Il y a quelque trente ans vivait à Bayonne un de ces Juifs qui portent
besicles de corne sur nez crochu; dont le front et les joues ridés
reproduisent assez exactement une page criblée de caractères talmudiques
et dont les mains, semblables à des araignées, tantôt tissent la toile
grise de leur barbe, tantôt arpentent l'oscillante balance du peseur
d'or ou du joaillier.
Jacob Meyer était son nom.
Nous étions rejoints, lui et moi, par un goût commun de la pêche et de
la poésie. Il arrivait qu'après avoir parlé littérature nous
descendissions à l'Adour pour y tendre un filet. Nous nous fortifiions
avec l'odeur du goudron et de la mer toute proche. Il ne recevait guère
de visites que la mienne et de dames qui venaient lui régler les
intérêts d'un emprunt ou l'acompte d'une émeraude.
Avant que de me révéler le début des _Robinsons basques_, il me dit en
tenir la version de sa famille, et que celle-ci, de père en fils, se
l'était transmise.
De cette famille, un membre, le premier sans doute qui donna lieu à la
souche de Bayonne, repose dans le cimetière de La Bastide Clairence sous
le prénom d'Abraham.
Ce qui a laissé entendre à quelques simples d'esprit que le père d'Isaac
est enterré dans cette commune.