Longtemps, je me suis arrêtée à regarder la mer toute fine haute et
parfaitement calme. C'est beau comme le repos d'un coeur passionné.
Pour bouleverser la mer il faut la tempête, mais pour troubler le
coeur, jusqu'au fond, que faut-il!... Hélas, un rien, une ombre.
Parfois, tout agit sur nous, jusqu'à la fumée qui tremble dans
l'air, jusqu'à la feuille que le vent emporte. D'où vient cela? n'en
est-il pas du sentiment comme de ces fluides puissants et dangereux
qui circulent partout, et dont la nature reste un si profond
mystère?
Dieu ne donne pas à tous la sensibilité vive et profonde. Ni la
douleur, ni l'amour ne vont avant dans bien des coeurs, et le temps
y efface les impressions aussi facilement que le flot efface les
empreintes sur le sable.
On dit que le coeur le plus profond finit par s'épuiser. Est-ce
vrai? Alors c'est une pauvre consolation. Rien de la terre n'a
jamais crû parmi les cendres... les bords du volcan éteint sont à
jamais stériles. Pas une fleur, pas une mousse ne s'y verra jamais.
La neige peut voiler l'affreuse nudité de la montagne; mais rien ne
saurait embellir la vie qu'une flamme puissante a ravagée. Ces
ruines sont tristes: ce que le feu n'y consume pas, il le noircit.