Gallien, médecin célèbre, qui vécut sous les empereurs Trajan et
Adrien; il mourut âgé de soixante-dix ans. On dit qu'il composa deux
cents volumes. (Lantin de Damerey.)
NOTE 4, _pages_ 6-7.
Vers 16627-16827. Razis, médecin arabe, connu sous le nom d'_Almanzor_
ou d'_Abubreke-al-Razi_. Il vivoit dans le dixième siècle, et, selon
d'autres, dans le neuvième. Il vécut cent vingt ans, dont il employa
quatre-vingts à l'étude de la médecine.
Constantin, médecin grec. C'est le premier qui ait parlé de la petite
vérole. Il naquit à Carthage vers 1020 et mourut en 1087, au monastère
du Mont-Cassin, après avoir été secrétaire de Robert Guiscard.
Avicenne, philosophe et médecin arabe du XIe siècle, célèbre par
Plusieurs ouvrages de médecine. on a prétendu que le sultan cabous
l'avoit employé dans le ministère en qualité de vizir. (Lantin de
Damerey.)
NOTE 5, _pages_ 12-13.
Vers 16716-16912. _Valeton_, diminutif de _varlet_. Ce nom de _varlet_
n'étoit pas, comme à présent, [p. 379] affecté aux domestiques; on le
donnoit aux fils de rois ou d'empereurs. Au livre II de Ville-Hardouin,
édition de 1583, on lit ces paroles: «Et après une autre quinzaine
revindrent li messages d'Alemaigne qui estoient al roi Phelippe et al
valet de Constantinople.» Ce valet étoit fils de l'empereur Isaac,
qu'Alexis avoit détrôné après lui avoir fait crever les yeux.
Il y a lieu de croire que les valets de nos jeux de cartes dévoient
tenir un rang plus considérable que celui qu'on leur assigne, puisque
les noms qu'on leur a donnés prouvent assez que c'étoient ceux des
plus fameux héros de la Grèce et de la monarchie françoise; tels sont
les noms d'Hector, d'Ogier le Danois et de La Hire: le premier étoit
le fils de Priam; l'autre, connu par le roman qui porte son nom et par
ses démêlés avec Charlemagne; et le dernier étoit ce brave Jean de
Vignolles, dit La Hire, un des grands capitaines de Charles VII. On
croit même que le jeu de cartes fut inventé par La Hire, dont le valet
de cœur porte le nom, en 1392, pour divertir le roi Charles VI. La
haute noblesse est représentée par les valets, l'état ecclésiastique
par les cœurs, les gens de guerre par les piques, la bourgeoisie par
les carreaux, les laboureurs et les gens de campagne par les trèfles;
et l'on fit trouver dans ce jeu l'abrégé de toute la constitution d'un
État, savoir les rois, les reines et les dames titrées, qu'on peut y
avoir ajoutés sous Anne de Bretagne, Charles VIII et Louis XII. (Voyez
la note 27 de la _Dissertation sur la noblesse françoise_, par M. de
Boullainvilliers.)
Les Picards disent encore _varlet_ et _varleton_. Ce nom étoit donné au
jeune enfant qui entroit dans l'adolescence, de quelque condition qu'il
fût, qui [p. 380] n'avoit point d'état, qui ne jouissoit point de
ses droits, qui étoit encore sous la domination de son père ou autres
personnes chargées de sa conduite. (Lantin de Damerey.)
Voyez au Glossaire _Bacheler_ et _Varlet_.
NOTE 6, _pages_ 18-19.
Vers 16837-17043. Platon, célèbre philosophe grec, fondateur de
l'Académie, naquit vers 430 avant J.-C. et mourut vers 347. Ses écrits
sont, avec ceux d'Aristote, le plus important monument qui nous reste
de la philosophie antique. Sa réputation de sagesse étoit si grande,
que plusieurs peuples lui demandèrent des lois. (Lantin de Damerey.)
