15 août.

Mère veut absolument quitter Paris et ne prétend pas me laisser derrière

elle, seule avec Jean.

Et moi, je n’ai qu’un désir, demeurer dans mon foyer dévasté où,

partout, je retrouve l’image de Max. Ainsi, je suis moins séparée de

lui. Là, il me semble que les chères nouvelles doivent m’arriver plus

vite. Ah! cette attente des lettres, d’une dépêche qui ne vient pas...

Du matin au soir, j’espère follement,--stupidement!--même contre toute

possibilité.

Est-ce que jamais je redeviendrai, je _pourrai_ redevenir la femme que

j’ai été jusqu’à ce terrible 1ᵉʳ août? Quelque chose est mort en mon

âme. Ma foi au bonheur... La confiance que je n’avais qu’à marcher dans

la vie, tout droit devant moi, dans le beau chemin qui s’offrait,

blottie contre Max et regardant grandir mon tout petit.

J’existe aujourd’hui avec l’impression que, soudain, mon cœur a été

brutalement précipité dans un gouffre où il gît, blessé à ce point, que

ses battements me sont une torture.

Ah! je les connais maintenant, le déchirement de la séparation, le

supplice de l’incertitude!

* * * * *

Mireille tourna des pages et encore des pages. Ce n’était pas sa propre

peine qu’elle voulait retrouver. C’était Max qu’elle prétendait évoquer

un instant pour tromper la soif de sa présence.

Au passage, elle lut, sans s’arrêter, une ligne:

«Nous voici à Pau.»

Pau... Ce nom réveillait la vision de la belle ville riante, où sa mère

s’était vite créé une existence telle que d’ordinaire, durant les

villégiatures d’été; réunissant autour d’elle le cercle de ses relations

transplantées aussi à Pau, par la tempête.

Elle, devenue farouche sous l’étreinte de son tourment, vivait à part,

repliée sur elle-même; moralement étrangère à sa mère qui, malgré

l’inquiétude pour Bernard, pouvait recevoir, offrir des thés sous

couleur de travail pour les blessés, assister à des concerts de charité

au profit des soldats. Ce semblant de vie mondaine la révoltait; et,

avec passion, elle se donnait à sa mission d’infirmière qui, seule,

l’aidait à supporter les heures de terrible anxiété.

Et puis, les froids de l’hiver passés, Mᵐᵉ Dabrovine avait voulu revenir

à Paris; et, comme d’ordinaire, son mari avait cédé à son désir,

manifesté avec la bonne grâce dont elle était coutumière, mais aussi sa

tenace volonté de femme toujours gâtée.

Mireille, indifférente à tout ce qui n’était pas la lutte épouvantable,

avait suivi, passive. A peine elle était de retour, une dépêche lui

arrivait. Max avait été blessé; légèrement, disait-il. Il était évacué

sur son Dépôt de Bretagne, et lui demandait de venir.

Instinctivement, elle chercha les pages où elle avait noté cette

première étape vers le calvaire gravi un peu plus tard.

Le Feu sous la Cendre · 第 22 / 59 题