CHAPITRE XXIX.

Le lendemain matin, à son réveil, Richard Swiveller distingua peu

à peu des voix qui chuchotaient dans sa chambre. Il regarda à

travers les rideaux et aperçut M. Garland, M. Abel, le notaire et

le gentleman réunis autour de la marquise, et lui parlant avec une

grande animation, bien qu'à demi-voix, dans la crainte sans doute

de le troubler. Il ne perdit pas de temps pour les avertir que

cette précaution était inutile. Les quatre gentlemen

s'approchèrent aussitôt du lit. Le vieux M. Garland fut le premier

à prendre la main de Richard, à qui il demanda comment il se

trouvait.

Dick allait répondre qu'il était infiniment mieux, quoique aussi

faible que possible, quand sa petite gardienne, écartant les

visiteurs et se mettant à son chevet, comme si elle eût été

jalouse que d'autres approchassent de son malade, lui servit son

déjeuner et insista pour qu'il le prît avant de se fatiguer, soit

à entendre parler, soit à parler lui-même. M. Swiveller, qui avait

une faim dévorante, et qui, toute la nuit, avait nourri un rêve

clair et suivi de côtelettes de mouton, de bière forte et autres

raffinements de friandise, trouva même à une tasse de thé faible

et à une rôtie sèche des douceurs infinies, mais il ne consentit à

manger et boire qu'à une condition.

«C'est, dit-il en rendant à M. Garland sa poignée de main, c'est

que vous répondiez franchement à la question suivante, avant que

je prenne un morceau ou que je boive une gorgée: Est-il trop tard?

-- Pour compléter l'oeuvre si bien commencée par vous hier au

soir? dit le vieux gentleman. Non, vous pouvez avoir l'esprit

tranquille là-dessus. Non, je vous le certifie.»

Rassuré par cette nouvelle, le convalescent prit son repas avec le

plus vif appétit, quoiqu'il ne parût pas avoir à manger lui-même

la moitié du plaisir qu'éprouvait sa garde-malade à le voir

manger. Voici comment les choses se passaient: M. Swiveller, ayant

à main gauche le morceau de rôtie ou la tasse de thé, et prenant,

selon l'occasion, tantôt une bouchée, tantôt une gorgée, tenait

constamment dans sa main droite et serrait étroitement une des

mains de la marquise; et pour presser ou même baiser cette main

captive, il interrompait de temps en temps son déjeuner avec un

sérieux parfait, une gravité complète. Toutes les fois qu'il

mettait quelque chose dans sa bouche pour manger ou pour boire, le

visage de la marquise s'éclairait d'une joie indicible; mais

lorsque Richard lui donnait ces marques de reconnaissance, les

traits de la jeune fille s'assombrissaient, et elle commençait à

sangloter. Et soit qu'elle rayonnât de joie, soit qu'elle

s'abandonnât à ses larmes, la marquise ne pouvait s'empêcher de se

tourner vers les visiteurs avec un regard éloquent qui semblait

dire: «Vous voyez ce jeune homme, puis-je l'abandonner?» Et les

assistants, devenus ainsi acteurs à leur tour dans la scène qui se

passait, répondaient régulièrement par un autre regard: «Non,

certainement non.» Ce jeu muet dura pendant tout le déjeuner de

l'invalide, et l'invalide lui-même, pâle et maigre, n'y prenait

pas une médiocre part; aussi peut-on douter, à juste titre, que

jamais repas, muet comme celui-là d'un bout à l'autre, ait été

aussi expressif par des gestes en apparence si simples et si

insignifiants.

Enfin, et, pour dire vrai, ce ne fut pas long. M. Swiveller avait

expédié autant de rôties et de thé que la prudence permettait de

lui en donner, à cette époque de sa convalescence. Mais les soins

de la marquise ne s'arrêtèrent pas là, car ayant disparu un

instant, elle revint presque aussitôt avec une cuvette pleine

d'une eau bien claire. Elle lava le visage et les mains de

Richard, lui brossa les cheveux, et l'eut bientôt rendu aussi

propre, aussi coquet qu'on peut l'être en pareille circonstance;

et tout cela vivement, d'un air dégagé, comme si Richard n'eût été

qu'un petit enfant dont elle fût elle-même la bonne. M. Swiveller

se prêtait à ces divers soins avec un étonnement plein de

reconnaissance qui ne lui permettait pas de parler. Quand tout fut

achevé, quand la marquise se fut retirée dans un coin à distance

pour prendre son mince déjeuner, qui s'était passablement

refroidi, Richard détourna quelques moments son visage, et agita

gaiement ses mains en l'air.

