[Note 1: Voir la première partie dans le numéro 142 du 23 mars 1916.]
Très généralement, c'est à la viande qu'on la demande, et c'est des
viandes dont on abuse le plus. Or, la viande n'est pas un aliment
complet, ni le plus nourrissant, elle ne contient que bien peu de
glycogène susceptible de fournir économiquement de l'énergie, c'est,
avant tout, un excitant. La sensation de force apparente, dit Valin,
qu'éprouve le mangeur de viande, qui s'imagine ne pouvoir s'en passer,
est un trompe-l'oeil, elle est le résultat d'une excitation. Ce pouvoir
excitant de la viande lui vient de ses matières extractives. Il arrive
avec la viande, ce qui arrive avec tous les excitants. _On se croit plus
fort parce qu'on est excité_. Mais, malheureusement, toute excitation
coûte cher à l'organisme, car c'est lui qui fournit la matière, et s'use
davantage pour répondre à l'excitation. Toute excitation provoque un
surcroît de travail vital qui entraîne nécessairement une dépense
d'énergie et une usure de matière. Ces matières extractives (bases
xantiques et créatiniques), ont une formule chimique qui se rapproche
infiniment de celle de la caféine, c'est ce qui explique leurs
propriétés excitantes.
Mais il faut considérer, d'un autre côté, que ces substances sont des
déchets de la vie nutritive, des impuretés de la chair. En second lieu,
la viande produit des fermentations et des déchets toxiques, par
conséquent nuisibles à l'organisme. Enfin, on a reproché au régime carné
de conduire à l'alcoolisme. Les sujets qui sont friands de viande,
aiment aussi l'alcool.
Toutes ces assertions trouvent leur confirmation dans le domaine de la
pratique. On pourrait invoquer à leur appui beaucoup de faits, aucun ne
paraît plus démonstratif, que celui fourni par le Dr P. Chauvel, qui a
fait, avec un plein succès, sur lui-même, l'essai du régime végétarien,
avec toute la compétence que lui donnait sa situation scientifique.
Avant l'adoption du régime en question (janvier 1902), notre confrère,
âgé aujourd'hui de 40 ans, avait des migraines assez fréquentes, son
poids, invariable depuis l'âge de vingt ans, s'était mis à augmenter de
façon anormale depuis quelques mois; l'endurance au travail physique
commençait à diminuer, le nombre de kilomètres parcourus chaque année à
bicyclette était tombé de 4.000 a 2.000. La résistance au surmenage
intellectuel diminuait aussi peu à peu. Depuis l'adoption du régime
végétarien, le sujet a été très soigneusement étudié, plus de 200
analyses d'urines ont été exécutées, en notant rigoureusement le menu
correspondant. Le régime suivi est végétarien, admettant par conséquent
le lait, le beurre et les oeufs, mais, au printemps, pendant cinquante
jours, il est strictement végétal. Depuis deux ans, dans le but de
réduire le plus possible les urines et l'acide urique, le sujet a
supprimé complètement l'usage du thé, du café, des légumineuses, des
champignons, des asperges, et fortement réduit la consommation des oeufs
et du chocolat.
Les rares échecs du végétarisme sont souvent dus à l'abus des
légumineuses, peu assimilables, riches en purines.
Ce régime a été suivi pendant cinq ans et le sujet a constaté:
Le maintien du poids corporel avec faibles oscillations saisonnières;
La disparition des migraines;
La disparition des dépôts uratiques;
Le temps consacré au sommeil, qui devait être autrefois de 8 heures au
moins, n'est plus que de 6 à 7 heures au plus. Autrefois, le travail
intellectuel était très pénible le matin; maintenant, il est aussi
facile que celui du soir.
Grande augmentation de l'endurance physique. Plus grande facilité pour
le travail intellectuel. Le caractère est devenu moins irritable, plus
calme.
Après cette observation, le prétendu affaiblissement, dû au régime
végétarien, nous semble une pure légende, et ce régime, même avec une
faible ration, est, non seulement suffisant pour maintenir parfaite la
santé de l'individu, mais augmente encore notablement son rendement.
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