Dame, pourtant je vous conseille

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Que vous voilliez ce plor lessier, 16989

Se bien vous volés confessier,

Et bien entendre à la matire

Que vous m'avés empris à dire:

Car grans est, ce croi, li outrages,

Que bien sai que nobles corages

Ne s'esmuet pas de poi de chose:

S'est moult fox qui trobler vous ose.

Mès sans faille il est voir que fame

Legierement d'ire s'enflame[11]. Voir la note

[Virgiles méismes tesmoingne,

Qui moult congnut de lor besoingne,

Que jà fame n'iert tant estable,

Qu'el ne soit diverse et muable,

Et si rest trop ireuse beste.

Salemon dist qu'onc ne fut teste

Sor teste de serpent crueuse,

Ne riens de fame plus ireuse;

N'onc riens, ce dist, n'ot tant malice.

Briefment, en fame a tant de vice,

Que nus ne puet ses meurs pervers

Conter par rimes, ne par vers:

Et si dist Titus-Livius

Qui bien congnut quex sunt li us

Des fames, et quex les manieres,

Que vers lor meurs nules prieres

Ne valent tant comme blandices,

Tant sunt decevables et nices,

Et de flechissable nature.

Si redist aillors l'Escriture

Que de tout le femenin vice,

Li fondement est avarice.

Et quiconques dit à sa fame

Ses secrez, il en fait sa dame.

[p. 031]

D'abord de vos larmes cesser, 17197

Et si voulez vous confesser,

Exposez-moi donc tire à tire

Tout ce que vous avez à dire.

Grande est, je crois, votre douleur,

Car bien sais-je que noble cœur

Ne s'émeut pas de peu de chose.

Bien fol est qui troubler vous ose.

Avouons-le, femme pourtant

S'emporte bien légèrement[11].

[A Virgile je m'en réfère

Qui moult connut leur caractère:

Cœur de femme, dit-il, est changeant,

Capricieux et inconstant.

Femme est trop irascible bête;

Et Salomon dit que sa tête

Est pis que tête de serpent,

Et qu'il n'est rien de plus méchant;

Rien, dit-il, n'eut tant de malice;

Bref, en la femme est tant de vice,

Que nul ne peut ses us pervers

Conter par rimes ni par vers.

Tite-Live, qui leurs manières

Savait et leurs mœurs tout entières,

Dit que, pour les séduire, rien

Ne réussit oncques si bien

Que propos flatteurs et que fables,

Tant frivoles et décevables

Et tant fragiles sont leurs cœurs.

Et l'Écriture ajoute ailleurs

Que de tout le féminin vice

Le fondement c'est l'avarice.

Et quiconque à sa femme dit

Ses secrets, dès lors s'asservit.

[p. 032]

Nus homs qui soit de mere nés, 17023

S'il n'est yvres ou forsenés,

Ne doit à fame réveler

Nule riens qui face à celer,

Se d'autrui ne le vuet oïr.

Miex vaudroit du païs foïr,

Que dire à fame chose à taire,

Tant soit loial ne débonnaire;

Ne jà nul fait secré ne face,

S'il voit fame venir en place:

Car s'il i a peril de cors,

El le dira, bien le recors,

Combien que longuement atende;

Et se nus riens ne l'en demande,

Le dira-ele vraiement,

Sans estrange amonestement:

Por nule riens ne s'en teroit,

A son avis morte seroit,

Se ne li sailloit de la bouche,

S'il i a peril ou reprouche.

Et cil qui dit le li aura,

S'il est tex, puis qu'el le saura,

Qu'il l'ose après ferir ne batre,

Une fois, non pas trois ne quatre,

Jà si-tost ne la touchera,

Cum ele li reprouchera,

Mais ce sera tout en apert.

Qui se fie en fame, il se pert,

Et li las qui en li se fie,

Savés-vous qu'il fait? il se lie

Les mains, et se cope la geule[12]:

Car s'il une fois toute seule

Ose jamès vers li grocier,

Ne chastoier, ne corrocier,

[p. 033]

Car aucun homme né de mère, 17231

S'il n'est ivre ou de sens n'a guère,

Ne doit à femme révéler

Nulle chose bonne à celer,

S'il ne veut pas qu'elle soit sue,

Tant soit sa loyauté connue.

Mieux lui vaudrait le pays fuir

Qu'à femme un secret découvrir;

Que rien de secret il ne fasse

Non plus, si vient femme en la place,

Car en allât-il de ses jours,

Elle ne se taira toujours

Combien que longuement attende.

Pas n'est besoin qu'on lui demande,

Bien le dira-t-elle vraiment,

Sans qu'on la prie, un beau moment.

Pour rien au monde nulle femme

Ne se tairait, non, sur mon âme;

A son avis, morte serait,

Si de la bouche son secret

Ne lui sortait, dût-elle même

Se jeter en péril extrême.

Et celui qui livré l'aura,

Une fois qu'elle le saura,

S'il l'ose après férir ou battre

Une fois, non pas trois ni quatre,

Aussitôt qu'il la touchera,

Lors elle lui reprochera

Ouvertement à voix jolie;

Car l'homme en femme qui se fie

Se perd, et le malheureux, las!

Savez-vous ce qu'il fait? les bras

Il se lie et se clot la gueule[12],

Car rien qu'une fois, une seule,

[p. 034]

Il met en tel peril sa vie. 17057

S'il a du fait mort deservie,

Que par le col le fera pendre,

Se li juge le puéent prendre;

Ou murdrir par amis privés,

Tant est à mal port arrivés.

Le roman de la rose - Tome IV · 第 19 / 71 题