LA MODE

On a dîné beaucoup en décembre: on dansera beaucoup en janvier, les

fêtes officielles préludant aux fêtes mondaines qui attendent le dernier

glas du carnaval pour chanter leurs premiers fredons.

La robe du soir est donc à l'ordre de l'année nouvelle. Déjà habillées

d'hiver pour les visites du matin, les Parisiennes songent désormais aux

robes de gala par lesquelles, cet hiver, elles conquerront une beauté

nouvelle, une séduction neuve et originale.

Elles sont bien jolies, les robes du soir qui s'achèvent dans l'atelier

de nos grands faiseurs, avec leur grâce souple de fourreaux chatoyants,

le long desquels glissent les pierreries. Jolies, à une seule critique

près: je veux parler de la manche que quelques femmes portent, avec le

corsage décolleté, tout à fait longue et boutonnée au poignet. C'est là

une erreur regrettable et une incontestable faute de goût. Car, pour

garder sa ligne pure, le corsage du soir devrait être absolument sans

manches. Moins il est empâté d'étoffe, plus le bras s'allonge élégant,

et la simple épaulette, sertissant la blancheur des épaules de sa ligne

lumineuse, suffit à l'encadrer, en ce genre de toilette. Ou bien, pour

le demi-décolleté--la demi-peau!--la manche Louis XV, arrêtée au-dessus

du coude et l'enchâssant d'une mousse de dentelle, de façon à laisser

libre l'avant-bras que moule le long gant de saxe.

Tout ce qui, en dehors de cela, engonce le bras et en rompt la ligne,

est assurément de goût médiocre. Le «gigot» a été, sous Louis-Philippe,

une mauvaise plaisanterie de quelque couturière naturaliste--le

couturier n'était pas encore inventé!...--Et la manche Valois, bouffante

du haut, boutonnée au poignet, qui s'accordait peut-être avec l'époque,

est aujourd'hui due aux ultra-maigres qui possèdent, pour bras, une

paire d'échalas.

La robe du soir, donc, pour être logique et gracieuse, doit être sans

manches; ou, du moins, avoir le moins de manches possible. Elle se fait

de deux sortes: légère pour les très jeunes femmes, lourde pour celles

qui ont passé vingt-cinq ans ou qui ne dansent plus.

***

La robe lourde est en velours, en satin ou en lampas. Le satin est très

à la mode, cette année. Aussi le velours de nuance tendre, bleu clair,

vert pâle ou maïs. Peu de garniture, bien entendu. Mais des broderies

d'or ou de pierreries au corsage et en panneau à la jupe assez longue,

unie derrière, drapée devant.

Le satin et les velours mêlés sont d'un effet fort heureux. Le velours,

alors, forme le dos du corsage, s'allonge sur la jupe en ailes étroites,

ainsi que les pans d'un très long habit. Le satin est couvert de

broderies.

Mais il y a toujours, dans le mélange des étoffes, beaucoup de

fantaisie, partant beaucoup d'imprévu. La robe tout en satin, comme la

robe tout en velours, est bien plus correcte, bien plus classique.

Combien est élégant du satin rose de Chine, avec une fine broderie d'or

et d'argent en entredeux, au-dessus de l'ourlet, courant sur le côté, en

fermeture au petit corsage, tout brodé, comme une cuirasse! Ou, sur du

satin jaune d'or, l'ourlet brodé et pailleté d'or, avec l'étoffe

ramagée, en relief, de tout petits bouquets également brodés d'or.

Encore bien aristocratique en sa simplicité somptueuse, une robe en peau

de soie blanche que garnit, en fichu, enchâssant la gorge, du vieux

point de Venise.

Le même point de Venise, rattaché en godets, forme draperie autour de la

jupe et il enferme les hanches, noué à la pointe du corsage, comme le

fichu l'est à la poitrine.

Les robes lourdes, portées aux premières fêtes, sont celles

d'aujourd'hui. Les robes légères seront celles de demain. En voici une

de crêpe blanc, que rayent d'étroits rubans de même nuance. Par

derrière, la jupe ronde, comme presque toutes les jupes légères, est

montée à gros plis plats, et le ruban, passé en sens inverse, coupe en

travers chaque pli, de haut en bas. Le corsage décolleté, à longue

pointe, est en satin crème avec un fichu noué de crêpe. Pour manches,

des branches de cerisier en épaulières. Les mêmes branches, en grappes,

retiennent la jupe sur le côté. Dans les cheveux, petite couronne de

cerises sertissant le chignon.

