il n'aurait pas voulu souffrir une opération semblable à celle que
le chanoine Fulbert fit éprouver au mari d'Héloise. On trouve peu de
personnes qui entendent raillerie sur cet article; tous ceux cependant
à qui ce malheur est arrivé n'en ont pas été dédommagés [p. 406] aussi
avantageusement qu'auroit voulu l'être notre amant.
_La loi des Lombards_, livre I, titre 7, article 18, s'explique ainsi
sur les dommages que peut prétendre un pauvre mutilé:
_Si quis alium præsumptivè suâ sponte castraverit, et ei ambos
testiculos amputaverit, juxtà conditionem componat, si virgam
absciderit similiter._
Par la loi des Allemands, on payoit pour l'opération entière quarante
sous, et vingt sous pour la moitié.
Les Anglois, au titre 5 de leurs lois, condamnoient, à proportion de la
qualité de la personne mutilée, le criminel à quatre cents sous ou à
cent sous.
Les Juifs punissoient ce crime par la peine du talion.
Ce que fait dire Jehan de Meun à Genius touchant les défauts de ceux
qui ont souffert cette mutilation, soit par la malice des hommes, ou
par un zèle mal entendu de leur part, se trouve bien combattu par
les exemples d'Origène et de Photius, d'Abelard et de Combalus, chez
lesquels cet accident n'a fait aucun préjudice aux dons naturels de
l'âme. (Dict. de Bayle, art. de _Henri IV_.) (Lantin de Damerey.)
NOTE 66, _page_ 260.
Vers 20764. Je n'ai trouvé ces vers que dans un manuscrit portant la
date de 1330.
Si m'aïst Diex et saint Yvurtre,
Je le prise poi mains de murtre,
Car cis n'ocist qu'une personne
D'un cop mortel qui plus n'en donne,
[p. 407]
Mès li fel qui les coilles trenche,
L'engendrement d'enfans estanche,
Dont les ames sont si perdues
Que ne puéent estre rendues
Ne par miracle, ne par pene.
Ceste perte est par trop vilene,
Et est si vilainne l'injure,
Que tant cum li escoillés dure,
Tous jors mès procurra haïne
Au massecrier et ataïne,
Ne ne puet de cuer pardonner,
Ains desire guerredonner:
Si l'estuet en pechié morir,
Et en enfer l'ame corir.
(MÉON.)
NOTE 67, _page_ 267.
Vers 21135. _Toutes gens_ ne doit pas être pris dans le sens restreint
qu'il possède aujourd'hui. _Toutes gens_ signifie à la fois la gent
humaine et la gent animale, en un mot tous les êtres.
NOTE 68, _page_ 271.
Vers 21225. _Drap lange_. Nous avons cru pouvoir conserver à ce mot son
sens primitif: _Drap de laine_.
NOTE 69, _pages_ 288-289.
Vers 21244-21518. _Charboucle_, pierre précieuse qu'on dit être aussi
brillante qu'un charbon allumé. C'est le _piropus_ des Latins; Ovide
ne l'a point oublié dans la belle description qu'il fait du palais du
soleil, au livre II des _Métamorphoses_.
[p. 408] Pline, au livre XXXVII, chap. 7, de son _Histoire naturelle_,
quoiqu'il donne volontiers dans le merveilleux, prétend que ce que l'on
dit de l'escarboucle est fabuleux, et que ce n'est autre chose qu'un
gros rubis ou grenat rouge, brun et foncé, tirant sur le sang de bœuf.
On croyoit autrefois que l'escarboucle venoit d'un dragon.
Un historien a écrit que le roi de Pégu n'avoit d'autre lumière pendant
la nuit que son escarboucle, qui rendoit un éclat aussi vif que celui
du soleil. (Lantin de Damerey.)
NOTE 70, _pages_ 290-291.
Vers 21282-21556.
..... Ne quelque partie
Par quoi puist estre ore partie.
Traduction littérale: «.....Ni quelque partie (de temps ou d'espace)
par quoi puisse être une heure partagée.» C'est-à-dire: «Sans qu'on
puisse diviser ce jour en heures ni en minutes ou fractions d'heures,
puisqu'il est éternel.»
Or, M. Francisque Michel traduit _ore_ par _maintenant_. Il a
probablement traduit le mot sans lire la phrase, car il nous a été
impossible d'y adapter une interprétation acceptable.
NOTE 71, _pages_ 294-295.
Vers 21332-21608. Voyez la note 98 du tome III. Ici c'est Dieu qui
serait le juge suprême au tribunal d'appel.
[p. 409] NOTE 72, _page_ 302.
Vers 21454. _Estaches, poteaux_, pieux servant à faire clôture. Il
vient du latin _estacha_ ou _stacha: postis, palus, paxillus, pieu_.
Guillaume Guiard en parle dans son _Histoire de France_:
A douloüeres et à hasches
Vont desrompant piex et estaches.
_Estachamentum_ étoit l'enceinte fermée de pieux; c'est de là que vient
_estacade_, qui est une palissade faite avec des pieux enfoncés dans la
terre, particulièrement dans des eaux, pour empêcher le passage ou pour
fermer l'entrée d'un pont. (Lantin de Damerey.)
Le lecteur est prié de se reporter au Glossaire.
NOTE 73, _page_ 306.
Vers 21532. Il est probable que le passage compris entre crochets, du
vers 21533 au vers 21578, est une addition postérieure, assez mauvaise
du reste.
NOTE 74, _pages_ 310-311.
Vers 21590-21874. Tout le passage suivant, placé entre crochets, du
vers 21591-21875 au vers 22004-22296, a été évidemment intercalé après
coup.
NOTE 75, _pages_ 310-311.
Vers 21593-21877. Pygmalion, Apollodore, Arnobe [p. 410] et M. Bayle
en font un roi de Cypre, qui fut fondateur de la ville de Carpasia.
D'autres auteurs le confondent avec Pygmalion, qui tua Sichée, mari de
Didon, pour avoir les trésors que ce prince avoit amassés.
Ces mêmes auteurs ajoutent que la débauche des Propétides lui ayant
inspiré du dégoût pour toutes les femmes, il se retira dans une
solitude où il s'occupa à la sculpture.
Que le fondateur de Carpasia soit le même que le meurtrier de Sichée,
ou que ces deux princes soient des personnes différentes, cela fait
peu pour notre roman. Quoi qu'il en soit, Pygmalion, dégoûté des
femmes, résolut de passer ses jours dans le célibat; mais, ayant
taillé une statue d'ivoire d'une beauté parfaite, il devint amoureux
de son ouvrage. Vénus, touchée des feux du statuaire, anima cette
figure insensible, dont il eut dans la suite un fils appelé _Paphus_,
qui donna son nom à l'isle de Paphos. (Ovid., _Métamorph_., lib. 10.)
(Lantin de Damerey.)
NOTE 76, _pages_ 310-311.
Vers 21609-21893. Lavinie, femme d'Enée.
NOTE 77, _pages_ 318-319.
Vers 21726-22014. _Vair_, fém. _vaire_. C'étoit une fourrure blanche
et bleue, dont les rois usoient en France. Les présidents en mettoient
sur leurs manteaux et les conseillers sur leurs robes, ce qui a eu
lieu jusqu'au XV_e_ siècle. Cette fourrure étoit faite de [p. 411]
la peau d'une espèce d'écureuil que l'on appeloit aussi _vair_ et en
latin _sciurus_. Cette peau étoit blanche par dessous et colombine
par dessus. On la diversifioit en grands et en petits carreaux, qu'on
appeloit _grand vair_ et _petit_ ou _menu vair_. On lui avoit donné le
nom de _penne_ ou _panne_, parce que ces fourrures étoient composées de
plusieurs pièces ou peaux cousues ensemble, comme les pans d'un habit.
Quelques auteurs ont prétendu que le _vair_ n'étoit que la seconde
fourrure, ou _peau_ et _penne_, dont on doubloit les habits des grands
seigneurs. On l'appelle _vair, à variis coloribus_. L'hermine étoit la
première des fourrures.
