16 juillet.

Tous les dimanches après les vêpres, Paul et Marie viennent me voir,

un peu, je pense, par affection pour moi, et beaucoup par tendresse

pour le serin qui leur garde une nuance de préférence dont ils ne

sont pas peu fiers.

Ces gentils enfants sont charmants dans leur toilette de première

communion. Marie surtout est à croquer avec sa robe blanche, et le

joli chapelet bleu qu'elle porte en guise de collier. Paul commence

à se faire à la voir si belle, mais les premières fois il avait des

éblouissements. Le jour de leur première communion, je les invitai à

dîner, et les ayant laissés seuls un instant, je les trouvai qui

s'entre-regardaient avec une admiration profonde. Ces aimables

enfants m'apportent souvent de la corallorhize pour les corbeilles.

Marie conte fort bien leurs petites aventures.

L'autre jour, en allant chercher leur vache, ils s'étaient assis

sur une grosse roche pour se reposer, quand une énorme couleuvre

allongea sa tête hideuse de dessous la roche.

Marie crut sa dernière heure arrivée et se mit à courir; mais Paul

conservant son sang-froid, la fit monter sur une clôture. Puis il

marcha résolument vers la grosse roche, et lapida la couleuvre et

ses petits. Il y en avait sept. Marie frémit encore en pensant

qu'elle s'est trouvée si près d'un nid de couleuvres.

Depuis ce jour-là, son petit frère a pris pour elle les proportions

d'un héros. «Il n'a peur de rien», dit-elle avec conviction, et Paul

triomphe modestement.

J'aime ces enfants. Leur conversation me laisse quelque chose de

frais et de doux. Bien volontiers, je contenterais toutes leurs

petites envies, mais je craindrais que leurs visites ne devinssent

intéressées; aussi pour l'ordinaire je ne leur donne qu'un peu de

vin pour leur grand'mère. Ils s'en vont contents.

Angéline de Montbrun · 第 37 / 95 题