Rien encore. Comment est-ce que je peux résister à l’angoisse qui me
torture jour et nuit? Dans notre _home_, désert sans lui, je me meus,
l’esprit supplicié par la vision des jours finis, de notre dernière
semaine d’insouciance, si proche... Et pourtant, déjà si effroyablement
lointaine!
Est-il possible qu’il y ait seulement quinze jours que nous vivions
grisés par notre bonheur au point de ne pas croire à l’orage qui
montait... Quinze jours seulement que nous dînions à Saint-Germain, avec
des amis aussi peu inquiets que nous-mêmes. Quinze jours que nous sommes
restés tard à écouter les tziganes dans un jardin qui embaumait les
roses... Quinze jours que, pendant notre retour en auto, à travers la
belle nuit d’été, Max se montrait si amoureux que, pour le taquiner, je
prétendais qu’il allait nous faire arrêter par quelque agent pudique.
Et puis, sur notre puérile sécurité, la catastrophe s’est abattue...
Les souvenirs de cette soirée me déchirent. Tantôt, quand je suis entrée
dans la lingerie, chercher de la toile pour les ambulances, ma femme de
chambre, justement, rangeait la robe de linon que je portais ce
soir-là... Je me suis enfuie pour ne pas voir ces dentelles, ce corsage
que Max a touchés...