«Messieurs, dit-il après cette pause et en se retournant vers la

compagnie, j'espère que vous m'excuserez. Les gens qui sont tombés

aussi bas que je l'ai été, sont aisément fatigués. Me voilà dispos

maintenant et en état de causer. Nous sommes à court de sièges

ici, sans compter bien d'autres bagatelles qui y manquent aussi;

mais si vous daignez vous asseoir sur mon lit...

-- Que pouvons-nous faire pour vous? dit M. Garland avec effusion.

-- Si vous pouviez faire de la marquise que voilà une vraie

marquise, et non pas une marquise de contrebande, je vous serais

reconnaissant d'opérer cette métamorphose en un tour de main. Mais

comme c'est impossible, et qu'il ne s'agit pas ici de ce que vous

pouvez faire pour moi, mais de ce que vous pouvez faire pour

quelqu'un qui a bien autrement de droits à votre intérêt,

apprenez-moi, je vous prie, monsieur, comment vous comptez agir.

-- C'est surtout pour cela que nous sommes venus, dit le

locataire; car bientôt vous allez recevoir une autre visite. Nous

avions peur que vous ne fussiez inquiet si vous n'appreniez pas de

notre propre bouche les démarches auxquelles nous comptons nous

livrer; et en conséquence nous avons voulu vous voir avant de

poursuivre l'affaire.

-- Messieurs, répondit Richard, je vous remercie. Excusez une

impatience bien naturelle dans l'état d'affaiblissement où vous me

voyez. Je ne vous interromprai plus, monsieur.

-- Eh bien, mon cher ami, dit le locataire, nous ne doutons pas de

la vérité de cette découverte qui a été si providentiellement mise

au grand jour...

-- Par elle!... s'écria Richard en montrant la marquise.

-- Oui, par elle; nous n'avons aucun doute à cet égard; nous

sommes même certains que par un emploi convenable et intelligent

de cette révélation, nous pourrons obtenir immédiatement la mise

en liberté du pauvre garçon; mais nous craignons beaucoup que cela

ne suffise pas pour nous faire mettre la main sur Quilp, l'agent

principal dans toute cette infamie. Je vous dirai que nous ne

sommes que trop confirmés dans ce doute, et presque dans cette

certitude, par les meilleurs renseignements, qu'en un aussi court

espace de temps, nous avons pu nous procurer à ce sujet. Vous

conviendrez, avec nous, qu'il serait monstrueux de laisser à cet

homme la moindre chance d'échapper à la justice, si nous pouvons y

mettre ordre. Vous conviendrez avec nous, j'en suis sûr, que, si

quelqu'un doit encourir les rigueurs de la loi, c'est lui plus que

tout autre.

-- Assurément, dit Richard. Oui, si quelqu'un doit les encourir...

Mais, c'est cette hypothèse qui me déplaît; et pourquoi donc

quelqu'un? pourquoi pas tous? puisque les lois ont été faites à

tous leurs degrés pour châtier le vice chez les autres aussi bien

que chez moi, _et_ _cætera_, vous savez?... N'êtes-vous pas frappé

de cette idée?»

Le gentleman sourit comme si cette idée, introduite par

M. Swiveller dans la question, n'était pas extrêmement frappante,

et lui expliqua que leur dessein était d'agir de ruse d'abord,

pour essayer d'arracher un aveu à la séduisante Sarah.

«Quand elle verra, dit-il, combien nous savons de choses et

comment nous les savons; lorsqu'elle comprendra à quel point elle

est déjà compromise, nous avons quelque lieu d'espérer que nous

obtiendrons d'elle les renseignements suffisants pour atteindre

ses deux complices. Si nous en arrivions là, je la tiendrais

quitte du reste.»

