Temps délicieux. Pour la première fois, j'ai pris un bain de mer, ce
qui m'a valu quelques minutes de sérénité. Autrefois, j'étais la
première baigneuse du pays--la reine des grèves, disait Maurice.
Depuis mon deuil, je n'avais pas revu ma cabane de bains, ni cet
endroit paisible et sauvage où j'étais venue pour la dernière fois
avec Mina. Je l'ai trouvé changé. La crique a toujours son beau
sable, ses coquillages, ses sinuosités, et sa ceinture de rochers à
fleur d'eau. Mais la jolie butte qui abritait ma cabane s'en va
rongée par les hautes mers. Un cèdre est déjà tombé, et les deux
vigoureux sapins dont j'aimais à voir l'ombre dans l'eau, minés par
les vagues, penchent aussi vers la terre. Cela m'a fait faire des
réflexions dont la tristesse n'était pas sans douceur. «Une montagne
finit par s'écrouler en flots de poussière, et un rocher est enfin
arraché de sa place. La mer creuse les pierres et consume peu à peu
ses rivages. Ceux donc qui habitent des maisons de boue ne
seront-ils pas beaucoup plus tôt consumés?»