des chansons de geste? Charlemagne et ses barons combattent depuis
vingt-sept ans en Espagne, accablés par les fatigues de ces luttes
continuelles et le poids des ans. Avec toute la jeunesse de
France, avec les fils de ces héros épuisés, Guy de Bourgogne va au
secours du grand empereur et de ses compagnons, et quand il les a
retrouvés et reconnus, il s'écrie, s'adressant à ses camarades:
Barons, plus de retard, vite à terre,
La pointe de vos épées en bas,
Prosternez-vous sur vos coudes et vos genoux.
L. Gautier. Epopées françaises, t. II, p. 384.
(55) Congrès archéologique de France, 1907. Avallon, p. 164-167.
(56) The history of the Norman Conquest of England, t. III, p.
708-711.
(57) Harold est représenté sans moustache Pl. III, nO 28; mais
l'inscription ne laisse alors aucun doute sur son identité.
(58) La Tapisserie de Bayeux, p. 35.
(59) De cette façon de rendre les villes, les Chroniques
Anglo-Saxonnes nous présentent un autre exemple. En 1093, la ville
d'Alnwick (Northumberland) était sur le point d'être prise. Le
gouverneur feignit de vouloir la rendre, il tendit ainsi les clés
au bout d'une lance, et au moment où, sans défiance, le vainqueur
Malcolm, roi d'Ecosse, s'avançait pour les prendre, il lui brisa
traîtreusement le crâne. Lingand, Hist. of England, 1819, I, 471.
(60) Léon Gautier. La chevalerie, p. 15, n. 1.
(61) Hist. Gall., XI, p. 155.
(62) V. 10831.
(63) The Bayeux Tapestry, p. 69. Freeman, III, p. 247 et 697.
(64) Ibid., p. 69.
(65) Nous ne savons comment l'abbé Laffetay (p. 56) et d'autres
ont pu prendre ce personnage pour une femme: il porte le bliaud
des hommes de la Tapisserie et son costume ne ressemble en rien à
celui d'Ælfgyva, Pl. II, n° 17, et de la femme sortant de la
maison incendiée, Pl. VI, n° 54.
(66) Fowke, ibid., p. 71.
(67) Fowke, ibid., p. 75.
(68) La Tapisserie de Bayeux, p. 57.
(69) Chacun sait que la tour lanterne, entre le chœur et la nef,
est une des caractéristiques de l'école d'architecture normande, à
laquelle se rattachent les constructions anglaises de cette
époque.
(70) Ibid., p. 58.
(71) Freeman a réuni tous les éléments de la question. T. III, p.
578-600.
(72) Est-il certain que Harold ait été sacré par Stigand?
assurément non. La question est des plus obscures. Certains
pensent que l'archevêque d'York Ealred, choisi pour cette
cérémonie, étant tombé malade, n'y avait pas encore procédé lors
de la bataille de Hastings. V. Freeman, t. III, p. 616-621, Aug.
Thierry. Conquête de l'Angleterre, t. I, p. 279.
(73) Ibid., p. 86. Laffetay, La Tapisserie de Bayeux, p. 60.
(74) Laffetay, p. 61. Comte, p. 48.
(75) The Norman Conquest, III, p. 650.
(76) The Norman Conquest, III, p. 260.
(77) Hist. Gall., XI, p. 236 B.
(78) Un des traits caractéristiques de la Tapisserie, c'est son
réalisme, et nous devons accepter ses dessins comme des
témoignages historiques; il y a, pourtant, des exceptions, et
nous en avons une ici, dans le débarquement des chevaux. Il était
impossible de les faire sauter par-dessus le bordage du navire. On
avait certainement imaginé un dispositif que l'artiste n'a pas
connu et que, par suite, il n'a pas représenté.
(79) Fowke, p. 102.
(80) N'est-ce pas pour un motif analogue, que Harold n'a pas de
manteau quand il vient pour la première fois avec Guillaume au
palais de Rouen (Pl. II, n° 15)? S'il le porte dans les autres
scènes, c'est vraisemblablement sur l'invitation formelle de
Guillaume, qui tient à le combler d'honneurs.
(81) L. Gautier. La chevalerie, p. 650.
(82) The Norman Conquest, III, p. 408.
Ces travaux furent exécutés avec la plus grande célérité, et un
vieil auteur veut voir là l'origine du nom.
Une tur ferme e renuvele
Une tour fut construite et élevée
Ke li Ducs Hastinges apele
Que le Duc appela Hastinges
Hastivement ke fut fermée
Comme elle fut construite hâtivement
Et pur co fut si appelée.
Elle fut ainsi appelée.
(83) The Norman Conquest, III, p. 415 .
(84) Planché. Journal Brit. archæol. Assoc., vol. XXIII, p. 150.
(85) Voir page 112 et Hist. Gall., XI, p. 235 A.
(86) Hist. Gall., XI, p. 236 B.
(87) Henri de Huntindon. Hist. Gall., vol. XI, p. 208 C.
(88) Ce bonnet de laine ou de fourrure, nous l'avons déjà vu porté
par Harold, pendant la traversée de la Manche (Pl. I, n° 5), et par
le personnage qui accompagne Guillaume se dirigeant vers le Mont
Saint-Michel (Pl. II, n° 18).
(89) Francisque Michel. Chroniques anglo-normandes, v. III. De
Hastingæ Prælio, v. 477-480.
(90) Aussi prompt qu'un lion furieux, il s'élance sur le jeune
homme, le renverse à terre en s'écriant: « Reçois de ma main
cette très légitime récompense. Si mon coursier est mort, c'est en
combattant à pied que je te la donne. »
(91) Oman. England before the Norman Conquest.
(92) Hist. Gall., XI, p. 185 C.
(93) Quicherat. Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, vol. II, p.
91.
(94) Freeman. Ibid., p. 766-769.
(95) Ordéric Vital. Hist. Gall., vol. XI, p. 236 C.
Guillaume de Poitiers. Ibid., p. 96 C.
(96) Voir p. 99.
(97) Handbook of the nothern runic monuments of Scandinavia, by Dr
Georges Stephens, p. 16. Freeman, p. 748.
(98) Ce n'est pas sans raison que Freeman (III, p. 574) attache une
importance spéciale à la représentation de ce dragon et y voit
une preuve que la Tapisserie a été exécutée dans les premières
années qui ont suivi la conquête. Plus tard, avec le temps qui
atténue toujours les souvenirs, on n'aurait pas songé à ce détail,
pourtant si intéressant.
(99) Les archers normands avaient beau lancer de nombreuses
flèches sur les Anglais qui se protégeaient avec leurs boucliers,
ils ne parvenaient pas à les atteindre, ni même à les apercevoir
pour les bien viser. Après avoir pris conseil, ils décidèrent de
tirer haut pour que les flèches, en tombant, atteignissent les
Anglais à la tête. Cet avis fut suivi. Les archers tirèrent très
haut et les flèches frappèrent les Anglais au visage et crevèrent
les yeux de beaucoup. Alors ils n'osaient ouvrir les yeux, ni
découvrir leur visage, car les flèches tombaient plus épaisses que
la pluie chassée par le vent. Une de ces flèches atteignit Harold
à l'œil droit et le lui creva. Harold l'arracha, la rejeta après
l'avoir brisée de colère, et, vaincu par la douleur, s'appuya sur
son bouclier.
(100) Guillaume de Malmesbury. Hist. Gall., XI, 184 D.
(101) Mém. de la Société des Antiquaires de Normandie, vol.
XXVIII, p. 187.
(102) On fixerait ainsi la chronologie des événements:
A la fin de l'été 1064, Harold s'embarque pour la Normandie et est
fait prisonnier par Guy de Ponthieu; en novembre il est rendu à
la liberté; en février ou mars 1065 commence la campagne de
Bretagne; et l'année suivante, à peu près à la même époque,
serait venue en Normandie la nouvelle de la mort d'Édouard, et du
couronnement de Harold. A propos de cette dernière date nous avons
fait de sérieuses réserves. Voir p. 81.
(103) Comp. Dessin, p. 144.
(104) Le lièvre enlevé par l'aigle se reconnaît sans difficulté;
l'épervicr sur le passereau a beaucoup souffert, mais
l'identification paraît néanmoins certaine.
(105) Nous retrouvons ces fables dans La Fontaine, mais la cigogne
y remplace la grue; la perdrix, le passereau.
(106) Laffetay. La Tapisserie de Bayeux, p. 38.
(107) The Norman Conquest, III, p. 572.
(108) Voir l'explication de la scène: unus clericus et ælfgyva,
pl. II, n° 17, p. 52.
(109) Hist. Gall., XI, p. 95.
(110) Nous avons déjà remarqué que la Tapisserie nous donne de la
conquête, et des faits qui l'ont précédée, la version admise en
Normandie à la cour de Guillaume.
(111) Pour son serment, quand Harold étendit sa main sur le
reliquaire, elle trembla, et un frisson secoua son corps.
(112) En fait, l'expédition conserva ce caractère religieux. La
Tapisserie nous montre l'évêque Odon bénissant le repas, et
Guillaume porte toujours l'étendard crucifère béni par le pape. De
leur côté, les chroniqueurs sout unanimes à nous dire que l'armée
normande se prépara au combat par la prière et la pénitence; enfin
qu'elle entendit la messe et communia dans la matinée du 14
octobre, avant d'aller au combat.
(113) Guillaume de Jumiège, VII, 35. Migne. Patrologie latine, 149,
p. 874.
(114) Guillaume de Malmesbury. Hist. Coll., XI, 183 D.
Freeman, The Norman Conquest, III, p. 436.
(115) Hist. Gall., XIV, p. 338. Comp. infra p. 173.
(116) Le Prieur. Le Portrait en France. L'Artiste, 1891, I, 19.
(117) On peut comparer à cet égard les fresques de Saint-Savin. M.
Magne dans l'OEuvre des peintres verriers en France, p. XIV,
remarque que les artistes, qui nous ont donné les ensembles les
plus harmonieux, se préoccupaient peu de l'exactitude des tons
qu'ils employaient, et que les cheveux bleus ou verts abondent
dans les vitraux, surtout dans ceux de Poitiers et de Reims.
(118) Pour la distinction des broignes treillissées ou maclées, V.
infra, p. 161-162.
(119) Saint-Omer faisait alors partie du comté de Flandre.
(120) D'une note de la notice sur la Tapisserie de Bayeux par l'abbé
Laffetay, 3e édition, on doit induire que jusque vers 1880, on
n'avait pas remarqué l'existence de ces coutures.
Il semble pourtant qu'on en puisse tirer quelques considérations
intéressantes.
(121) C'est à tort que Fowke (p. 20), et d'autres commentateurs, ont
cru à l'emploi de laine noire. Pour démontrer cette erreur, il n'y
a qu'à comparer la laine réellement noire de la restauration, avec
la laine bleu foncé de la partie ancienne.
(122) Comment ne pas rapprocher de ce travail, cette autre broderie
d'origine Scandinave du musée normand de Rouen représentant
l'adoration des mages? Le travail est plus grossier, mais on
retrouve le même caractère principal, les fils tendus
parallèlement et maintenus par d'autres fils qui les croisent. N'y
a-t-il pas là une indication de l'origine de cette sorte de
broderie?
(123) Nous avons p. 145 indiqué notre sentiment sur l'origine du
dessin.
(124) Nous ne pourrions modifier cette conclusion d'ensemble, même
en admettant qu'une partie du travail a été confiée à cette
Anglaise nommée Leviet, qui, d'après une tradition, eut l'honneur
d'être employée à ce travail par la reine Mathilde.
(125) On a soutenu que la présence de ces fleurs de lys (?)
attestait que la Tapisserie n'était pas antérieure au XIIe siècle.
C'est une erreur et sans remonter aux Egyptiens et sans multiplier
les exemples, disons qu'on les rencontre fréquemment dans les
manuscrits, notamment dans le Psautier d'Utrecht, qui n'est pas
postérieur au IXe siècle.
Elles se trouvent également sur le sceau d'Édouard le Confesseur.
(126) Hist. Gall., X, p. 66 E, v. 98. Quicherat, p. 140-146.
(127) Hist. des Gall., XI, p. 183 C.
(128) Quicherat, p. 143-158. Raoul Glaber, Hist. Gall., X, p. 42
D. Steenstrup, p. 39. Ordéric Vital. Ibid., XII, p. 637.
Ce texte général se rapporte à la fin du XIe siècle, vers 1090. La
mode persista, malgré les prédicateurs et Ordéric Vital nous
raconte qu'en 1105, Henri Ier , Beauclerc, roi d'Angleterre, étant
venu à Carantan, l'évêque de Sées, Serlon, dans un sermon
critiqua énergiquement ses longs cheveux et lui demanda de les
couper et de donner ainsi un louable exemple à ses sujets. Le Roi
se soumit et son exemple fut suivi par toute sa suite.
(129) Hist. Gall., X, 77, n° 27. XII, p. 637 D.
(130) Enlart. Le musée de sculpture comparée du Trocadéro, p. 65 et
71.
(131) The Norman Conquest. V. III, p. 574.
(132) L. Gautier, La chevalerie, p. 720 n. Viollet-le-Duc. Dict. du
mobilier, VI, 84. Quicherat, Hist. du Costume, p. 139, pense que
ce carré indique une poche.
(133) Fairholt et Dillon. Costume in England, I, p. 83. Planché.
Cyclopedia of Costume, I, 348.
(134) On peut être surpris de voir que nous ne nommions jamais
haubert, l'armure des hommes d'armes de la Tapisserie, alors que
dans un poème presque contemporain, bien qu'un peu postérieur, la
Chanson de Roland, broigne et haubert soient synonymes. D'abord
nous ne savons pas de façon précise quand cette synonymie a
commencé à être admise; mais ce qui nous a surtout déterminé,
c'est que dans la langue actuelle, le mot haubert, malgré son
origine germanique, désigne toujours le vêtement de maille qui n'a
été usité que plus tard.
(135) Il existe une troisième sorte de broigne dite clavaine,
formée de plaques de fer juxtaposées, mais nous n'en trouvons pas
d'exemple dans la Tapisserie.
(136) On remarquera que, contre toute vraisemblance, la jambe
gauche de la broigne de Guillaume n'est pas semblable à la droite,
et que, comme les bras, elle n'est protégée que par de simples
anneaux. Nous avons vu que c'est un artifice du dessinateur pour
bien distinguer les différents membres. Comp. p. 145.
(137) Le heaume de Guillaume (Pl. VI, n° 55) se prolonge un peu à
l'arrière. C'est certainement une première tentative de protéger
la nuque du chevalier. Elle sera d'ailleurs très adoptée au siècle
suivant. Demay, Le Costume de guerre et d'apparat, p. 17.
(138) M. Lefèvre des Nouettes. Bull. monumental, 1912, p. 229.
M. Marignan. La Tapisserie, p. 67.
(139) Le Duc le reconnaît et en vrai chevalier il se précipite
tout à coup sur lui, et le saisissant par le nasal de son casque,
le jette la tête à terre, et lui tourne les pieds vers les cieux.
(140) Louandre. Les arts somptuaires.
(141) Furieux, il enlève le casque de sa tête et montre son visage
à ses Normands. Guy d'Amiens. Ibid., v. 448-449.
(142) Steenstrup, Die Bayeux-Tapete, p. 38.
(143) Les Anglais s'en servent au commencement de la lutte pour
empêcher les Normands d'arriver jusqu'à eux.
(144) M. Fairholt et Lord Dillon. Costume in England, I, p. 65.
(145) Ibid., 83. Planché. Cyclopedia of Costume, I, 348.
(146) Oman. The Art of War, p. 24.
(147) Lord Dillon. John Alexander Smith. Proceeding of the society
of antiquaries of Scotland, v. X (session 1873-1874).
(148) Hist. Gall., v. XI, p. 96 B.
Oman. England before the Norman Conquest, p. 645.
(149) Les chevaux et les cavaliers de la Tapisserie de Bayeux, p.
36 et s.
(150) Bulletin monumental, 1912, p. 241.
(151) Archives du Nord.
(152) Bull. mon., 1912, p. 228.
(153) Hist. Gall., XIV, p. 240; traduction de L. Gauthier, la
Chevalerie, p. 465.
(154) Comp. p. 46.
(155) Emile Travers. Congrès archéologique de France, 1908. Caen,
I, p. 184.
(156) Hist. Gall., vol. II, p. 250 B, 368 C, 409 B. Le duc de
Normandie, Guillaume Longue Epée, qui parlait la langue nationale
des anciens normands, Daciscæ religionis linguam, voulut la
faire apprendre à son fils et pour cela, il l'envoya à Bayeux, qui
avait mieux conservé cette langue que Rouen. Nyrop. Grammaire
historique de la langue française, t. I, p. 19.
(157) III, p. 572.
(158) The Bayeux Tapestry, p. 23.
(159) M. Anquetil dans son étude sur la Tapisserie, remarque aussi
les W, formés de deux V rapprochés ou enlacés. La hauteur égale
des jambages, leur forme rectiligne, la place des pleins sont,
nous dit-il, des preuves que l'ouvrage n'a pas été fait en
Angleterre, car alors les jambages seraient inversés, et leurs
pleins seraient à l'opposite.
(160) Laffetay, p. 28.
(161) La Tapisserie de Bayeux, p. 1.
(162) Lanore. La Tapisserie de Bayeux. Bibl. de l'école des
Chartes, 1903, p. 84.
(163) Marignan. Ibid., p. 15.
(164) Méthodes du passé, p. 169.
(165) Le costume de guerre et d'apparat. Le costume par les
sceaux.
(166) Dans le Bulletin des antiquaires de France, t. 72, p. 21-32,
M. Butin a caractérisé ainsi la situation avec l'autorité qui lui
appartient. « La lance posée sur l'arrêt était complètement
immobilisée, et il fallait que le cavalier fût transporté en
projectile, au galop du cheval, pour utiliser l'arme ainsi
arrêtée. »
(167)
Il éperone son cheval et le lance à bride abattue,
Des plus rudes coups qu'il peut porter le comte frappe le païen,
Il fracasse son écu, lui rompt les mailles de son haubert,
Lui tranche la poitrine, lui brise les os,
Lui sépare toute l'échiné du dos,
Et avec sa lance lui jette l'âme hors du corps.
Le coup est si rude qu'il fait chanceler le corps du sarrazin,
Si bien que Roland, à pleine lance, l'abat mort de son cheval,
Et que le cou du Sarrazin est en deux morceaux.
Des éperons d'or fin, il pique son cheval
Et va frapper sur Corsablis un coup terrible.
L'écu est mis en pièces, le haubert en lambeaux;
Il lui plante sa lance au milieu du corps.
Le coup est si rude que le Sarrazin chancelle et meurt.
A pleine lance l'abat mort sur le chemin.
Trad. de Léon Gautier.
(168) Il brise son écu et rompt son haubert,
Lui enfonce dans le corps les pans du gonfanon,
De ce rude coup de lance, le renverse mort de l'arçon.
(169) Dans le Roman de Rou, postérieur à la Chanson de Roland, la
lutte présente les mêmes caractères. Les combattants se
précipitent les uns contre les autres se portant des coups
violents qui parfois donnent la mort, parfois désarçonnent les
cavaliers, ou brisent seulement leurs lances dont les éclats
volent en l'air. A titre d'exemple nous citons ce passage, v.
6733.
Dunc vessiez dures médlées Vous auriez vu de rudes mêlées,
Colps de lances et colps d'espées Des coups de lance, des coups
d'épée,
Fraindre lances et peschoier: Des lances brisées et abattues,
Baruns chair, selles vidier Des barons tomber, et abandonner leurs
selles,
Mult veissiez vassals juster, Bien des chevaliers combattre,
Li uns, li altres encuntrer, Aller au-devant les uns des autres,
L'un cheval à l'altre hurter Le cheval de l'un heurtant celui de
l'autre,
E traverser et tresturner; Le dépasser et revenir,
Li trus des lances has voler. El les tronçons de lances haut
voler.
(170) On ne s'est peut-être pas assez préoccupé de l'escrime
adoptée pour classer nos vieux poèmes du moyen âge. Pourtant on y
trouverait des arguments sérieux, qui viendraient corroborer les
données de la linguistique; ainsi comme preuve de l'antiquité de
la mort de Germond, ne peut-on pas faire remarquer que les
chevaliers s'y servent encore de leurs lances comme d'un javelot,
ainsi que faisaient les Grecs et les Romains?-
(171) Ibid., p. 23.
(172) Ibid., p. 42.
(173) The Norman Conquest, III, p. 572.
(174) Die Bayeux-Tapete, p. 45.
(175) The Norman Conquest, III, p. 572.
(176) Les érudits qui rejettent la tradition se divisent en deux
classes très distinctes: 1° ceux qui croient que la Tapisserie
est postérieure à la mort de Guillaume; parmi eux, nous citerons:
lord Lyttleton, Hist. of Henry II, VI, p. 353, éd. 1769; l'abbé
de la Rue, Recherches sur la Tapisserie de Bayeux, 1825; Travers,
Congrès archéologique de France, LXXV, Caen, 1908, t. I, p. 182;
2° les auteurs qui pensent que la Tapisserie, tout en ayant été
faite pour la consécration de la cathédrale en 1077, a été
commandée par Odon; parmi eux nous citerons, Laffetay, p. 32;
Steenstrup, p. 45; Freeman, v. III, p. 572.
