La nouvelle de la présence de Cortez au Mexique jeta l’effroi dans tout
l’empire de Montezuma. Ce prince, qui régnait alors, ne tarda pas à en
être instruit; car, selon la coutume de cet état, il avait des courriers
qui l’entretenaient de tout ce qui s’y passait. On choisissait les
jeunes gens les plus dispos qu’on exerçait dès le premier âge. La
principale école était le grand temple de la ville de Mexico. Il y avait
des prix tirés du trésor public pour celui qui arriverait le premier au
pied de l’idole. Dans ces courses, qu’ils faisaient d’une extrémité de
l’empire à l’autre, ils se relevaient de distance en distance avec une
mesure si proportionnée à leur force, qu’ils se succédaient avant d’être
las. Les dépêches qu’ils apportaient à l’Empereur consistaient en des
pièces de toiles peintes, sur lesquelles étaient représentées les
différentes circonstances des affaires dont ils devaient être instruits.
Les figures étaient entremêlées de caractères qui suppléaient à ce que
la peinture n’avait pu exprimer.
Dans les circonstances extraordinaires, les Péruviens et les Mexicains,
comme les peuples anciens, employaient la fumée et les feux pour
transmettre au loin les avis qui intéressaient le salut de l’état.
Non-seulement on avait reconnu les chiens propres aux attelages, mais
encore à servir de courriers. On leur attachait au cou les dépêches
qu’on voulait qu’ils transportassent, et l’instinct dont ce précieux
animal est doué, le conduisait à fournir sa course avec rapidité, et
même encore à défendre le paquet qui lui était confié contre toute
entreprise indiscrète. Les Portugais, dit-on, les ont employés à cet
usage lors de leurs conquêtes aux Indes.
Dans l’intérieur de l’Amérique du sud, pour les communications, soit du
Brésil, de Buenos-Ayres, soit des provinces de l’ouest situées aux pieds
des Andes, les marchandises d’un grand poids sont transportées
quelquefois sur des chars traînés par des bœufs; mais le mauvais état
des routes, les ruisseaux bourbeux et les étangs, rendent ce mode
excessivement long: on se sert plus communément de mules et de chevaux
de bât. Les maisons de poste, qu’on trouve de distance en distance, sont
de misérables chaumières presque abandonnées et très-incommodes par les
insectes qui s’y rassemblent.
Il n’y a que quatre passages dans la partie de la cordillière
méridionale, dont un seul est assez large pour que les chars y passent
avec facilité.
Nous ne porterons pas plus loin l’énumération, peut-être déjà trop
prolongée dans un essai de ce genre, des moyens de correspondre et de
voyager chez tous les peuples du monde. Nous nous bornerons à observer
que le séjour des Européens dans leurs possessions d’outre-mer[208] et
les relations non interrompues que celles-ci entretiennent avec les
métropoles, ne laissent plus d’incertitude sur la possibilité de
communiquer avec les diverses contrées répandues sur tous les points du
globe.
[208] Une compagnie anglaise a déjà rassemblé de très-grands capitaux
destinés à la construction de routes, de canaux, de bâtimens à
vapeur, de chemins en fer et de tous les ouvrages propres à établir,
dans l’Amérique méridionale, les moyens rapides et perfectionnés
employés en Europe pour multiplier les communications. Parmi les
singularités que nous avons remarquées dans le cours de cet essai
sur la docilité de certains animaux, nous citerons encore les
tigres, dressés à conduire le chariot de M. Carneiro, procureur à
Bogota. Ils sont tellement apprivoisés, qu’il s’en sert
habituellement pour se rendre au palais de justice.
Et quoiqu’il n’existe pas en France de bâtimens[209] spécialement
destinés au transport des lettres, le service des postes maritimes n’en
a pas moins lieu avec toute la régularité qu’on remarque sur le
continent. Aucun vaisseau n’y est attaché; tous y coopèrent; et le
nombre considérable de ceux que le commerce emploie à faciliter ses
échanges, sert aussi à multiplier ceux de la pensée.
[209] Le bateau à vapeur le _Galibi_, nommé la _Caroline_ depuis le
voyage de S. A. R. Madame duchesse de Berri en Normandie, parti du
Havre, est arrivé sur la côte de la Guyanne en 36 jours de
traversée. Ce bâtiment est destiné à naviguer entre les divers
points de cette intéressante colonie, coupée par de nombreuses
rivières, qui deviendra bien plus importante, lorsqu’on aura mis à
exécution les divers projets de canalisation.