--La lettre d'Alice! rugit Panigarola en saisissant le papier. Ah! je
comprends! Ah! vous êtes grande et terrible!... Oui, il l'aime, il
l'adore, et cette lettre peut le tuer plus sûrement qu'une balle au
coeur!
--Ainsi, nous sommes d'accord?... Vous montrez la lettre a Marillac?...
Vous la lui faites lire?
--Oui, oui!...
--Et alors, vous emmenez Alice. Ce sera à vous de la consoler... elle
ne demande qu'à vous croire... je l'ai interrogée, marquis... soyez sûr
qu'elle ne vous hait pas! Une voiture vous attend... Vous l'avez vue, je
pense?
--Mais lui! lui! Il va donc venir ici?...
--Il va venir. Là est l'essentiel. Et si, malgré la lettre, il veut
garder Alice pour lui? S'il la veut infâme et couverte d'opprobre comme
vous allez la lui montrer? Si son amour survit à cette révélation, comme
votre amour à vous a survécu à ses trahisons?...
--Madame! Madame! râla le moine.
--Il faut tout prévoir, poursuivit Catherine d'une voix effroyablement
calme. Si Marillac vous dispute Alice...
D'un geste violent, le moine écarta sa robe.
Sous cette robe, il apparut vêtu en gentilhomme, d'un costume d'une rare
magnificence. Il apparut «tel qu'il était jadis, l'élégant marquis au
pourpoint de soie, à la collerette de dentelles précieuses, une chaîne
d'or au cou, une forte dague à la ceinture.
Farouche, il tira la lame courte, épaisse, trapue et, d'une voix
sifflante, haleta:
--Voilà qui décidera!