(177) Inventaire des joyaulx, capses, reliquiairs, ornemens,
tentes, paremens, livres, et autres biens apartenans à l'église
Nostre-Dame de Bayeux, et en icelle trouvés, veus et visités par
venerables et discretes personnes maistre Guillaume de Castillon,
archidiacre des Vetz, et Nicole Michiel Fabriquier, chanoines de
ladite église, à ce députez et commis en chapitre général de
ladite église, tenu et célébré après la feste de sainct Ravent et
sainct Rasiph, en l'an mil quatre cent septante-six, très révérend
père en Dieu Mons. Loys de Harecourt, patriarche de Jérusalem,
lors évêque, et révérend père maistre Guillaume de Bailleul, lors
doyen de ladite église; et fut fait ce dit inventaire en mois de
septembre par plusieurs journées, à ce presens les procureurs et
serviteurs du grand cousteur de ladite église, et maistre Jehan
Castel, chapellain de ladite église, et notaire apostolique; et
icy est redigé en françois et vulgaire langage pour plus claire et
familière désignation desdits joyaulx, ornements et autres biens,
et de leurs circonstances, qu'elle n'eust pu estre faicte en
termes de latinité, et est ce dit inventaire cy-après digeré en
ordre, et désigné en distinction en six chapitres...
Ensuivent pour le tiers chapitre les pretieux manteaux et riches
chapes trouvés et gardés en triangle qui est assis en costé dextre
du pulpitre dessous le crucifix.
Premièrement: Ung mantel duquel, comme on dit, le duc Guillaume
estoit vestu quand il épousa la ducesse, tout d'or tirey: semey de
croisettes et florions d'or et le bort de bas est de or traict à
ymages faict tout environ ennobly de fermailles d'or emaillies et
de camayeux et autres pierres pretieuses et de present en y a
encore sept vingt, et y a sexante dix places vuides ou aultres
foiz avoient esté perles, pierres et fermailles d'or emaillies.
Item: Ung autre mantel duquel, comme l'en dit, la ducesse estoit
vestue quand elle épousa le duc Guillaume, tout semey de petits
ymages d'or tiré à or fraiz pardevant, et pour tout le bort de bas
enrichiz de fermailles d'or emaillies et de camayeux et autres
pierres pretieuses, et de présent en y a encore deus cens
quatre-vingt-douze, et y a deus cens quatre places vuides
ausquelles estoient aultres foiz pareilles pierres et fermailles
d'or emaillies...
Ensuivent pour le quint chapitre les tentes, tapis, cortines,
paremens des autels et autres draps de saye pour parer le cueur
aux festes solennelles, trouvés et gardés en le vestiaire de la
dicte église.
Item: Une tente très longue et étroite de telle à broderie de
ymages et escripteaulx faisans représentation du conquest
d'Angleterre, laquelle est tendue environ la nef de l'église le
jour et par les octaves des Reliques.
(178) Die Bayeux-Tapete, p. 43-44.
(179) Lancelot. Mémoires de l'acad. Inscriptions, 1786, XII, p.
335.
(180) Manuscrit de M. le chanoine Lelièvre, p. 26. Bibliothèque de
Bayeux.
(181) Même si la tenture est l'œuvre exclusive de Mathilde, femme
du Conquérant, même si elle l'a commandée, et fait exécuter sans
consulter Odon, il est très naturel qu'une place spéciale ait été
accordée à Turold, Vital, Wadard, les plus éminents enfants de
Bayeux, ayant pris part à la conquête, puisque la Tapisserie était
destinée à cette ville où ils étaient connus. Cela à
consécration de gloires locales.
(182) Steenstrup. Ibid., p. 45.
Pluquet. Essai historique sur la ville de Bayeux, p. 81.
Freeman. Ibid., III, p. 572. Laffetay. Ibid., 22.
(183) Congrès archéologique de France, 1908, t. I, p. 182.
(184) Comte. La Tapisserie de Bayeux, p. 19.
(185) Freemann, III, p. 972.
END NOTES