Je pense souvent avec attendrissement à cette jeune fille qui
_attendait_ son baptême pour mourir! Ô grâce! bonheur de la pureté!
Il y a quelques années, traversant un soir l'église du Gésu, je
passai devant un autel sous lequel un jeune saint (saint Louis de
Gonzague, je crois) est représenté couché sur son lit funèbre.
Je ne suis qu'une pauvre ignorante, mais je suis bien sûre que cette
statue n'est pas une oeuvre remarquable. Qu'est-ce donc qui fit
tressaillir mon âme?
Pourquoi restai-je là si longtemps émue, absorbée comme devant une
toute aimable réalité.
Alors, je n'en savais trop rien, mais aujourd'hui il me semble que
ce charme profond qui m'avait tout à coup pénétrée, et que je ne
savais pas définir, c'était la beauté céleste de la pureté sans
tache.
Longtemps après que je fus sortie de l'église, cette figure si
virginale et si paisible était encore devant mes yeux, et malgré moi
mes larmes coulaient un peu.
Pourtant l'impression reçue avait été douce. Mais on ne touche
jamais fortement le coeur sans faire jaillir les larmes.
Depuis, bien des jours ont passé, et n'est-il pas étrange que la
pensée de cette jeune fille, qui a promis d'être ma protectrice, me
rappelle toujours au vif ce souvenir presque oublié? Non, elle
n'oubliera pas la promesse faite à l'ange qui lui a ouvert le ciel
qui lui a donné mon nom.