SCÈNE VI

Les Mêmes, moins JEANNE.

[Grande joie. On se donne des grandes tapes sur les épaules. On se serre

les mains. On rit sans motif.]

CORLAIX. Doucement, Messieurs, ce n'est encore qu'une espérance.

FERGASSOU. Basée sur un fait.

CORLAIX. Je le reconnais.

BIRODART. Si on nous garde à Toulon ...

VERTILLAC. C'est qu'on a besoin de nous.

D'ARTELLES. On veut que la division des croiseurs rapides soit au

complet.

VERTILLAC. Ce que mes canons seraient contents s'ils savaient ça!

CORLAIX [à Vertillac]. J'y pense, ça ne doit pas vous aller plus qu'il

ne faut, à vous?

VERTILLAC. Pourquoi donc?

CORLAIX. Parce que Madame Vertillac vient d'accoucher ... parce que vous

n'avez pas encore vu votre enfant!... Partir pour la guerre dans des

conditions pareilles, on a vraiment le droit de manquer un peu de ...

VERTILLAC. Commandant, je ne suis probablement pas le seul parmi les

officiers de France et je serais certainement le seul à ne pas tirer

l'épée avec enthousiasme.

CORLAIX [lui serre la main]. Excusez-moi, mon cher, je n'en ai jamais

douté. Je savais que vous diriez cela, mais j'ai voulu me payer la

petite joie de vous l'entendre dire ... Tout de même vous n'en êtes pas

moins papa ... inquiet de personne chez vous? La santé?

VERTILLAC. Mille fois merci, Commandant. La maisonnée se porte comme le

Pont-Neuf.

CORLAIX. Bravo! vrai, ça me fait plaisir! Mon cher, faites-moi l'amitié

de venir déjeuner demain à ma table; nous décoifferons une bouteille à

la santé du nouveau-né.

VERTILLAC. De tout mon coeur, Commandant.

CORLAIX. Ma femme, Messieurs, cachez-lui votre joie pour ne pas gâter la

sienne.

La veille d'armes: Pièce en cinq actes · 第 11 / 79 题