J'ai honte de moi-même. Qu'ai-je fait de mon courage! qu'ai-je fait
de ma volonté?
Jamais, non jamais, je n'aurais cru que l'âme pût se renverser ainsi
dans les nerfs. Je ne saurais rester en repos. Je suis parfaitement
incapable de tout travail, de toute application quelconque. Malgré
moi, mon livre et mon ouvrage m'échappent des mains. Tout m'émeut,
tout me trouble, et même en la présence de mes domestiques, des
larmes brûlantes, s'échappent de mes yeux. Ô mon père! que
penseriez-vous de moi? vous si noble! vous si fier!
Mais je n'y puis rien. À mesure que mes forces reviennent, le besoin
de le revoir se réveille terrible dans mon coeur. La prière ne
m'apporte plus qu'un soulagement momentané, ou plutôt je ne sais
plus prier, je ne sais plus qu'écouter mon coeur désespéré.
Ô mon Dieu! pardonnez-moi. Ces regrets passionnés, ces dévorantes
tristesses, ce sont les plaintes folles de la terre d'épreuve. Je ne
saurais les empêcher de croître. Ô mon Dieu, arrachez et brûlez, je
vous le demande, je vous en conjure. Ah, que de fois, pendant les
jours terribles que je viens de passer, n'ai-je pas été me jeter à
vos pieds. J'ai peur de moi-même, et je passe des heures entières
dans l'église.
Ô Seigneur Jésus, vous le savez, ce n'est pas vous que je veux, ce
n'est pas votre amour dont j'ai soif, et même en votre adorable
présence, mes pensées s'égarent.
Hier, il faisait un vent furieux, une épouvantable tempête. À genoux
dans l'église, le front caché dans mes mains j'écoutais le bruit de
la mer moins troublée que mon coeur. Au plus profond de mon âme,
d'étranges, de sauvages tristesses répondaient aux rugissements des
vagues, sur la grève solitaire, et par moments des sanglots
convulsifs déchiraient ma poitrine.
L'église était déserte. Une humble chandelle de suif, allumée par la
femme d'un pauvre pêcheur, brûlait sur un long chandelier de bois,
devant l'image de la Vierge.
Ô Marie! tendez votre douce main à ceux que l'abîme veut engloutir.
Ô vierge! ô Mère! ayez pitié.