Tous les dimanches après les vêpres, Paul et Marie viennent me voir,
un peu, je pense, par affection pour moi, et beaucoup par tendresse
pour le serin qui leur garde une nuance de préférence dont ils ne
sont pas peu fiers.
Ces gentils enfants sont charmants dans leur toilette de première
communion. Marie surtout est à croquer avec sa robe blanche, et le
joli chapelet bleu qu'elle porte en guise de collier. Paul commence
à se faire à la voir si belle, mais les premières fois il avait des
éblouissements. Le jour de leur première communion, je les invitai à
dîner, et les ayant laissés seuls un instant, je les trouvai qui
s'entre-regardaient avec une admiration profonde. Ces aimables
enfants m'apportent souvent de la corallorhize pour les corbeilles.
Marie conte fort bien leurs petites aventures.
L'autre jour, en allant chercher leur vache, ils s'étaient assis
sur une grosse roche pour se reposer, quand une énorme couleuvre
allongea sa tête hideuse de dessous la roche.
Marie crut sa dernière heure arrivée et se mit à courir; mais Paul
conservant son sang-froid, la fit monter sur une clôture. Puis il
marcha résolument vers la grosse roche, et lapida la couleuvre et
ses petits. Il y en avait sept. Marie frémit encore en pensant
qu'elle s'est trouvée si près d'un nid de couleuvres.
Depuis ce jour-là, son petit frère a pris pour elle les proportions
d'un héros. «Il n'a peur de rien», dit-elle avec conviction, et Paul
triomphe modestement.
J'aime ces enfants. Leur conversation me laisse quelque chose de
frais et de doux. Bien volontiers, je contenterais toutes leurs
petites envies, mais je craindrais que leurs visites ne devinssent
intéressées; aussi pour l'ordinaire je ne leur donne qu'un peu de
vin pour leur grand'mère. Ils s'en vont contents.