Jamais je n’ai tant lu de journaux et avec un pareil intérêt...
Père ne me dit plus rien. Maman ne paraît pas du tout tourmentée par
cette idée de guerre et organise paisiblement son été. Bernard, à qui
j’ai laissé voir mon inquiétude, s’est exclamé:
--La guerre?... Tout est possible!... Eh bien! ce serait très
intéressant, la guerre! Cette fois, j’espère bien que nous arriverions à
flanquer une bonne pile aux Allemands... Quel délice!
* * * * *
Mireille, qui lisait avec toute son âme, releva un peu la tête,
regardant autour d’elle, comme si elle allait, tant ces pages
ressuscitaient le passé, revoir la chambre de jadis où elle avait écrit
les dernières lignes qu’elle venait de lire,--la chambre toute parfumée
par leur amour.
Son cœur battait à larges coups devant cette évocation des jours
disparus. Instinctivement, elle joignit les mains; en elle, criait
l’angoisse des heures précédant celle où avait éclaté l’épouvantable
crise.
Quelques lignes seulement la mentionnaient: