4 octobre.

«Le lépreux ferma la porte et en poussa les verrous.»

Épouvantable solitude! ce qu'on sent profondément est toujours

nouveau, et la lecture du _Lépreux_ m'a encore laissé une impression

terrible. Mais j'y reviendrai. Puisqu'il faut que je pleure, je

voudrais pleurer sur d'autres que sur moi.

Ô l'égoïsme! la personnalité!

Quand l'avenir apparaît trop horrible il faut songer à ceux qui sont

plus malheureux que soi. Depuis quelques jours, j'interroge souvent

la carte de la Sibérie, et je laisse ma pensée s'en aller vers ces

solitudes glacées.

Combien de Polonais coupables d'avoir aimé leur patrie sont là.

Et qui dira leurs tristesses? les tristesses du patriote! les

tristesses de l'exilé! les tristesses de l'homme au dernier degré

de malheur!

Ah! ces misérables, traités plus mal que des bêtes de somme, ce

serait à eux de maudire la vie. Pourtant ils ne le peuvent sans

crime et cette existence, dont aucune parole ne saurait dire

l'horreur, reste un bienfait immense parce qu'elle peut leur mériter

le ciel. Qu'est-ce donc que le ciel!

Mon Dieu! donnez-moi la foi, la foi à mon bonheur futur; et ces

infortunés! Seigneur, innocents ou coupables, ne sont-ils pas vos

enfants? Ah! gardez-les du blasphème, gardez-les du désespoir, ce

suprême malheur.

Qu'aucune pensée de haine, qu'aucun doute de votre justice,

qu'aucune défiance de votre adorable bonté n'atteigne jamais leurs

coeurs. Envoyez la divine espérance! qu'elle soulève leurs chaînes,

qu'elle entr'ouvre les voûtes de leur enfer.

Angéline de Montbrun · 第 83 / 95 题