_Vair_, en terme de blason, est une fourrure faite de plusieurs petites
pièces d'argent et d'azur, à peu près comme une cloche de melon ou
comme un U. Cependant les armes de la maison de Bauffremont sont
vairées d'or et de gueule.
Le _vair_ est ordinairement de quatre tires ou rangées, et le _menu
vair_ est de six. (Lantin de Damerey.)
Voir la note 16 du tome I.
NOTE 78, _page_ 318.
Vers 21729. _Cendaus_, pluriel de _cendal_. C'étoit une étoffe fort
estimée chez les anciens: on en faisoit les bannières. Le _cendal_
étoit une espèce de camelot; il y en avoit du rouge et du blanc; il y
avoit aussi des _cendaux_ de soie, qui étoient la même chose que nos
taffetas.(Lantin de Damerey.)
[p. 412] NOTE 79, _pages_ 322-323.
Vers 21777-22067. _Houzeaux_, espèces de bottines. Les unes avoient
la tige simple; d'autres avoient un soulier qui étoit quelquefois
à poulaine, avec un long bec recourbé en haut. On appeloit aussi
_houseaux_ des _heuses_, qui étoient des surbottes.
Il y a apparence que les _houseaux_ étoient la chaussure des Parisiens,
par ce que Jean de Meung dit ici de la manière dont Pygmalion habilla
sa statue.
On disoit quitter les _houseaux_, pour faire entendre qu'une personne
étoit morte. Aux _Chroniques de Moustrelet_, tome I, pour l'année
1422, on lit: «que lorsque Henri V, roi d'Angleterre, qui mourut à
Paris, eut été enterré à Abbeville, Messire Sarrazin d'Arly, oncle
du vidame d'Amiens, demanda à un nommé _Haurenas_, qui étoit de sa
maison, s'il ne sçavoit rien de la mort du roy d'Angleterre. Il dit
que oui, et qu'il l'avoit veu en Abbeville, en l'église de St-Offram,
et lui raconta comment il étoit habillé. Adonc Messire Sarrazin lui
demanda par sa foi s'il l'avoit bien advisé; et répondit que oui. Or,
me dis par ton serment s'il avoit point ses houzeaux chaussez?--Ah!
Monseigneur, ce dit-il, nenny.--Par ma foy, ce dit Messire Sarrazin,
beaulx amis, jamais ne me croyez s'il ne les a laissez en France.» Au
lieu de: quitter les _houseaux_, l'on dit proverbialement quitter la
_perruque_, pour: mourir. (Lantin de Damerey.)
NOTE 80, _pages_ 324-325.
Vers 21835-22125. _Cornouaille_. C'est, selon Barbazan, [p. 413] le
cornouiller, arbre dont on faisoit des chalumeaux et autres instrumens
de musique:
Li chalemel de cornouaille.
(Ovide, manuscrit cité par Borel.)
Je ne sais si c'est bien entendre le passage du Roman de la Rose que
de prendre _cornouaille_ pour un arbre, plutôt que pour la province
d'Angleterre qui porte ce nom, ou pour la ville de Cornouaille,
aujourd'hui Quimper-Corentin, qui est en basse Bretagne. Comme les
Bretons sont fort renommés pour leurs danses, peut-être faisoit-on chez
eux des instrumens pour les exciter à danser.
Ceux qui ont fait mention du cornouiller n'en parlent que comme d'un
bois propre à faire des armes.
_Et bena bello cornus,_
dit Virgile au livre II des _Géorgiques_.
Les javelots des Romains étoient faits de cornouiller, dont le bois est
fort dur. Apparemment que ceux des Grecs étoient de la même matière,
puisqu'Homère, dans l'ode qu'il adresse à Mercure, lui dit: _Oui, par
ce dard fait de cornouiller_, je publierai vos louanges. (Lantin de
Damerey.)
NOTE 81, _pages_ 344-345.
Vers 22128-22422.
_Omnia vincit amor, et no cœdamus amori._
(Virgil., _Éclog_. X, carm. 69.)
[p. 414] NOTE 82, _pages_ 348-349.
