Demain... le troisième anniversaire de sa mort.
_Je crois à la communion des saints, je crois à la résurrection de
la chair, je crois à la vie éternelle._ Je crois, mais ces ténèbres
qui couvrent l'autre vie sont bien profondes.
Quand je revins ici, quand je franchis ce seuil où _son corps_
venait de passer, je sentais bien que le deuil était entré ici pour
jamais. Mais alors une force merveilleuse me soutenait.
Oh! la grâce, la puissante grâce de Dieu.
Sans doute, la douleur de la séparation était là terrible et toute
vive. Cette robe noire que Mina me fit mettre... Jamais je n'avais
porté de noir, et un frisson terrible me secoua toute. Ce froid de
la mort et du sépulcre, qui courait dans toutes mes veines, m'a
laissé un souvenir horrible. Mais au fond de mon âme, j'étais forte,
j'étais calme, et avec quelle ardeur je m'offrais à souffrir tout ce
qu'il devait à la justice divine!...
Combien de fois, ensuite, n'ai-je pas renouvelé cette prière!
Quand l'ennui me rendait folle, j'éprouvais une sorte de
consolation à m'offrir pour que lui fût heureux.
Mais nos sacrifices sont toujours misérables, et bien indignes de
Dieu. Bénie soit la divine condescendance de Jésus-Christ qui
supplée par le sien à toutes nos insuffisances. Adorable bonté!
Comment daigne-t-il m'entendre quand je dis: Pour lui! pour lui!
Ô mon Dieu, soyez béni! Tous les jours de ma vie je prierai pour mon
père. Mieux que personne, pourtant je connaissais son âme. Je sais
que sous des dehors charmants il cachait d'admirables vertus et des
renoncements austères. Je sais que sa fière conscience ne
transigeait point avec le devoir. Pour lui, _l'ensorcellement de la
bagatelle_ n'existait pas; il n'avait rien de cet esprit du monde
que Jésus-Christ a maudit, et il avait toutes les fiertés, toutes
les délicatesses d'un chrétien. Mais que savons-nous de l'adorable
pureté de Dieu?
Si réglé qu'il soit, un coeur ardent reste bien immodéré. Il est si
facile d'aller trop loin, par entraînement, par enivrement. Ne
m'a-t-il pas trop aimée? Bien des fois, je me le suis demandé avec
tristesse.
Mais je sais avec quelle soumission profonde il a accepté la volonté
de Dieu qui nous séparait. Puis--ô consolation suprême!--il est mort
entre les bras de la sainte Église, et c'est avec cette mère
immortelle que je dis chaque jour:
«Remettez-lui les peines qu'il a pu mériter, et comme la vraie foi
l'a associé à vos fidèles sur la terre, que votre divine clémence
l'associe aux choeurs des anges. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.»