Pour 60 millions de houille 36--

Total, 103 millions.

Ce chiffre montre quels immenses progrès sont encore à faire dans

l'emploi et l'usage du combustible. Il est vrai que, depuis quelques

années, tant pour lu usines que pour le chauffage des appartements et

des grands monuments publics, on a à signaler de véritables

améliorations. Ainsi l'emploi de l'air échauffé par la flamme perdues des

hauts fourneaux, celui des gaz, qui, il y a peu de temps, n'étaient

encore d'aucun usage, tendent aujourd'hui à faire une révolution dans

les usines métallurgiques; l'établissement de calorifères et le

chauffage, soit par l'air chaud, soit par la vapeur d'eau ou l'eau

elle-même, constituent autant de progrès qui tous concourent à abaisser

le prix des objets manufacturés ou à augmenter le bien-être général.

Les trois modes employés pour échauffer l'air de l'intérieur de nos

maisons sont les calorifères, les cheminées et les poêles.

Tout le monde connaît le principe des calorifères, il consiste à

distribuer dans des lieux divers de la chaleur émanant d'un seul foyer.

On conçoit de suite quelle immense économie découle de ce mode qui

devrait se généraliser davantage. On l'applique déjà aux établissements

publics, qui reçoivent dans toutes leurs parties, au moyen de tuyaux,

l'air échauffé à un foyer construit dans une cave. Quelques maisons ont

même déjà reçu cette amélioration, et nous avons vu de grands hôtels

complètement échauffés par cette méthode. Malheureusement, avec les six

étages des maisons de Paris, ce mode est peu applicable: chaque famille

fait sa dépense de combustible, et il serait bien difficile d'arriver à

faire mettre en commun cette nature de dépense, pour obtenir l'économie

qui peut résulter de cette association. On fait des calorifères à air, à

eau et à vapeur. Dans les premiers, c'est l'air qui porte et distribue

la chaleur prise par lui au loyer commun. Dans les deux autres, on

échauffe de l'eau à un foyer et on la fait circuler, soit à l'état

liquide, soit à l'état de vapeur, dans les appartements: c'est par ce

dernier mode qu'est échauffé le palais de la Bourse. Sans nous arrêter à

décrire les avantages et les inconvénients comparatifs de ces divers

systèmes, nous citerons comme appareil mis à l'exposition le calorifère

à eau chaude ou appareil hydropyrotechnique, de MM. Léon Duvoir-Leblanc,

qui viennent de l'appliquer au palais du Luxembourg. L'eau chaude

partant d'un foyer placé sous une salle s'élève, en vertu de la

différence de densité, et se rend à des réservoirs placés sous les

combles; des tuyaux la reçoivent et la distribuent dans les salles,

qu'elle échauffe à des degrés différents. L'eau refroidie est réunie

dans des tuyaux placés sous le rez-de-chaussée, d'où elle est introduite

de nouveau dans la chaudière. Ce système, employé en Angleterre à

chauffer des serres, a été appliqué pour la première fois à

l'échauffement des monuments par MM. Duvoir-Leblanc, qui, par de

nombreux perfectionnements, en ont fait une véritable invention.

Les cheminées n'utilisent le combustible qu'elles reçoivent que par le

rayonnement, c'est-à-dire par l'émission des rayons de chaleur du côté

de l'appartement; le reste de la chaleur développée est entraînée par le

courant d'air dans le tuyau de la cheminée. Il y a donc avantage à se

servir d'un combustible qui ait un grand pouvoir rayonnant; la houille

et le coke sont dans ce cas. La quantité de chaleur ainsi utilisée est

environ le quart de la quantité totale de chaleur produites. Si les

cheminées ne présentaient pas d'autre cause de perte de combustible que

de ne pas utiliser le courant d'air entraîné par le tuyau, cette perte

ne serait pas exorbitante; mais il en existe une autre bien plus forte,

c'est la ventilation produite par l'air froid du dehors qui se précipite

continuellement dans l'intérieur, pour remplacer l'air chaud emporté par

la cheminée. Pour prévenir, en partie du moins, cet inconvénient, il

faut diminuer la section du tuyau de la cheminée, disposer le foyer de

manière à utiliser la plus grande partie du rayonnement, en former les

faces avec une substance douée d'un grand pouvoir réflecteur et ventiler

la pièce par de l'air échauffé au moyen de la chaleur perdue dans la

cheminée. Telles sont les conditions du problème à résoudre et

auxquelles, depuis quelques années, on a essayé, avec plus ou moins de

succès, de satisfaire. Cette année encore, un côté de la salle des

machines renferme un grand nombre de systèmes de cheminées qui toutes,

plus ou moins ingénieuses, nous le reconnaissons, ont leur principe dans

la cheminée à la Rumfort ou dans la cheminée à la Désarnod.

Il y a aussi quelques cheminées-poêles qui à l'avantage de laisser voir

le feu, avantage auquel sacrifient les ménagères même les plus

intraitables, joignent celui d'utiliser plus de chaleur.

Les poêles, qui jouent un grand rôle dans l'économie des petits ménages,

donnent plus de chaleur que les cheminées, parce qu'ils utilisent, au

moyen de tuyaux qui traversent l'appartement, une partie plus

considérable des produits de la combustion. Nous n'avons pas trouvé,

dans les poêles exposés cette année, de perfectionnements notables. Ces

appareils sont mieux construits, et ont participé au progrès du bon

marché. On y a ajouté souvent des fours, des marmites, voire même des

rôtissoirs; et un des exposants, M. Victor Chevalier, dont le nom est

cité depuis longtemps à la tête de ceux qui s'occupant des appareils de

chauffage a présenté au jury un de ces poêles-cuisines où l'on peut

préparer un repas pour sept à huit personnes.

Ceci nous amène naturellement à parler des appareils culinaires, qui

sont en grande quantité à l'exposition. Rien n'est appétissant comme la

vue de tous ces fourneaux couverts de marmites de toutes les dimensions,

et ornés de broches où se pressent à l'envi poulets, canards, gigots et

filets de boeuf. En promenant les yeux sur cette partie de l'exposition,

on se demande si nous sommes arrivés au temps où chacun, suivant le voeu

du bon roi, a la poule au pot, ou au moins le poulet à la broche. Quoi

qu'il en soit, nous avons reconnu dans cette branche d'industrie un

progrès évident, et nous regrettons que l'usage de ces appareils ne

soit, pas encore plus répandu, pour les grandes comme pour les petites

fortunes. Sans doute ces divers perfectionnements présentent déjà une

grande économie; mais combien elle est restreinte encore, en comparaison

de celle que pourrait produire l'association des ménages! Oui, dût-on

nous accuser de _fouriérisme_, ce dont nous ne sommes nullement

coupable, nous ferons des voeux pour que les réformes économiques rêvées

par Fourier et par tous ceux qui s'occupent des moyens d'augmenter le

bien-être des classes peu aisées, reçoivent au moins leur exécution dans

toutes les parties conciliables avec la forme actuelle de notre société

et l'état de notre civilisation, et nous penserons toujours que la mise

en commun des dépenses domestiques serait un immense pas vers

l'amélioration du sort des pauvres ménages.

Les fourneaux économiques qui ont principalement attiré notre attention

sont ceux de M. Pauchet, de M. Esprit-Curt et de M. Pottier-Jouvenel, et

parmi ceux-là, les fourneaux de M. Pauchet nous ont paru le mieux

atteindre leur but, surtout pour les grands établissements.

L'amélioration principale dans ces divers appareils consiste à remplacer

le bois par la houille, qui est beaucoup moins chère, et à pouvoir, au

moyen de registres et de soupapes, amener la chaleur en un point où la

supprimer. Des essais comparatifs faits à Saint-Germain-en-Laye, sur un

fourneau établi par M. Esprit-Curt, à l'hospice de cette ville, ont

prouvé que la dépense de combustible était réduite de 60 pour 100. Les

appareils de M. Pauchet présentent l'avantage de pouvoir cuire en même

temps les mets les plus dissemblables sans que l'odeur de l'un nuise à

l'autre. La chaleur s'y conserve parfaitement, parce que sous

l'enveloppe générale de fonte se trouve une enveloppe en briques

réfractaires et des carneaux habilement distribués.

Une des applications les plus importantes de la pyrotechnie est sans

contredit la construction des fours à cuire le pain et la pâtisserie; et

c'est à l'examen de cette application que va être consacré le reste de

notre article, en même temps qu'à celui du nouveau système de

panification de MM. Mouchot, de Mont-Rouge.