Dick ne fit pas du tout à ce plan un gracieux accueil, et

représenta avec autant de chaleur qu'il lui était possible alors

de le faire, qu'on aurait plus de peine à venir à bout du vieux

lapin, c'est de Sarah qu'il voulait parler, que de Quilp lui-même;

que ni ruses, ni menaces, ni caresses n'étaient capables d'agir

sur elle ni de la faire céder; que cette Brass-là était un vrai

bras d'acier, aussi roide et aussi inflexible; en un mot, qu'ils

n'étaient pas de taille à se mesurer contre elle, et qu'ils

seraient battus à plate couture.

Mais il était inutile d'engager ces messieurs à suivre un autre

plan. Nous avons dit que le locataire avait exposé leurs

intentions communes; il faudrait ajouter que tous parlaient à la

fois, que si l'un d'eux, par hasard, s'arrêtait un instant, ce

n'était que pour respirer, pour reprendre haleine, en attendant

une nouvelle occasion de recommencer à crier; en résumé, qu'ils

avaient atteint ce degré d'impatience et d'anxiété où les hommes

ne peuvent plus se laisser raisonner ni convaincre; et qu'il eût

été plus facile de dompter la tempête que de les faire revenir sur

leur première détermination. Ainsi donc, après avoir dit à

M. Swiveller qu'ils n'avaient pas perdu de vue la mère de Kit et

ses enfants, ni Kit lui-même, et qu'ils n'avaient cessé de faire

tous leurs efforts pour obtenir en faveur du condamné un

adoucissement de peine, tout partagés qu'ils étaient alors entre

les fortes preuves de sa culpabilité et leurs présomptions bien

affaiblies en faveur de son innocence; après avoir ajouté enfin

que M. Richard Swiveller pouvait se tranquilliser, que tout serait

terminé heureusement avant la nuit; après toutes ces déclarations,

auxquelles se joignirent une foule d'expressions bienveillantes et

cordiales adressées à Richard et qu'il est inutile de reproduire

ici, M. Garland, le notaire, le gentleman s'en allèrent bien à

propos, sans quoi Richard Swiveller allait tomber, à coup sûr,

dans un nouvel accès de fièvre, dont les suites eussent pu lui

être fatales.

