8 août.

Rien encore. Comment est-ce que je peux résister à l’angoisse qui me

torture jour et nuit? Dans notre _home_, désert sans lui, je me meus,

l’esprit supplicié par la vision des jours finis, de notre dernière

semaine d’insouciance, si proche... Et pourtant, déjà si effroyablement

lointaine!

Est-il possible qu’il y ait seulement quinze jours que nous vivions

grisés par notre bonheur au point de ne pas croire à l’orage qui

montait... Quinze jours seulement que nous dînions à Saint-Germain, avec

des amis aussi peu inquiets que nous-mêmes. Quinze jours que nous sommes

restés tard à écouter les tziganes dans un jardin qui embaumait les

roses... Quinze jours que, pendant notre retour en auto, à travers la

belle nuit d’été, Max se montrait si amoureux que, pour le taquiner, je

prétendais qu’il allait nous faire arrêter par quelque agent pudique.

Et puis, sur notre puérile sécurité, la catastrophe s’est abattue...

Les souvenirs de cette soirée me déchirent. Tantôt, quand je suis entrée

dans la lingerie, chercher de la toile pour les ambulances, ma femme de

chambre, justement, rangeait la robe de linon que je portais ce

soir-là... Je me suis enfuie pour ne pas voir ces dentelles, ce corsage

que Max a touchés...

Le Feu sous la Cendre · 第 19 / 59 题