***

Une autre toilette est de satin rose. Une draperie de crêpe hortensia

festonne au bord de la jupe, toute frangée de violettes: le tout voilé

par une jupe de crêpe rose, tout unie et ourlée, en bas, de plusieurs

plis plats. Le corsage en crêpe, froncé à la vierge, avec gorgerette de

violettes. Une robe de crêpe blanc, avec fond de peau de soie, est plus

simple encore: pour toute garniture, à la jupe, trois rangs de broderie,

pointillée d'argent, cerclant l'ourlet. Au corsage, la gorgerette, aussi

de broderie, descend en pointe devant et derrière. Les manches, nouées

de satin, faites d'un seul bouillon de crêpe. Une autre, en tuile lilas,

est couverte, devant, de larges chevrons de satin lilas qui forment

comme un corps d'abeille; tandis que, derrière, les bandes de satin

descendent toutes droites. Le corsage tout en satin, avec draperie de

crêpe et guirlande-sautoir de lilas. Des lilas aussi dans la jupe, en

longues grappes.

Je finis par une toilette en quelque sorte intermédiaire, le crêpe de

Chine tenant le milieu entre la robe lourde et la robe légère, plus

souple que la première, moins habillée que la seconde, très facile à

porter et convenant aux réceptions de demi-gala. Celui-ci de nuance

mauve, la jupe drapée, plissée en bas comme un tablier d'enfant. Des

noeuds de velours lilas soutiennent les draperies, formant sur le côté

des demi-guirlandes. Le dos et la traîne en tulle mauve, coupé de bandes

de crêpe de Chine, le devant du corsage tout drapé, en crêpe de Chine,

noué de velours lilas.

Violette.

[Illustration: HISTOIRE DE la SEMAINE]

Les élections sénatoriales.--On a procédé dimanche dernier, conformément

à la Constitution, au renouvellement d'un tiers du Sénat. Il y avait à

pourvoir à la vacance de 81 sièges, sur lesquels 65 étaient occupés par

des républicains et 16 par des conservateurs. Le scrutin a donné les

résultats suivants: 75 républicains, 6 conservateurs.

Les républicains ont donc gagné 10 sièges, qui se répartissent ainsi: 2

dans le Pas-de-Calais, 1 dans la Seine-Inférieure. 1 dans le

Tarn-et-Garonne et 3 dans la Vienne.

En conséquence, sur les 300 membres qui composent le Sénat, on comptera

238 républicains et 55 monarchistes. Il y a encore une élection à venir,

celle de l'Inde, qui aura lieu demain, et six sièges à pourvoir par

suite de décès. Comme il est probable que ces derniers seront occupés

par des sénateurs appartenant à la même opinion que ceux dont ils

prendront la succession, le Sénat sera définitivement constitué de la

façon suivante: 244 républicains et 56 monarchistes.

Le scrutin du 4 janvier a fait entrer à la Chambre Haute sept députés:

MM. Maxime Lecomte, Deprez, Vignancourt, Vilar, Dautresme, R.

Waddington, Brugnot.

Sur les 74 républicains élus, 29 sont nouveaux. Ce sont, outre les 7

députés qui viennent d'être cités: MM. Camescasse, ancien préfet de

police, Gomot, Barrière, Jean Dupuy, directeur du _Petit Parisien_,

Levrey, Brusset, Leporché, Gravier, Ranc, Lefèvre, Lesouef, P. Casimir

Périer, Regismantet, Léo Aymé, Rolland, Angles, Edmond Magnier,

directeur de l'Événement, Couteaux, Thezard, Salomon, Jules Ferry,

Joigneaux.

Dans le département de la Seine, seuls M. de Freycinet, président du

Conseil, et M. Poirier ont été nommés au premier tour. Ont été élus

ensuite, au troisième tour, MM. Tolain, Ranc et Alexandre Lefèvre.

La première chose à constater, c'est que depuis 1876, année à laquelle

remonte l'institution du Sénat, la majorité républicaine de cette

assemblée n'a fait que progresser.

Aux élections des inamovibles en décembre 1876 et aux élections

générales de janvier 1877, il y eut 114 républicains élus et 156

conservateurs.