Aristote, le plus célèbre, le _prince_ des philosophes grecs,
fondateur de la secte des péripatéticiens, élève de Platon, précepteur
d'Alexandre le Grand, naquit en Macédoine, à Stagyre, en 384 avant
J.-C., et mourut à Chalcis, en Eubée, en 322. Aristote est le plus
vaste génie de l'antiquité. Il est le véritable fondateur de la science
positive et le premier qui ait abandonné les errements de l'idéalisme
grec. (P. M.)
Euclides, mathématicien célèbre, qui vivoit sous Ptolémée Lagus, en la
CXXe olympiade, l'an 450 de Rome. Il a composé un ouvrage
des _Éléments_, en quinze livres; mais on attribue les deux derniers à
Hipsicle d'Alexandrie, qui a écrit des commentaires sur la Géométrie.
(Lantin de Damerey.)
Ptolémée, astronome grec, naquit à Ptolémaïs, en Thébaïde, vers 104
après Jésus-Christ, et mourut vers 168. Son principal ouvrage est
l'_Almageste_. (Voyez note 54, t. II.)
[p. 381] NOTE 7, _pages_ 20-21.
Vers 16845-17051. Parrhasius étoit d'Ephèse; d'autres auteurs le font
natif d'Athènes. Il fut l'antagoniste du peintre Zeuxis: celui-ci ayant
peint des raisins, les oiseaux, trompés par la ressemblance, vinrent
pour les becqueter. Parrhasius, à son tour, peignit un rideau avec tant
d'art, que Zeuxis en fut la dupe et demanda qu'on le tirât, afin de
voir la peinture qu'il croyoit être dessous. Confus de son erreur, il
céda la victoire à son rival, en disant qu'il falloit moins d'adresse
pour tromper des oiseaux que pour en imposer à un homme tel que lui.
(Lantin de Damerey.)
Appellès, peintre célèbre, florissait vers 332 avant J.-C. C'était un
travailleur infatigable. Il vécut à la cour d'Alexandre-le-Grand, dont
il fut le peintre favori. Ce monarque ne voulut qu'aucun autre peintre
ne fit son portrait, et avait conçu pour lui une amitié si vive qu'il
consentit à lui céder la belle Campaspe, sa maîtresse, dont Apellès
était devenu éperdument amoureux.
NOTE 8, _page_ 20.
Vers 16846. _Appelés_ est une licence pour rimer avec _Appellès_. Lisez
_appelle_ ou _appellerai_.
NOTE 9, _pages_ 20-21.
Vers 16849-17055. Mirrhon, excellent statuaire, qui vivoit sous la
LXXXIVe olympiade, 310 ans [p. 382] avant la fondation de
Rome. Une vache qu'il représenta en cuivre le rendit très-célèbre et
donna lieu à plusieurs épigrammes grecques qui sont au livre IV de
l'_Anthologie_.
Polyclète, sculpteur habile, vivoit sous la LXXXIIe
olympiade. Son plus bel ouvrage est une statue où il rencontra si
heureusement toutes les proportions du corps humain, qu'elle fut
appelée _la Règle_ par excellence. Il fit aussi un groupe de personnes
qui jouoient aux dés, qui fut fort estimé.
(Lantin de Damerey.)
NOTE 10, _pages_ 20-21.
Vers 16855-17061. Zeuxis d'Héraclée vivoit sous la XCVe
olympiade. Ce fut un peintre célèbre qui fit mentir un proverbe assez
commun: _Gueux comme un peintre_. Il amassa des richesses immenses, et,
croyant ses ouvrages au-dessus de tout le prix qu'on y pouvoit mettre,
il voulut qu'après sa mort ils fussent donnés pour rien. Il eut pour
rivaux de sa gloire Timanthès, Androcidès, Eupompus et Parrhasius. On
dit que Zeuxis mourut à force de rire, en considérant le portrait d'une
vieille qu'il venait de faire. (Lantin de Damerey.)
NOTE 11, _pages_ 30-31.
Vers 16998-17206. Tout le passage, du vers 16999-17207 au vers
17384-17702, a été évidemment ajouté après coup, ou, tout au moins, du
vers 17021-17229.
[p. 383] NOTE 12, _pages_ 32-33.