Vers 22192-22486. Tout le passage suivant, entre crochets, du vers
22193-22487 au vers 22378-22670, doit être considéré comme une
intercalation, assez inutile du reste, voire même ridicule.
NOTE 83, _pages_ 350-351.
Vers 22240-22534.
_Quum le submoveant, qui testamenta merentur_
_Noctibus, in cœlum quos evehit optimia summi_
_Nunc via processus, vetulæ vesîta beatæ?_
_Unciolam Proculeius habet, sed Gillo deuncem,_
_Partes quisque suas, ad mensuram inguinis heres._
(D. Juvenal, _Sat_. I, v. 37.)
(Francisque MICHEL.)
NOTE 84, _pages_ 352-353.
Vers 22244-22538. On chercherait vainement, dans la collection des
œuvres d'Ovide, le passage auquel Jean de Meung fait ici allusion. Il
appartient au livre II d'un poème faussement attribué au chantre des
_Métamorphoses_ et publié, sous le titre de _Vetula_, par Goldast, dans
un volume intitulé: _Ovidii Nasonis Pelignensis erotica et amatoria
opuscula_, etc. Franfurti, typis Wolffrangi Richteri ... anno MDCX, in
80. Voyez liv. II, chap. XXXI-XLI, pag. 152-161. Le lecteur curieux de
savoir à qui l'on peut attribuer cette composition, dont il existe un
manuscrit du XIIe siècle à la bibliothèque de Montpellier (fonds [p.
415] Bouhier, E, 56), trouvera tous les renseignements désirables dans
la notice littéraire sur Ovide, tome VIII, pages 380-382, des œuvres
complètes de ce poète publiées dans la collection Lemaire. (Francisque
MICHEL.)
NOTE 85, _pages_ 368-369.
Vers 22505-22803. Il nous a été impossible de reproduire ici le double
sens de _rains_, qui veut dire à la fois _reins_ et _rameaux_.
NOTE 86, _pages_ 370-371.
Vers 22552-22830. _Fis_ veut dire ici: assuré, fidèle, pluriel de _fit_
ou _fid_, dérivé de _fidum_. On peut donc traduire ce vers de deux
façons: 1° mais j'étais alors si assuré, j'y allais de si grand cœur;
2° mais je lui avais été jusqu'alors si fidèle. Enfin nous devons noter
la version de Méon, que nous n'avons pas cru devoir conserver. Il écrit
le vers ainsi:
Mais de tant fui-ge bien; lors fis
C'onques nul mal gré ne m'en sot....
que l'on peut traduire ainsi:
Mais bien m'en trouvai; je sus faire
Que nul mauvais gré ne m'en sût....
Enfin nous parlerons une dernière fois de l'édition de M. Francisque
Michel. Il adopte la version que nous avons suivie pour notre
traduction, et met deux points après _lors fis_. Le sens se terminant à
la fin de ce vers, force à traduire à peu près: Mais je n'y pris point
garde.
[p. 416] Nous n'aurions, à la rigueur, aucune objection à faire si
l'éditeur ou l'imprimeur n'avait supprimé 40 vers, par inadvertance,
car comment expliquer:
Mès de tant fui-ge bien lors fis:
Qui des amans les roses garde,
Moult en fait ores bone garde.
Évidemment c'est l'imprimeur qui a passé toute une page par mégarde;
mais nous ne nous expliquons pas la légèreté de l'éditeur qui laisse
subsister de pareilles négligences. Nous en sommes à nous demander s'il
relisait ses épreuves, car ce n'est pas malheureusement la seule faute
de ce genre que nous ayons relevée dans le cours de l'ouvrage.
Et, chose singulière, l'erreur se produit toujours de la même
façon. Les vers passés sont rajoutés plus loin. Ici la faute est
impardonnable, car ce sont les 40 vers oubliés qui viennent terminer le
Roman d'une manière aussi ridicule qu'imprévue.
NOTE 87, _pages_ 372-373.
Vers 22580-22882. Ici se termine, dans la plupart des manuscrits, le
Roman de la Rose. Le passage suivant est évidemment postérieur.
[p. 417]
TABLE DES MATIERES