Aux élections de janvier 1879, lors du premier renouvellement par tiers

des sénateurs élus par les départements, il y eut 82 élections qui

donnèrent la majorité aux républicains. Ceux-ci se trouvèrent alors au

nombre de 160 et les conservateurs au nombre de 140.

En janvier 1882, les républicains enlevèrent 66 sièges sur 79 et la

majorité républicaine du Sénat atteignit alors 190 membres. En 1885, les

républicains gagnèrent encore 25 sièges, en sorte que la minorité

conservatrice fut réduite à 90 membres.

Enfin, en tenant compte des élections partielles de 1888 et des

résultats de dimanche dernier, on constate que, depuis 1876, les

républicains ont gagné 99 sièges perdus par les conservateurs.

Il y là un mouvement intéressant à signaler; cependant l'opinion

publique se montre généralement moins frappée des questions d'ordre

général que de celles qui concernent les personnes. Aussi l'attention

s'est-elle portée cette fois moins sur l'ensemble des élections que sur

deux candidats qui, à des titres divers, occupent une place importante

sur la scène politique, M. de Freycinet et M. Jules Ferry.

On ne doutait pas de l'élection de M. de Freycinet, qui ne compte plus

ses victoires, quel que soit le terrain sur lequel il se présente. Si, à

l'Académie, il ne l'a emporté qu'au troisième tour--et on n'a vu là

qu'une suprême coquetterie de l'illustre compagnie qui a voulu laisser

croire que cette candidature était discutée--ici le président du Conseil

a triomphé, et haut la main, au premier tour. Il obtient 579 suffrages

sur 654 votants, c'est-à-dire une majorité inconnue dans les précédentes

élections de la Seine. C'est presque l'unanimité. Elle s'explique par

les séductions qu'exerce le talent de cet homme politique habitué à

résoudre tous les problèmes en mathématicien doublé d'un orateur, mais

on assure aussi que les délégués sénatoriaux ont voulu surtout acclamer

en lui le ministre de la guerre, c'est-à-dire celui qui personnifie

aujourd'hui la défense nationale. S'il en est ainsi, il n'y a qu'à

s'incliner, le mobile principal des électeurs de la Seine étant de ceux

qui ne sauraient être discutés, et on ne peut que constater une fois de

plus, avec une nouvelle allégresse, la promptitude avec laquelle

s'apaisent toutes les querelles de partis quand le patriotisme est en

jeu.

L'élection de M. Jules Ferry a une réelle importance à un tout autre

point de vue. Il représente la politique coloniale inaugurée par la

nouvelle république et, en ce qui concerne la politique intérieure, il a

été considéré longtemps comme l'homme d'État le mieux armé pour résister

aux prétentions excessives des radicaux ou des socialistes. Plus d'une

fois, le sénateur des Vosges sera amené à prendre la parole pour

s'expliquer sur ce qu'on appelle les «aventures» de notre politique

coloniale dont on le rend, avec injustice parfois, personnellement

responsable. Mais il est permis de se demander si l'attente générale ne

sera pas trompée, quand M. Jules Ferry sera appelé à prendre rang dans

les questions qui divisent les esprits. Depuis le moment où il a dû se

tenir à l'écart, bien des événements se sont produits qui ont modifié

profondément la classification des partis et il est probable que

l'ancien ministre aura quelque peine à reconnaître lui-même la voie dans

laquelle il doit s'engager, s'il veut remplir le rôle pour lequel

l'opinion s'imagine qu'il a été créé. Quoi qu'il en soit, son

intervention dans les débats parlementaires est attendue avec curiosité.

Election législative.--L'élection de l'arrondissement de Saint-Flour,

(Cantal), a donné les résultats suivants: M. Bory, vice-président du

conseil général, républicain, élu par 6.353 voix, contre 3.165 à M.

Andrieux, ancien député.

Conseil municipal de Paris.--La commission des finances du conseil

municipal avait fait croire que, rompant avec de vieilles habitudes,

cette assemblée discuterait et voterait le budget de la préfecture de

police. Il n'en a rien été et, en séance, le conseil a émis son vote

annuel, c'est-à-dire qu'il a refusé les crédits nécessaires à la police

de la capitale.