Vers 17023-17263. _Cope la gueule_. Le peuple dit encore: _couper le
sifflet_.
NOTE 13, _pages_ 34-35.
Vers 17063-17273. Ce titre est assez obscur. _Cy dit_ donne a
sous-entendre _l'auteur_.
NOTE 14, _pages_ 46-47.
Vers 17261-17476. Nous avons dit, à la note 11, que ce passage avait
été intercalé après coup. Ce vers le prouve surabondamment, car cette
interpellation: «Beaux seigneurs,» au milieu d'un discours de Génius à
Nature, est au moins singulier.
NOTE 15, _pages_ 48-49.
Vers 17275-17491.
_Qui legitis flores et humi nascentia fraga
Frigidus, ô pueri, fugite hinc, latet anguis in herbâ._
(Virgile, _Egl_. III, vers 92.)
NOTE 16, _page_ 50.
Vers 17308 et suivants. Au lieu de _vestés, servés, laborés, honorés_,
il faudrait _vestiés, serviés, laboriés, honoriés_, puisque ces quatre
verbes sont au subjonctif.
[p. 384] NOTE 17, _page_ 52.
Vers 17344. _Taisiés_. Ce vers prouve que, pour l'impératif, au début,
la forme du subjonctif était au moins aussi usitée que celle de
l'indicatif. Le verbe _être_, avec son impératif _sois, soyons, soyez_,
en est une preuve irréfutable. Nous ajouterons même que ce mode était
plus rationnel, car il faut sous-entendre: «Je veux que ...» Ainsi,
pour la troisième personne, emploie-t-on le subjonctif: _qu'il fasse,
qu'ils aillent._
NOTE 18, _pages_ 54-55.
Vers 17380-17598. _Qui custodit os suum, et linguam suam, custodit ab
angustiis animam suam._
(_Proverb_., cap XXI, vers. 23.)
NOTE 19, _pages_ 60-61.
Vers 17468-17686. _Connestable_. Ce n'étoit autrefois que le
surintendant de tous les domestiques qui avoient soin des écuries
du roi. On appeloit cet officier _comes stabuli_; c'est sous ce
titre qu'Aimon, au livre IV de son _Histoire_, parle d'un Geilon,
comte d'Estable de Charlemagne, et au livre III, parlant d'un
Lendegisile, qui étoit comte d'Estable de Gontran, roi d'Orléans,
dit: _Landegisilus, regalium præpositus equorum, quem vulgo vocant
comistabilem_, d'où est venu le nom de connétable.
Leur autorité s'accrut au point que, sous Hugues Capet, on ne
signoit aucunes lettres-patentes auxquelles [p. 385] ne fût requise
la présence du connétable, ce qui eut lieu sous les rois Robert,
Henri Ier, Philippe Ier, Louis-le-Gros et
Louis-le-Jeune.
Les connétables ne se bornèrent point à la surintendance des écuries;
ils devinrent par leur valeur les lieutenans-généraux de l'armée de
nos rois. Le premier qui se distingua le plus dans cette charge fut
Matthieu de Montmorency qui, en 1214, contribua beaucoup au gain de
la bataille de Bovines. Depuis cette fameuse journée, la charge de
connétable devint la première charge de la couronne, et ceux que l'on
en honora dans la suite furent regardés comme les lieutenans-généraux
de nos rois.
C'est sur cette idée que Nature, dans le _Roman de la Rose_, se
qualifie vicaire et lieutenant du seigneur.
La charge de connétable fut supprimée en 1627, après la mort de
François de Bonne, duc de Lesdiguières.
Les empereurs romains eurent des connétables, ou plutôt des préfets du
prétoire, à qui nos maires du palais, et après eux nos connétables,
ressembloient assez pour le crédit.
On lit dans le panégyrique de l'empereur Trajan qu'après qu'il eut
choisi pour son connétable Licinius Sura, il lui dit: _Accipito hunc
ensem, ut siquidem rectè de republicâ imperatorem, pro me, sin secùs,
in me utaris_. Ce qui ne se disoit pas sérieusement de la part de ce
prince; ce n'étoit qu'un bon mot, ou qu'une vaine formalité de style,
qui n'engage jamais.
