
La différence entre l'esprit classique et l'esprit romantique dans l'art
a été souvent discutée, et avec une grande exagération d'emphase.
Mais avec quelle touche légère et sûre, M. Pater écrit sur ce point.
Combien ses distinctions sont subtiles et certaines!
Si la prose imaginative est vraiment l'art spécial de ce siècle, M.
Pater a droit à une place parmi les plus caractéristiques de ce siècle.
En certaines choses, il est absolument unique.
Le siècle a produit d'étonnants styles en prose, tout troublés
d'individualisme, et que l'excès de rhétorique rendait violents.
Mais chez M. Pater, comme chez le Cardinal Newman, nous trouvons l'union
de la personnalité et de la perfection.
Il n'a pas de rival dans sa propre sphère, et il a échappé aux
disciples.
Et cela, non point par ce qu'il n'a point été imité, mais parce qu'en un
art aussi fin que le sien, il y a quelque chose qui est, par essence,
inimitable.
Primavera[59].
[59] _Pall Mall Gazette_, 24 mai 1890.
Pendant le trimestre d'été, Oxford enseigne l'art exquis de la flânerie,
une des choses les plus importantes que puisse enseigner une Université,
et il vient de paraître dans cette aimable ville, un mignon et charmant
volume, oeuvre de quatre amis, qui peut-être forme les prémices de cette
rêverie sous le cloître gris, dans le silencieux jardin, qui a pour
effet de former ou de perdre un homme.
Ces quatre nouveaux poètes sont M. Laurence Binyon, qui vient de gagner
le prix de Newdigate; M. Manmohan Ghose, jeune hindou distingué par son
érudition, et par ses grands progrès en littérature qui donnent quelque
éclat à Christ Church; M. Stephen Phillips, qui a récemment joué le rôle
du Fantôme dans _Hamlet_ au Théâtre du Globe, avec une dignité et un
talent de diction si admirables; et M. Arthur Cripps, de Trinity.
Un intérêt particulier s'attache naturellement à l'oeuvre de M. Ghose.
Né aux Indes, de parents de pure race hindoue, il a été élevé uniquement
en Angleterre.
Il a reçu son éducation à l'École de Saint Paul, et ses vers nous
montrent avec quelle promptitude et quelle finesse se forment les
sympathies intellectuelles de l'esprit oriental et nous indiquent
combien est étroit le lien qui, peut-être un jour, unira l'Inde à nous
par d'autres moyens que le commerce et la force des armes.
Il y a quelque chose de charmant à trouver un jeune Hindou qui emploie
notre langue avec autant de souci de la mélodie et des termes que le
fait M. Ghose.
Voici une de ses pièces.
Par dessus ta tête, en joyeux détours,
à travers les vastes espaces du ciel, librement
les oiseaux volent avec de la musique dans les ailes,
Et de _la mer bleue, rude_
les _poissons brillent et bondissent_.
Il y a une vie des choses les plus charmantes
Sur toi, en ton sommeil si profond.
Aux profondeurs de l'Orient les cieux deviennent plus célestes
D'un soir à l'autre et _encore
les glorieuses étoiles se souviennent de paraître_;
Les roses, sur la colline
sont parfumées comme avant.
Seulement ta figure, chère entre toutes choses,
Je ne la verrai jamais plus.
Il y a là des défauts; il y a beaucoup de défauts.
Mais les vers que nous avons mis en italique sont charmants.
Le tempérament de Keats, les états d'esprit de Matthew Arnold ont
influencé M. Ghose: pouvait-il y avoir une influence meilleure pour un
débutant.
Voici quelques stances d'une autre poésie de M. Ghose.
Sous une ombre épaisse je m'étendrai, et sous l'ombre plus épaisse
encore
de la nuit, où pas une feuille ne connaît ses voisines;
Oubliant l'éclat des étoiles, oubliant
La visite printanière de la rose;
Et loin de tous les délices, préparant le repos à mon coeur.
Oh! n'implore pas le silence, toi! trop tôt, trop sûrement
L'automne viendra, et pleurera à travers ces branches:
Quelques oiseaux se tairont, des fleurs ne vivront plus
Et tu glisseras maigre toi tristement sous le sol.
Et tu seras silencieux dans ce sommeil éternel.
Il y a de la verdure encore, la où s'égare la blonde déesse:
Alors suis-la, jusqu'à ce que tout se flétrisse autour de toi.
Ne perds pas une vision de sa figure passagère.
Ne perds pas un bruit de sa robe moëlleuse, quand ici
Elle traîne sur les feuilles humides de l'année en son déclin rapide.
Le second vers est très beau, et l'ensemble annonce de la culture, du
goût et du sentiment.
M. Ghose arrivera un jour à se faire un nom dans notre littérature.
M. Stephen Phillips a une Muse plus solennelle, plus classique.
Son oeuvre la meilleure est son _Oreste_.
La Justice m'a appelé dans des pays lointains, la froide reine
parmi les morts, qui après la chaleur et la hâte
enfin trouve le loisir pour sa voix forte et ferme
qui puise du calme dans les grandes profondeurs de l'enfer.
Elle m'a appelé, me disant: «J'ai entendu un cri pendant la nuit?
Va et ne fais pas de question; dans ta demeure
ma volonté attend l'exécution.
..............................
........ Et elle gît là,
ma mère! oui, encore ma mère. O chevelure
avec laquelle j'ai joué dans cette demeure! O yeux
qui m'ont reconnu un instant à mon arrivée,
et se sont éclairés et ont battu d'affection;
et l'instant d'après ont été éteints par ma main! Oh! malheur à moi!
Vous ne vous poserez plus sur moi en ce monde.
Pourtant tu seras peut-être plus heureuse, si tu vas
En quelque terre de vent et de feuilles agitées,
dormir sous une étoile; mais quant à moi,
l'Enfer a faim, et les Furies infatigables attendent.
Milton et le procédé de la tragédie grecque, telles sont les influences
qui ont agi sur M. Phillips, et ici encore nous allons dire: quelles
influences meilleures pouvaient agir sur un jeune poète?
Son vers a de la dignité et de la distinction.
M. Cripps a parfois de la mélodie, et M. Binyon, le récent lauréat
d'Oxford, nous prouve dans son _Ode lyrique sur la jeunesse_, qu'il sait
manier adroitement un mètre difficile, et que, dans le sonnet suivant,
il est capable de saisir les doux échos qui dorment dans les sonnets de
Shakespeare:
Je ne puis relever mes paupières, quand s'en va le sommeil
sans être visité par des pensées de vous.
Le repos n'a rien dont la fraîcheur soit à moitié aussi profonde
Que le doux matin, qui réveille de nouveau mon coeur.
Je ne puis éloigner le trivial souci de la vie
que vous ne veniez aussitôt, furtivement, avec votre charme, vers moi?
Mes plus purs moments sont votre fidèle miroir;
Ma plus profonde pensée trouve en vous la vérité la plus brillante.
Vous êtes la charmante reine qui règne sur mon esprit,
le ciel constant pour la mer toujours agitée;
pourtant puisque c'est vous qui régnez sur moi, comment ne pas trouver
une plus douce liberté en une telle tyrannie.
Si les anxieux royaumes du monde étaient ainsi gouvernés,
leurs souffrances s'effaceraient, leur plainte s'éteindrait à demi.
En somme, _Primavera_ est un agréable petit livre, et nous nous
empressons de lui souhaiter la bienvenue.
Il est «établi» d'une façon charmante, et les étudiants de l'Université
gagneront à le lire pendant les heures de leçon.
FIN
TABLE
Un bon roman historique 1
Romans nouveaux 9
Deux biographies de Keats 15
Sermons en pierre à Bloomsbury 25
Un Écossais à propos de la poésie Écossaise 33
Le nouveau livre de M. Mahaffy 41
Fin de l'Odyssée de M. Morris 53
Le Virgile de Sir Charles Bowen 65
L'Unité des Arts 73
L'Art primitif chrétien en Irlande 79
L'Art aux salons de Willis 87
Vénus ou Victoire? 93
M. Caro, sur George Sand 101
M. Morris, au sujet de la tapisserie 111
La Sculpture aux Arts et Métiers 119
Imprimerie et Imprimeurs 125
Les beautés de la Reliure 131
La clôture des Arts et Métiers 139
Poétesses Anglaises 147
Le dernier volume de Sir Edwin Arnold 165
Poètes Australiens 171
Les modèles de Londres 181
Poésie et Prison 197
L'Évangile selon Walt Whitman 205
Le nouveau Président 217
Une des Bibles du Monde 225
Le Socialisme poétique 233
Essais par M. Brander Matthews 241
Le dernier livre de M. William Morris 251
Adam Lindsay Gordon 261
Le Livre Bleu de M. Froude 271
Le nouveau roman de Ouida 283
Un roman par un liseur de pensée 293
Le dernier volume de M. Swinburne 301
Trois Poètes nouveaux 309
Un Sage Chinois 317
Le dernier livre de M. Pater 335
Primavera 347