Me voici de retour chez moi après une absence de quinze jours.
Je voulais revoir sa tombe, je voulais revoir Mina, et il est une
personne que je n'avais jamais vue et dont la réputation m'attirait.
Je n'ai fait que passer à Québec, et, à mon extrême regret, je n'ai
pu voir Mina, malade à garder le lit depuis quelque temps; mais j'ai
pleuré sur sa tombe, _cette tombe où il n'est pas_, et je ne saurais
dire si c'étaient des larmes de joie ou de tristesse, tant je m'y
suis sentie consolée. Puis, j'ai pris le train de... qui me
conduisait au monastère de...
C'est un grand bonheur d'approcher une sainte. Entre la vertu
ordinaire et la sainteté il y a un abîme.
Devant elle, je l'ai senti, et j'oubliais de m'étonner de cette
confiance très humble, de cette tendresse sacrée qui lui ouvrait son
âme.
Où les anges prennent-ils cette adorable indulgence, cette ineffable
compassion pour des faiblesses qu'ils ne sauraient comprendre?
Ma propre mère n'eût pas été si tendre. Je le sentais, et appuyée
sur la grille qui nous séparait, je fondis en larmes. Elle aussi
pleurait avec une pitié céleste. Mais sa figure restait sereine.
Comme elle est profonde, la paix de ce coeur livré à l'amour Cette
paix divine, je la sentais m'envelopper, me pénétrer pendant que je
lui parlais.
Ô radieux visages des saints! ô lumineux regards qui plongez si
avant dans l'éternité, et dans cet autre abîme qui s'appelle notre
coeur! qui vous a vus ne vous oubliera jamais.
Mais devant elle, je n'éprouvais ni gêne, ni embarras. Au contraire,
son regard si calme et si pur répandait dans mon coeur je ne sais
quelle délicieuse sérénité.
Oui, je suis heureuse d'avoir été là. J'en ai emporté une force, une
lumière, un parfum, j'espère y avoir compris le but de la vie. Dans
cette chère église, devant la croix sanglante qui domine le
tabernacle, j'ai accepté ma vie telle qu'elle est, j'ai promis
d'accomplir le grand commandement de l'amour. Ô cher asile de la
prière et de la paix!
C'est avec regret que j'ai quitté ma chambre où d'autres âmes
faibles sont venues chercher la force--où la Fleur du carmel a
passé.--Là, je n'entendais rien que le murmure de l'Yarnaska coulant
tout auprès. Ce bruit mélancolique me fournissait mille pensées
tristes et douces.
Les vagues de la mer s'éloignent pour revenir bientôt, mais les eaux
d'une rivière sont comme le temps qui passe, et ne revient jamais.