Ce n'est pas tout, le conseil a voté le rétablissement d'un chapitre du

budget qui, sous couleur de bonne comptabilité, détache une partie des

services administratifs qui doivent dépendre de la direction

préfectorale pour la placer sous le contrôle immédiat du consul.

Le ministre de l'intérieur a fait signer dès le lendemain par le

président de la République deux décrets qui annulent ces deux décisions.

Le conflit que l'on croyait écarté se trouve donc renaître avec plus de

violence que jamais.

Mais, en revanche, il n'est que juste de porter à l'actif du conseil

municipal une décision qui sera très généralement approuvée. La majorité

a réduit de 146,000 francs à 20,000 le crédit affecté aux bataillons

scolaires. C'est leur suppression à brève échéance, car ce crédit de

20,000 fr. ne peut servir qu'à couvrir les frais de liquidation de cette

fâcheuse institution. Elle disparaîtra sans laisser de vifs regrets,

même parmi ceux qui l'ont inventée, ou patronnée au début.

Amérique du Nord. _La récolte des Sioux._--Les Indiens poursuivent la

lutte avec cet acharnement et ce mépris de la vie dont l'_Illustration_

a donné une idée dans un de ses derniers numéros, en montrant les

épreuves terribles par lesquelles consentent à passer ceux d'entre eux

qui veulent acquérir le titre de guerrier. La guerre à laquelle ils se

livrent sera d'autant plus meurtrière qu'elle ne répond en rien aux

règles que se sont imposées les peuples civilisés. Les Indiens se

postent sur un point, attendent au passage les troupes fédérales ou les

attirent dans une embuscade, et, après avoir dirigé sur l'ennemi un feu

bien nourri, n'hésitent pas à se retirer dans des régions à peu près

inaccessibles.

C'est un combat de ce genre qui a eu lieu la semaine dernière. Un

courrier arrivé à Omaka avait apporté la nouvelle que les Indiens

avaient entouré et incendié la mission de Clay Creek, ou se trouvaient

des prêtres, des religieuses et plusieurs centaines d'enfants. Un

régiment de cavalerie, envoyé immédiatement sur les lieux, a trouvé

l'école en feu; la mission, qui est à une certaine distance de l'école,

n'était pas encore atteinte.

La cavalerie a failli être enveloppée par les Indiens, dont la plupart

se tenaient en embuscade, tandis que cinq ou six cents d'entre eux

occupaient l'attention des soldats. Au moment où l'enveloppement était

presque complet, un autre régiment de cavalerie est arrivé et a pu

disperser les révoltés qui ont pris la fuite dans toutes les directions.

Les troupes ont dû rentrer à Pine Ridge, sans avoir, en somme, obtenu de

résultats sérieux.

Aussi le général qui commande l'expédition a-t-il été obligé d'adopter

un plan dont l'exécution demandera un certain temps. Il se propose

d'organiser un mouvement combiné, grâce auquel il pourra entourer

complètement le camp principal des Peaux-Rouges et les mettre dans la

nécessité de se soumettre en les réduisant par la famine.

Déjà les Indiens souffrent terriblement de la faim, et aussi du froid.

Les expéditions qu'ils entreprennent de temps à autre ont moins pour but

de rencontrer les troupes fédérales que de piller les fermes afin de s'y

approvisionner de bétail et de chevaux; en présence des difficultés,

chaque jour plus grandes, qu'ils rencontrent, quelques-uns ont déjà été

amenés à faire leur soumission, car tous ne sont pas des guerriers et il

y a là des vieillards, des femmes, des enfants, qui cèdent aux

souffrances qui leur sont imposées. Les guerriers eux-mêmes, d'ailleurs,

eux qui ne craignent ni le fer ni le feu, résisteront-ils à la faim?

_La pêche dans la mer de Behring_.--On a vu dernièrement, par le message

du président des États-Unis, que la question de la pêche dans la mer de

Behring était loin d'être résolue. Les négociations avec le gouvernement

anglais continuent, mais sans amener des résultats appréciables, et la

prochaine campagne va commencer sans qu'une solution soit intervenue.

Or, on affirme que les armateurs anglais qui pratiquent cette pêche

arment leur flottille, mais en prenant la précaution dangereuse

d'embarquer sur leurs navires des armes et des munitions, de façon à

permettre aux équipages de répondre par la force, s'ils étaient

inquiétés dans l'exercice de ce qu'ils considèrent comme leur droit. Il

y a donc à prévoir des conflits sérieux, si, comme on l'assure d'autre

part, le gouvernement des États-Unis est décidé à la résistance.

