Il a eu un sourire pour son fils, puis, avec un douloureux soupir, il a
fermé les yeux...
--De l'eau! De l'eau!
De l'eau? Une source murmure là, tout près. Le chevalier s'est redressé.
Il aperçoit la source. Il va s'élancer.
A ce moment, du milieu d'un épais buisson, surgit un homme...
Maurevert!...
Maurevert a suivi à la piste Pipeau qui, maintenant, se roule sur le
gazon, saute, bondit, gémit, prouve l'allégresse de son âme par les
exorbitantes gambades qui sont sa façon de parler.
Maurevert, à trois cents pas de la voiture qu'il a aperçue, est descendu
de cheval, a attaché sa bête sous le couvert d'un bouquet de hêtres et
s'est avancé en rampant parmi les buissons...
Il a vu le chevalier descendre son père de la voiture...
Il l'a vu se baisser...
C'est le moment!...
Il frappera le chevalier encore baissé, dans le dos!...
Le chevalier se relève... les deux hommes sont presque face à face... le
chevalier désarmé, Maurevert, son poignard à la main... le poignard que
lui a donné la reine!
L'élan emporte Maurevert...
--Meurs! hurle-t-il dans un râle de joie sauvage! Voici ma réponse à ton
coup de cravache!...
Un cri terrible, un cri de femme retentit...
Le poignard s'est levé!...
Et, avant qu'il ne soit retombé, Loïse s'est jetée en avant... Elle a
reçu au sein le coup destiné à Pardaillan!... Elle tombe dans les bras
du chevalier!...
Toute cette scène a duré moins d'une seconde.
Déjà Maurevert a bondi en arrière, il court, il vole vers son cheval...
Pardaillan a déposé Loïse sur le gazon et, terrible, convulsé, rugissant
de douleur, il a fait un saut effrayant sur la pente raide de la
colline.
Vain effort...
Maurevert a atteint son cheval!
Et, avant de disparaître, il se retourne sur sa selle et vocifère: