2 septembre.

Mon vieux Marc est toujours faible. Je l'ai trouvé assis devant sa

fenêtre, et regardant le cimetière dont les hautes herbes ondoyaient

au vent:

«Mes parents sont là, m'a-t-il dit, et bien vite, j'y serai couché

moi-même.»

Ces paroles m'ont émue. Lorsqu'on y a mis ce qu'on aimait le plus,

le coeur s'incline si naturellement vers la terre. Tous nous irons

habiter la _maison étroite_, et, en attendant, ne saurait-on avoir

patience? La vie la plus longue ne dure guère. _Hier enfant et

demain vieillard!_ disait Silvio Pellico. Cette fuite effrayante de

nos joies et de nos douleurs devrait rendre la résignation bien

facile. _Ô mes dix années de chaînes, comme vous avez passé vite!_

disait encore l'immortel prisonnier.

Pauvre Silvio! qui n'a pleuré sur lui? Son livre si simple et si

vrai laisse une de ces impressions que rien n'efface, car le plus

irrésistible de nos sentiments c'est l'admiration jointe à la pitié.

En me mettant _Mio Pigrioni_ entre les mains, mon père me dit «Livre

admirable qui apprend à souffrir.» Apprendre à souffrir, c'est ce

qui me reste.

Suivant Charles Sainte-Foi, un bon livre devrait toujours former un

véritable lien entre celui qui l'écrit et celui qui le lit. J'aime

cette parole dont j'avais senti la vérité, bien avant de pouvoir

m'en rendre compte, et, des écrivains dignes de ce nom, ce n'est pas

la gloire que j'envierais, mais les sympathies qu'ils inspirent.

Angéline de Montbrun · 第 65 / 95 题