M. Abel était resté. Souvent il consultait sa montre, puis il

allait regarder à la porte de la chambre jusqu'au moment où

M. Swiveller fut tiré d'une courte sieste par le bruit que fit

comme en tombant des épaules d'un commissionnaire sur le carreau

du palier, un énorme paquet qui sembla ébranler toute la maison et

fit résonner les petites fioles de pharmacie posées sur le manteau

de la cheminée du malade. Aussitôt que ce bruit eut frappé ses

oreilles, M. Abel s'élança, gagna la porte en boitillant,

l'ouvrit... Et voilà qu'on aperçoit un homme aux formes

athlétiques, avec une grande manne qu'il traîne dans la chambre,

qu'il découvre et qui laisse échapper de ses larges flancs des

trésors de thé, café, vin, biscuits, oranges, raisins, poulets à

rôtir et à bouillir, gelée de pieds de veau, arrow-root, sagou et

autres ingrédients délicats. La petite servante, comme pétrifiée

et immobile, avec son unique soulier au pied, restait à contempler

ces objets, dont l'existence simultanée ne lui semblait possible

que dans les boutiques. L'eau lui était venue tout à la fois aux

yeux et à la bouche, et la pauvre enfant était incapable

d'articuler un mot. Mais il n'en était pas de même de M. Abel, ni

du gaillard robuste qui, en un clin d'oeil, avait vidé la manne,

toute pleine qu'elle était, ni d'une bonne vieille dame qui

apparut si soudainement, qu'elle était sans doute auparavant

derrière la manne, assez large du reste pour la cacher, et qui,

allant à droite, à gauche, partout en même temps sur la pointe du

pied et sans bruit, se mit à remplir de gelée les tasses à thé, à

faire du bouillon de poulet dans de petites casseroles, à peler

des oranges pour le malade et à les distribuer par tranches, à

offrir à la petite servante un verre de vin et à lui choisir

quelques morceaux jusqu'à ce que des mets plus substantiels

fussent préparés pour remettre ses forces. Il y avait tant

d'imprévu et presque de magie dans ce coup de théâtre, que

M. Swiveller, après avoir pris deux oranges avec un peu de gelée,

et vu le gros porteur s'en aller avec sa manne vide, en laissant à

sa disposition cette abondance de trésors, ne trouva rien de mieux

à faire que de se rejeter sur l'oreiller et de se rendormir, tant

son esprit était hors d'état de comprendre de tels miracles.

Pendant ce temps, le gentleman, le notaire et M. Garland s'étaient

rendus à un café. Là, ils rédigèrent une lettre qu'ils envoyèrent

à miss Sally Brass, la priant en termes mystérieux et concis de

vouloir bien accorder le plus tôt possible l'honneur de sa

compagnie à un ami inconnu qui désirait la consulter et qui

l'attendait en ce lieu. Cette communication eut le plus prompt

résultat: dix minutes à peine s'étaient écoulées depuis le retour

du messager, lorsqu'on annonça miss Brass en personne.

«Madame, dit le gentleman seul alors dans la salle, veuillez

prendre une chaise.»

Miss Brass s'assit d'un air très-roide et très-froid. Elle parut

n'être pas peu surprise, et elle l'était beaucoup en effet, de

trouver que le locataire et le mystérieux correspondant ne

faisaient qu'un.

«Vous ne vous attendiez pas à me voir? dit le gentleman.

-- En effet, je ne m'y attendais guère, répondit l'aimable beauté.

Je supposais qu'il s'agissait d'une affaire de l'étude. S'il

s'agit de votre appartement, vous donnerez naturellement à mon

frère un congé en forme, vous comprenez, ou bien de l'argent.

C'est très-simple. Vous êtes un homme solvable; ainsi, dans le cas

dont il s'agit, argent légal ou congé légal, cela revient à peu

près au même.

-- Je vous remercie infiniment de votre bonne opinion, répliqua le

gentleman. Je partage votre sentiment. Mais ce n'est pas là le

sujet dont je désire vous entretenir.

-- Oh!... alors expliquez-vous. Je suppose que c'est une affaire

qui concerne notre profession.

-- Oui, oui, c'est une affaire qui se rattache au droit.

-- Très-bien. Mon frère et moi nous ne faisons qu'un. Je puis

prendre vos instructions et vous donner mes avis.

-- Comme il y a, avec moi, d'autres parties intéressées, dit le

gentleman en se levant et en ouvrant la porte d'une chambre

intérieure, nous ferons mieux de conférer tous ensemble. Miss

Brass est ici, messieurs!»

M. Garland et le notaire entrèrent d'un air très-grave. Ils

placèrent leurs chaises de chaque côté de celle du gentleman, et

formèrent ainsi une sorte de barrière autour de la gentille Sarah

qu'ils bloquèrent dans un coin. En pareille circonstance, son

frère Sampson n'eût pas manqué de laisser paraître quelque

confusion, quelque trouble; mais elle, toute calme, tira de sa

poche sa boîte d'étain et y puisa tranquillement une pincée de

tabac.

«Miss Brass, dit le notaire prenant la parole en ce moment

décisif, dans notre profession nous nous entendons mutuellement,

et, quand nous le voulons bien, nous pouvons exprimer en très-peu

de mots ce que nous avons à dire. Vous avez dernièrement publié un

avis dans les journaux pour une servante qui a disparu de chez

vous?

-- Eh bien! répondit miss Sally, dont les joues se couvrirent

d'une subite rougeur, qu'y a-t-il?

-- Elle est retrouvée, madame, dit le notaire en déployant

victorieusement son mouchoir de poche. Elle est retrouvée.

-- Qui l'a retrouvée? demanda vivement Sarah.

-- Nous, madame, nous trois. C'est seulement depuis hier au soir;

sinon, vous eussiez eu plus tôt de nos nouvelles.

