23 juillet.

Temps délicieux. Pour la première fois, j'ai pris un bain de mer, ce

qui m'a valu quelques minutes de sérénité. Autrefois, j'étais la

première baigneuse du pays--la reine des grèves, disait Maurice.

Depuis mon deuil, je n'avais pas revu ma cabane de bains, ni cet

endroit paisible et sauvage où j'étais venue pour la dernière fois

avec Mina. Je l'ai trouvé changé. La crique a toujours son beau

sable, ses coquillages, ses sinuosités, et sa ceinture de rochers à

fleur d'eau. Mais la jolie butte qui abritait ma cabane s'en va

rongée par les hautes mers. Un cèdre est déjà tombé, et les deux

vigoureux sapins dont j'aimais à voir l'ombre dans l'eau, minés par

les vagues, penchent aussi vers la terre. Cela m'a fait faire des

réflexions dont la tristesse n'était pas sans douceur. «Une montagne

finit par s'écrouler en flots de poussière, et un rocher est enfin

arraché de sa place. La mer creuse les pierres et consume peu à peu

ses rivages. Ceux donc qui habitent des maisons de boue ne

seront-ils pas beaucoup plus tôt consumés?»

Angéline de Montbrun · 第 40 / 95 题