On sait que dans le système ordinaire de cuisson du pain, le boulanger

chauffe son four en brûlant dans l'intérieur même du bois et des fagots,

qui reposent sur la sole. Quand l'intérieur du four est suffisamment

chauffé (et on n'a aucun moyen exact de donner toujours le même degré de

chaleur), il faut retirer le combustible carbonisé ou braisé et les

cendres, nettoyer la sole et y enfourner le pain; mais, si bien que se

fasse cette opération, il n'est pas rare de laisser quelque morceau de

braise qui s'attache au pain et lui donne un aspect sale. De plus, la

cuisson est inégale, lente, et l'on est obligé de réchauffer de nouveau

le four pour une autre cuite. Tous ces inconvénients avaient depuis

longtemps frappé les boulangers, et cependant on n'avait pas encore

trouvé un bon système pour les éviter. La science a fait faire un pas à

l'art de la boulangerie, et aujourd'hui nous pouvons annoncer à nos

lecteurs que, grâce à la combinaison imaginée par M. Lemare, réalisée en

grand par M. Jamtel, et mise en pratique par MM Mouchot frères, le pain

cuit dans des fours où n'entre jamais de combustible, qui conservent une

chaleur toujours égale et sans cesse renouvelée, est toujours propre,

appétissant, cuit au même degré, avec certitude complète.

Ce four porte le nom de four _aérotherme_, ou à l'air chaud. Rien de

plus curieux et de plus incompréhensible en notre temps que la manière

dont s'opère la combustion dans le foyer. Une fois la grille chargée de

coke (qu'on brûle exclusivement dans ces foyers) et le coke enflammé, on

ferme hermétiquement toutes les ouvertures, et la combustion continue

sans que l'air se renouvelle, au moins d'une manière apparente. On a cru

pouvoir expliquer cet effet, qui a surpris tous les physiciens, par la

nature des matériaux qui enveloppent le foyer. Ce sont des briques

réfractaires qui, poussées à une haute température, laisseraient

pénétrer l'air par leurs pores, et alimenteraient ainsi la combustion.

Le foyer a un mètre de profondeur et soixante centimètres de large;

autour, au-dessus et au-dessous de lui, règne un espace vide où vient

s'échauffer l'air, qui pénètre ensuite dans le four. La région du feu

est donc parfaitement distincte de celle de l'air. La température du

four peut être portée facilement à 300 ou 400 degrés, et être maintenue

à cette élévation pendant tout le temps des fournées, qui se succèdent

de demi heure en demi-heure. La température, dans l'usage habituel de la

cuisson, est entretenue entre 280 et 300 degrés, et régularisée par un

registre qui, interrompant la circulation de l'air au moment où l'on

vient de décharger, la rétablit lorsque l'évaporation a fait baisser la

température du four. Un thermomètre à tige extérieure permet de vérifier

à chaque instant l'état de cette température. La chaleur sert à

entretenir constamment au-dessus du four une chaudière remplie d'eau

chaude qui est utilisée pour la préparation des pâtes.

Dans la boulangerie de MM. Mouchot, on a appliqué la mécanique à toutes

les opérations qui ont pu s'y plier. Nous ne parlons pas du montage des

sacs de farine dans d'immenses greniers ventilés et aérés de manière à

ce que la farine s'y conserve sans s'échauffer. Cette opération a lieu

au moyen d'un treuil dans la manoeuvre duquel la vapeur vient de

remplacer les hommes. Les différentes espèces de farines convenablement

mélangées sont introduites, au moyen d'une trappe, dans une chambre dite

chambre à mélange, d'où elles sont conduites, par un boyau en cuir, dans

la huche, et de là dans le pétrin.

Ici commence la préparation du pain, qui, maintenant en farine, sera au

bout d'une heure prêt à être transporté et mangé. On sait tout ce qu'a

de pénible pour l'ouvrier et de repoussant pour tous la méthode du

pétrissage à bras d'hommes.

[Illustration: Nouveau système de Four, par M.

Daudin-Langlois.--Élévation.]

[Illustration: Coupe du nouveau Four.]