Jacques VI, roi d'Ecosse, qui avoit peut-être lu ce passage, fit mettre
sur le revers de sa monnoie une épée nue avec cette légende: _Pro me,
si mereor in me_. Connétable a été pris aussi pour un maître [p. 386]
d'hôtel, _dapifer_. La charge de connétable s'appeloit connétablie. Ce
titre se donnoit quelquefois à des officiers qui ne commandoient qu'à
un certain nombre de soldats: ces compagnies se nommoient connétablies.
(Lantin de Damerey.)
NOTE 20, _pages_ 60-61.
Vers 17472-17690. _Chaîne dorée_. Homère a feint que tout l'univers
étoit suspendu à cette chaîne. (_Iliade_, liv. VIII.) (Lantin de
Damerey.)
NOTE 21, _pages_ 60-61.
Vers 17486-17704. La suite naturelle de ce passage semble se trouver au
vers 19715-19977:
Ai-ge por home laboré....
où reparaît la suite de cette idée, après un hors-d'œuvre de 2,400 vers
qui aurait été intercalé par l'auteur au milieu de son poème.
NOTE 22, _pages_ 62-63.
Vers 17502-17722. Macrobe, qui avoit mieux examiné le cours des astres
que Jean de Meung, dit, dans son _Commentaire sur le songe de Scipion_,
que les planètes et toutes les étoiles retournent au bout de quinze
mille ans au point d'où elles étoient parties, et que cette révolution
doit véritablement être appelée année.
Cicéron a fixé le cours des astres au jour de la mort [p. 387] de
Romulus, l'an 32 de Rome, et il prétend que quinze mille ans après ils
retourneront d'où ils sont partis. (Macrobius, in _Somnium Scipionis_,
lib. II, cap IX.) (Lantin de Damerey.)
NOTE 23, _pages_ 62-63.
Vers 17528-17748. _Espaisse_, épaisse, signifie _mat_, contraire de
limpide; _mat, mas, maz_, que nous retrouvons plusieurs fois, dans le
cours du roman, employé au figuré, signifiait: lourd, épais, abattu,
ahuri. On dit encore du _pain mat_, pour épais, lourd.
NOTE 24, _page_ 62.
Vers 17530. L'original porte _qu'el_. Ce mot ne signifie rien ici.
Nous l'avons remplacé par _que._ M. Francisque Michel a, bien entendu,
reproduit l'erreur.
NOTE 25, _pages_ 66-67.
Vers 17584-17806. Les douze maisons du ciel, les douze degrés de la
sphère, ce sont les douze signes du Zodiaque.
NOTE 26, _pages_ 70-71.
Vers 17635-17859. Platon et les autres philosophes ont cru que les
astres, dans leur révolution, faisoient un bruit pareil à celui de
notre musique, et que le son étant un effet de la répercussion de
l'air, par la [p. 388] règle qui veut que de la collision violente de
deux corps il en résulte un son, il est plus ou moins agréable, selon
l'ordre qui est observé dans la percussion de l'air; et comme rien ne
se fait tumultuairement dans le ciel, on infère de là que les astres,
en faisant leur cours, forment une espèce de concert, parce que le
mouvement violent produit nécessairement un son. Ce qui nous empêche de
l'entendre, c'est que le son est trop fort. En effet, si les peuples
qui habitent le long du Nil n'entendent pas le bruit que fait ce fleuve
en roulant ses eaux, il ne faut point être surpris si le bruit que
cause la révolution de la sphère est au-dessus de la portée de notre
ouïe.
Platon a prétendu que la musique des astres étoit diatonique, parce
que, dit-il, il y a trois genres de musique: l'_enharmonique_, le
_chromatique_ et le _diatonique_. Le chant du premier procède par
quarts de tons; les Grecs s'en servoient anciennement, surtout dans
le récitatif. Mais la difficulté qu'il y avoit à trouver ces quarts
de tons en a fait perdre l'usage, d'autant plus que cette musique ne
pouvoit avoir lieu dans l'harmonie. La musique chromatique est une
modulation qui procède par le mélange des semi-tons, tant majeurs que
mineurs, marqués accidentellement par des dièzes ou par des bémols. On
la pratique dans la musique moderne, soit dans la mélodie, soit dans
l'harmonie.
