Une Fiche de Consolation

_La «Médecine pratique», a publié, en 1907, sous le titre: _«Le Problème

de l'alimentation à notre époque», _l'article suivant:_

Il fut un temps où l'alimentation surabondante, et surtout carnée, était

de mise, non seulement pour certaines catégories de malades, mais pour

les personnes bien portantes et vivant d'un cours normal. La vie

intensive de notre époque, l'accumulation de population dans des villes

où l'air est vicié par des causes multiples, étaient les principaux

arguments invoqués en faveur d'un régime exubérant. Depuis quelques

années, on tend beaucoup à revenir sur cette opinion, car c'est une

opinion qui n'était pas suffisamment étayée sur des faits. La réforme de

l'alimentation doit s'appuyer, en effet, sur l'expérience physiologique,

mais aussi, en ce qui concerne l'homme, sur les résultats. Dans cette

réforme, c'est surtout l'abus des viandes qui est visé; cet abus, n'est

d'ailleurs pas particulier à notre pays, mais s'est étendu très

généralement surtout à la race anglo-saxonne et aux américains du Nord.

On a accusé, avec beaucoup de raison, le régime carné excessif de

favoriser et de produire l'artério-sclérose; des médecins, américains

surtout, ont mis sur son compte la tendance plus grande, observée à

notre époque, aux affections cancéreuses.

On conçoit que le problème de l'alimentation soit de la plus grande

importance pour la santé physique et mentale d'une race. Le progrès

économique d'une nation ne peut être assuré que par une nourriture

suffisante exigée par le travail, et capable de maintenir la résistance

contre les maladies, car l'alimentation insuffisante a aussi ses

inconvénients qui sont d'un autre genre que ceux de l'alimentation

excessive.

Depuis assez longtemps, la physiologie a donné une expression presque

mathématique à notre alimentation, en faisant intervenir l'équivalent

mécanique de la chaleur, et les besoins de l'organisme en calories.

L'accord est à peu près fait sur ce point.

Voit, estimait à 3.050 le nombre de calories nécessaires par jour pour

un homme de 70 kilos se livrant à un travail modéré. Atwater, plus

récemment, est allé plus loin et a porté ce chiffre à 3.500. Mais

d'autres, comme Chittenden et Fletscher, expérimentant sur eux-mêmes et

sur des soldats et des athlètes, sont arrivés à cette conclusion qu'il

est inutile de dépasser 2.700 calories, parfaitement nécessaires pour

une vie active.

Cette quantité de chaleur est fournie par les aliments des différents

groupes, dont il est facile de calculer l'énergétique par des chiffres

bien connus, 1 gramme d'albumine donnant 4,2 calories, 1 gr. d'hydrates

de carbone en donnant 4,1 et 1 gr. de graisse fournissant 9 calories 3.

L'alimentation doit se constituer par une association convenable de ces

divers groupes.

On pourrait demander à l'albumine et aux protéides de fournir toute la

chaleur nécessaire à l'organisme; mais, outre qu'il faudrait atteindre

un poids colossal d'aliments, incompatible avec la capacité digestive,

l'excès d'albumine ne tarde pas à entraîner des troubles qui montrent

que ce groupe d'aliments doit être réduit au strict nécessaire. La

discussion a surtout porté dans ces derniers temps sur cette valeur.

Voit l'avait fixée à 118 gr. par jour, l'expérience a montré que c'est

beaucoup trop; une quantité de 100 gr. est déjà plus que suffisante,

mais voici que Chittenden déclare avoir très bien supporté, et s'être

même mieux trouvé, d'un régime ne contenant que 55 grammes de protéides.

Cet auteur, calculant assez ingénieusement la quantité de protéides

nécessaire à l'adulte, d'après celle que le nourrisson absorbe avec le

lait, a trouvé une moyenne de 74 gr. pour l'adulte, et il faut encore

observer que ce chiffre s'applique à un organisme en voie très active de

croissance et exigeant, par conséquent, une plus forte quantité de

protéïdes pour le développement de ses tissus, que pour un individu qui

a atteint son équilibre.

Ceci posé, la discussion s'est poursuivie sur la nature des aliments

auxquels il fallait demander l'albumine.

(A suivre).

Bulletin de Lille, 1916-03 Publié sous le contrôle de l'autorité allemande · 第 104 / 145 题