-- Et maintenant que j'ai eu de vos nouvelles, dit miss Brass,

croisant ses bras d'un air résolu, comme si elle était décidée à

se faire tuer plutôt que de rien avouer, qu'avez-vous à me dire?

Est-ce qu'il vous est venu là-dessus quelque chose dans la tête?

Des preuves, s'il vous plaît! Des preuves! voilà tout. Vous l'avez

retrouvée, dites-vous? Je puis vous dire, moi, si vous l'ignorez,

que vous avez retrouvé la plus artificieuse, la plus menteuse, la

plus voleuse, la plus infernale petite gaupe qui ait jamais

existé. L'avez-vous amenée ici? ajouta miss Brass en jetant autour

d'elle un regard farouche.

-- Non, elle n'est pas ici à présent, répondit le notaire, mais en

lieu de sûreté.

-- Ah!... s'écria Sally puisant dans sa boîte une prise de tabac

avec autant de dédain que si elle eût pincé du même coup le nez de

la petite servante, je vous l'y mettrai désormais en sûreté; je

vous le garantis.

-- Je l'espère bien, répondit le notaire. Ne vous étiez-vous

jamais aperçue, avant sa fuite, que la porte de votre cuisine

avait deux clefs?»

Miss Sally aspira une nouvelle prise de tabac, et penchant la

tête, elle regarda M. Witherden en contractant ses lèvres avec une

incroyable expression de ruse et de défi.

«Deux clefs, répéta le notaire, deux clefs dont l'une fournissait

à votre servante le moyen d'errer la nuit dans la maison, quand

vous pensiez l'avoir bien enfermée, et de saisir certaines

consultations confidentielles, entre autres cette conversation

intime qui aujourd'hui même sera déférée au juge et que vous

entendrez répéter par cette enfant; cette conversation que vous

eûtes avec M. Brass dans la nuit même qui précéda le jour où ce

malheureux et innocent jeune homme fut accusé de vol, par suite

d'une machination horrible, dont je me bornerai à dire qu'on

pourrait la flétrir de toutes les épithètes que tout à l'heure

vous lanciez à cette pauvre petite créature, et même de plus

fortes encore.»

Sally huma une nouvelle prise de tabac. Bien qu'elle sût

étonnamment composer son visage, il était évident qu'elle était

prise sans vert, et que les reproches auxquels elle s'attendait,

au sujet de sa petite servante, n'étaient certainement pas ceux

qu'elle venait d'essuyer.

«Allez, allez, miss Brass, dit le notaire; vous avez au plus haut

degré l'art de contenir votre physionomie; mais vous voyez que par

un hasard, auquel vous n'eussiez jamais songé, ce lâche complot

est dévoilé, et que deux des complices peuvent être traînés devant

la justice. Maintenant, vous connaissez le châtiment qui vous est

réservé, je n'ai donc pas besoin de m'étendre sur ce chapitre.

Mais j'ai une proposition à vous faire. Vous avez l'honneur d'être

la soeur d'un des plus grands fripons qui existent; et, si je puis

parler ainsi à une femme, vous êtes à tous égards digne de votre

frère. Mais avec vous deux il y a un tiers, un méchant homme nommé

Quilp, le premier instigateur de toute cette machination

diabolique, et je le crois pire que ses deux associés. Pour votre

salut, pour celui de votre frère, miss Brass, veuillez nous

révéler toute la trame de cette affaire. Rappelez-vous que, si

vous cédez à nos prières, vous vous mettrez par là en pleine

sûreté (tandis que votre position actuelle n'est pas des

meilleures), et que vous ne ferez, du reste, aucun tort à votre

frère; car nous avons déjà contre lui comme contre vous des

preuves bien suffisantes. Vous comprenez? Je ne veux pas dire que

nous vous suggérions ce moyen par pitié; car, à vous parler

franchement, nous ne saurions avoir de pitié pour vous; mais c'est

une nécessité que nous subissons, et je vous recommande la

franchise comme la meilleure politique.»

Le magasin d'antiquités, Tome II · 第 37 / 52 题