La musique diatonique est celle qui procède par des tons pleins, justes
et naturels, dont les moindres intervalles sont des semi-tons majeurs,
comme il est facile de l'observer dans l'intonation de l'étendue de
l'octave, en commençant par la note _ut_.
La définition de Platon est plus succincte, car il [p. 389] se
contentoit de dire que le genre enharmonique n'est pas en usage, à
cause de son extrême difficulté; que le chromatique a été regardé comme
infâme à cause de sa mollesse, d'où il conclut que la musique des
astres est diatonique. (Lantin de Damerey.)
NOTE 27, _pages_ 70-71.
Vers 17661-17885. Nous avons émis l'opinion, à la note 21, qu'il y
avait de fortes raisons de croire à l'intercalation postérieure de
tout le passage du vers 17486-17705 au vers 19713-19977. Tous ces
hors-d'œuvre n'étaient pas toujours éclos d'un seul jet, et l'auteur
intercalait souvent de nouvelles inspirations au travers des premières.
Tel est le passage compris entre le vers 17661-17885 et le vers
19661-19921:
Ne ne me plaing des élémens.
NOTE 28, _page_ 74.
Vers 17718.
Vaincuz par mors si meschéans.
M. Francisque Michel, qui traduit _cors_ par _cours_, partout, sans
s'inquiéter si ce mot désigne les cours du ciel, c'est-à-dire les
astres errants, ou simplement les corps dispersés dans la nature, comme
au vers 17649, par exemple, ne se donne pas plus de peine pour traduire
_mors_. Mais alors il traduit au hasard, selon sa fantaisie, tantôt par
_mort_, tantôt par _mœurs_, et quand l'orthographe le [p. 390] gêne,
il la change. Ce n'est pas plus difficile que cela.
_Mors_ veut dire ici _mœurs_, en latin _mores. Mors_, en tant que
régime, ne peut signifier que _morts_ ou _mœurs_. Or, l'épithète de
_meschéans_, qu'il traduit par _méchante_, ne pouvant qualifier que
la mort personnifiée, il fallait absolument à M. Francisque Michel un
singulier. Donc, au lieu de _mors_, il écrit _mort, meschéant_, et,
comme conséquence, il change la rime précédente; mais alors, pourquoi
n'écrit-il pas _chétif_ et _récréant_, et laisse-t-il _chetis_ au
pluriel et _récréant_ au singulier?
De plus, _mort_ était du féminin, _mœurs_ était encore du masculin,
de même qu'en latin, comme le prouve, entre autres, le vers 17744. Il
est vrai qu'ici _meschéans_ peut s'appliquer aux deux mots, puisque
les participes présents n'avaient pas de féminin au XIIIe siècle; mais
_meschéant_, participe de _meschéoir_, signifiait: qui a de fâcheuses
conséquences, fatal, mauvais, et ce n'est que plus tard qu'il signifia
_cruel_, doué de mauvais instincts. D'un autre côté, au vers 17748,
le doute ne devait pas être permis: _Tex mors destinées_, en dehors
du sens, qui est indiscutable, indique que _mors_, féminin, signifie
_morts_, de sorte que le vers suivant:
Qui tel éur lor ont méu,
se rapporte à _destinées_. Mais M. Francisque Michel ne s'embarrasse
pas pour si peu, et il traduit _mors_ par _mœurs_, commettant ici un
deuxième contre-sens.
Est-il besoin enfin de critiquer la traduction de _récréant_ par
_cessant d'agir? Récréant_, participe de _recrere_, avait le même sens
que _recréu_. Il signifiait: _qui se rend, rendu, abattu._
[p. 391] NOTE 29, _pages_ 76-77.
