_Ce qui a été._
--Mireille, tu ne prends pas de raisin? dit Mᵐᵉ Dabrovine, présentant à
sa fille le compotier où les grappes blondes voisinaient avec les pêches
duvetées comme une tendre chair.
La jeune femme eut un imperceptible tressaillement de créature soudain
rappelée à la réalité; et ses paupières battirent une seconde sur les
prunelles encloses dans l’iris de velours sombre, tandis qu’elle
répondait:
--Je vous demande pardon, mère. J’étais distraite par ce beau ciel de
couchant.
Son regard, encore une fois, à travers les vitres de la riante salle à
manger d’hôtel, s’enfuyait vers l’horizon qui était d’or empourpré. La
brise du crépuscule y entraînait quelques nuées errantes, cernées de
lumière, et agitait les branches qui se découpaient en mouvantes
arabesques d’ombre.
--Oui, le temps est magnifique, approuva Mᵐᵉ Dabrovine. Vraiment ce
petit pays de Carantec est charmant!... Pas triste du tout... Tu as eu
raison, Mireille, de nous y attirer.
--Je suis ravie, mère, que votre impression soit bonne, fit la jeune
femme, tout en servant son petit garçon qui, placé près d’elle,
attendait, très sage, qu’elle s’occupât de lui.
Il se distrayait à suivre, de ses yeux vifs, les allées et venues des
servantes bretonnes à travers la vaste salle, bourdonnante des
conversations; où, dans le clair décor des murs, bordés d’une frise de
feuilles roussies par l’automne, s’allongeait la file des petites
tables.
La jeune femme continuait:
--Père, espérez-vous que, vous aussi, vous pourrez vous accommoder de
Carantec, vous le Parisien endurci?