On a entendu, en passant près d'une boulangerie, les gémissements de

l'homme qui, penché sur le pétrin, soulève avec effort une pâte lourde

qu'il laisse retomber ensuite pour la reprendre encore. Tout le monde

sait que de là est venu à cet homme le nom de _gindre_; eh bien! ce

supplice est supprimé. La malpropreté résultant de ce fatigant métier et

des matières qu'on peut par mégarde laisser tomber dans la pâte n'est

plus à craindre. Le pétrin mécanique est venu, en enlevant au métier de

boulanger sa partie la plus fatigante, rassurer les estomacs délicats

sur la nature du pain. Les pétrins dont se servent MM. Mouchot sont en

fonte. Ce sont des cylindres armés de bras en fonte, tournant sur un

arbre rigide également en fonte et armé de bras alternés avec ceux du

cylindre. Ces pétrins sont formés de deux parties dont l'une sert de

couvercle. La capacité du pétrin est séparée en trois par des cloisons

en fonte. Les deux parties extrêmes reçoivent la pâte qui va être

transformée en pain, et celle du milieu prépare le levain. En quinze

minutes, un seul pétrin a donné à la pâte le liant, l'homogénéité et

toutes les qualités voulues et il a fait la besogne de quatre gindres

qui auraient travaillé deux heurs. Le mouvement de rotation est imprimé

au pétrin par une machine à vapeur de la force de six chevaux. Chaque

compartiment peut recevoir 200 kilogrammes de pâte: on en pétrit donc

600 kilogrammes à la fois.

Lorsque la pâte a été suffisamment travaillée, on la _tourne_ comme à

l'ordinaire c'est-à-dire qu'on donne au pain la forme qu'il doit avoir:

on le range sur des tablettes qu'on porte en avant du four, et où la

dernière fermentation se fait à point pour l'enfournement. Un ouvrier

est constamment occupé à enfourner et à défourner. MM. Mouchot ont

encore introduit dans leur fabrication une amélioration importante:

toute leur usine est éclairée au gaz, et chaque four est pourvu d'un bec

à articulation disposé de manière à ce que l'ouvrier puisse en diriger

la flamme dans l'intérieur du four et reconnaître le degré de cuisson du

pain. Le gaz est fabriqué à l'usine même au moyen de la flamme perdue

des fours aérothermes; disons de plus que le four à houille au-dessus

duquel sont les cornues où se fait le gaz est ingénieusement combiné

qu'il brûle toute sa fumée, utilisant ainsi tous les produits de la

combustion.

Dans cette boulangerie perfectionnée, dans cette usine où les plus

petits détails sont admirablement entendus, les fournées se succèdent

régulièrement, et deux fours donnent quarante-huit fournées par jour de

130 kilogrammes chaque: MM. Mouchot pourrait donc suffire à la

fourniture de 6,240 kilogrammes par jour. Le chauffe de chaque four

exige 300 kilogrammes de coke qui coûtent 14 francs. On a calculé que le

chauffage au bois coûterait 21 francs pour un four de même dimension,

mais qui ne donnerait que douze fournées en vingt-quatre heures. Les

chiffres sont donc dans le rapport de 15 à 48. Or, quand on réfléchit

que le pain est une des matières de première nécessité, que son prix

influe notablement sur le bien-être des classes pauvres, on regrette de

ne pas voir adopter partout la panification nouvelle; qu'on juge quelle

économie réaliserait une ville qui consomme chaque jour 2 200 sacs de

farine de 159 kilogrammes chaque, si, à la différence de 14 à 18 francs

signalée plus haut, on ajoute celle de la force mécanique et de la main

d'oeuvre, qui est dans le rapport de 23 à 40 francs. Certes, il y a un

grand progrès à réaliser pour les villes populeuses, et l'on regrette

qu'à Paris huit à dix établissements comme celui de MM. Mouchot ne

viennent pas centraliser au profit des masses ce que font si mal, et

souvent avec tant de mauvaise foi, les deux cents boulangers répandus

dans les divers quartiers de la capitale. Félicitons MM. Mouchot, qui

ont su, à force de persévérance de d'intelligence, vaincre les obstacles

sans nombre qu'ils ont rencontrés dans la création de cette nouvelle

industrie, et espérons que bientôt les hospices de Paris et la

manutention militaire leur emprunteront ce que leurs procédés ont

d'économique et d'hygiénique en même temps. La mauvaise qualité du pain

de munition est passée en proverbe, et il serait désirable que le

ministre de la guerre, qui, dit-on, en a tous les jours à sa table,

comprît que le soldat n'a pas, comme lui, le morceau de pain blanc à

côté de son dur et malsain pain de munition.

Nous signalerons une autre espère de fours exposé par M.

Baudin-Langlois, et qui nous a paru résoudre assez avantageusement le

problème de la cuisson du pain. Nous donnons deux dessins de ces fours,

où l'on distingue les canaux qui entourent de tous côtés la sole, et

qui permettent de chauffer le four et de cuire le pain sans introduire

de combustible. Un des avantages de ces fours est leur légèreté, qui

permet de les établir sur un train de voilures et de continuer la

cuisson du pain tout en leur faisant suivre l'armée dans ses marches.

Un Voyage au long cours à travers la France et la Navarre.

L'Illustration, No. 0069, 22 Juin 1844 · 第 5 / 20 题