Chine: les réceptions diplomatiques.--Les moeurs de la Chine subissent

peu à peu une transformation qui permet de croire que, dans un avenir,

encore assez éloigné il est vrai, ce pays rentrera dans la loi commune

qui règle les rapports qu'ont entre eux tous les peuples civilisés.

Evidemment le grand empire d'Extrême-Orient reste encore fermé à

l'étranger, mais petit à petit les points de contact s'établissent et

par la force des choses la règle d'État en vertu de laquelle les

étrangers sont tenus à l'écart devient moins absolue.

A ce point de vue il convient de signaler le décret que vient de rendre

l'empereur pour établir d'une façon définitive dans quelles conditions

doivent avoir lieu les réceptions accordées au corps diplomatique.

L'empereur dit notamment:

«....Conformément aux précédents créés par S. M. l'empereur Tung-Tchen

et désireux de montrer notre empressement à l'égard des puissances, nous

voulons augmenter le nombre de nos réceptions. Nous décrétons donc

qu'une réception en l'honneur des ministres et chargés d'affaires

étrangers aura lieu dans le courant de la première lune de l'année

prochaine et que le Tsong-Li-Yamen prendra d'avance les ordres

nécessaires pour fixer le jour de cette réception. Le lendemain un

banquet sera offert au corps diplomatique. Cette cérémonie sera répétée

tous les ans à la même époque. De plus, à chacune des fêtes d'État qui

doivent être des occasions de réjouissances pour tous, le Tsong-Li-Yamen

recevra des ordres à l'effet d'offrir un banquet au corps diplomatique.

«Ces dispositions montrent que nous avons le plus sincère désir

d'entretenir et d'affermir continuellement nos bonnes relations avec les

pays amis.»

Sans exagérer la portée de ce document, il est permis de remarquer le

ton de courtoisie et même de cordialité dans lequel il est écrit. A ce

point de vue il a une signification qui méritait d'être notée au

passage.

La pêche des moules.--On sait que la pêche et le commerce des moules

étaient interdits pendant plusieurs mois de l'année. D'une part, on

espérait ainsi aider à la reproduction de ces mollusques; d'autre part

on estimait qu'il y avait danger pour la santé publique à permettre le

commerce des moules à l'époque du frai.

L'administration vient de lever ces interdictions et dorénavant on

pourra pratiquer toute l'année la pêche des moules, à pied et en bateau,

sur les moulières dont le préfet maritime ou le chef de service de la

marine aura autorisé l'exploitation.

Ce décret est intéressant à mentionner, en ce qu'il tend à détruire un

préjugé très répandu, comme on en jugera par le passage suivant du

rapport adressé à ce sujet au président de la République par le ministre

de la marine.

«Quant à la toxicité des moules pendant le frai, elle méritait de

retenir l'attention et je ne me suis décidé à écarter ce second motif

par lequel se défendait subsidiairement le régime des décrets de 1853 et

1859 qu'après avoir eu recours aux lumières des savants les plus

autorisés. Le comité consultatif des pêches maritimes, dans un rapport

publié au Journal officiel du 26 mai 1889, a démontré que les accidents

causés par l'ingestion des moules sont excessivement rares et qu'ils ne

se produisent que lorsque ces mollusques ont séjourné dans les eaux

stagnantes ou souillées des ports, mais qu'il n'y a aucune corrélation à

établir entre l'époque du frai et la nocivité de ces coquillages. Le

comité consultatif d'hygiène publique, consulté à son tour sur cette

question, l'a résolue dans un sens absolument identique, à la date du 10

mars dernier.

Nécrologie.--M. A. Peyrat, sénateur.

Le vice-amiral Aube, ancien ministre de la marine.

M. Charles Sanson, ancien commissaire-général de la section tunisienne à

l'Exposition universelle.

M. Andouillé, ancien inspecteur des finances, sous-gouverneur honoraire

de la Banque de France.

M. A. Saillard, ingénieur civil, président de l'association des anciens

élèves de l'école des Hautes-Études commerciales.

M. le baron Gustave Ambert, frère du général récemment décédé, ancien

trésorier général.

L'Illustration, No. 2498, 10 Janvier 1891 · 第 14 / 29 题