Vers 17727-17953. Empédocles, philosophe et poëte, de la ville
d'Agrigente, en Sicile, désirant qu'on crût qu'il tenoit de la déité
et qu'on le tînt comme un dieu après sa mort, quitta adroitement la
compagnie avec laquelle il étoit allé sur le mont Etna, le remonta et
se précipita dans le volcan. On ne s'aperçut de cet acte de folie que
parce qu'on trouva ses pantoufles qui avoient été rejetées à plus de
cinquante pas par l'effet d'une irruption. (Lantin de Damerey.)
NOTE 30, _pages_ 76-77.
Vers 17740-17966. Origènes naquit à Alexandrie, l'an 185 de J.-C, et
mourut à Tyr l'an 256. D'autres historiens placent sa mort en l'an
254 ou 252. Il enseigna la théologie aux hommes et aux femmes, et,
pour se mettre à l'abri de la calomnie, à cause de sa fréquentation
avec le sexe, il se rendit eunuque, prenant trop à la lettre ce
qu'a dit J.-C. dans son Évangile, au sujet des eunuques volontaires
pour le royaume des cieux. On dit qu'il composa six mille volumes,
c'est-à-dire six mille rouleaux. Ce travail immense devoit lui attirer
le surnom d'_entrailles de fer_, à plus juste titre qu'au grammairien
Didymus, qui n'avoit fait que trois mille cinq cens volumes. (Lantin de
Damerey.)
[p. 392] NOTE 31, _pages_ 80-81.
Vers 17790-18018. _Prédestination_, terme de théologie. C'est un
dessein que Dieu a eu de toute éternité de donner la gloire éternelle
à ceux qu'il a choisis. Il y a une prédestination à la grâce qui est
toute gratuite; il y en a une à la gloire. Se fait-elle indépendamment
des mérites acquis par la grâce, ou n'est-ce que dépendamment de ces
mérites? Ce doute partage les théologiens, et chacun s'appuie de
l'autorité des Pères, et même de l'Écriture. (Lantin de Damerey.)
NOTE 32, _pages_ 82-83.
Vers 17927-18054. _Fomes_. M. Francisque Michel traduit encore ici
_fomes_ par _fûmes_; c'est une grosse erreur. _Fûmes_ ne signifierait
absolument rien ici, tandis que _faisons_ s'explique parfaitement.
_Fomes_ est mis ici pour _faimes_. (Voir l'introduction au Glossaire.)
NOTE 33, _page_ 116.
Vers 18396. L'original est écrit _fait. Destrempance_ veut dire
_intempérance, trouble_, et semble signifier ici plus particulièrement:
mauvaise influence, persécution. Aussi n'avons-nous pas hésité à lire
_fuit_, qui nous semble plus rationnel.
[p. 393] NOTE 34, _pages_ 120-123.
Vers 18487-18725. L'original porte _recongnoissant_. C'est évidemment
une erreur, comme le prouvent les deux vers 18550-51--18790-91:
Mès voirs est que ceste ignorance
Lor vient de lor propre nature.
NOTE 35, _page_ 134.
Vers 18695. M. Francisque Michel sépare _desvans_ en deux mots, et
traduit _vans_ par _vanneaux_. Nous préférons y voir le participe
présent de _desver, enrager_, être furieux, fou. On dit encore dans nos
campagnes: _faire endéver_, pour: _faire enrager_.
NOTE 36, _pages_ 136 et 137.
Vers 18724-18968. Alhacen, savant arabe, a écrit sur les crépuscules et
fait un traité d'optique. Il vécut vers le XIe siècle. Il est appelé
par quelques-uns Alhazon, Alhacen. Il y a encore un autre Alacenus ou
Alhazenus, Anglais, dont on a deux traités, l'un _De Perspectivâ_, et
l'autre _De Ascensu nubium_. Il y a beaucoup d'apparence que c'est de
l'Arabe que Jean de Meun fait ici mention. (Lantin de Damerey.)
NOTE 37, _pages_ 150-151.
Vers 18946-19194. _Virent_ est ici l'indicatif de _virer_.
[p. 394] NOTE 38, _page_ 152.
Vers 18989. Nous sommes de l'avis de M. Francisque Michel. Il faut lire
ici _anuieuses_, et non _anvieuses_.