CHINE.

Les postes sont établies d’une manière très-régulière dans tout l’empire

de la Chine. L’empereur seul en fait les frais, et entretient à cet

effet une infinité de chevaux. Les courriers partent de Pékin pour les

capitales des provinces; le vice-roi[201] qui reçoit les dépêches de la

cour d’un kougtou ou gouverneur, les communique par d’autres courriers

aux villes du premier ordre, celles-ci aux cités d’un ordre inférieur.

[201] Il est toujours assisté par province d’un trésorier général,

d’un juge criminel, d’un conservateur des impôts et d’un intendant

des postes.

Quoique ces postes ne soient pas entretenues pour les particuliers, il

est rare qu’il ne s’en servent pas. Les missionnaires en usaient avec

autant de sûreté, et beaucoup moins de dépense qu’ils ne faisaient en

Europe.

Comme il est très-important que les courriers arrivent avec régularité,

les mandarins ont soin de faire tenir les chemins en bon état; et

l’empereur, pour les y obliger plus efficacement, fait souvent courir le

bruit qu’il parcourt ses provinces. C’est ainsi qu’Auguste et quelques

empereurs romains en agissaient. La moindre négligence est punie avec

sévérité. Un de ces officiers n’ayant pas mis assez d’activité à faire

réparer une route par laquelle l’empereur devait passer, aima mieux se

donner la mort que de s’exposer à un châtiment inévitable.

Les Chinois n’ont pu parvenir à remédier à l’inconvénient causé par la

poussière qui couvre leurs routes[202]. Les voyageurs qui les parcourent

soit à pied, à cheval, sur des chameaux, soit en litière ou en chariot,

se précautionnent inutilement de masques ou de voiles pour éviter cette

incommodité; cependant, ces chemins sont larges, unis et bien pavés;

dans plusieurs provinces on a pratiqué des passages sur les plus hautes

montagnes, en applatissant leur sommet, en coupant les rochers, en

comblant les vallées et les précipices, en établissant des ponts

suspendus sur des cordages ainsi que sur les fleuves et les rivières et

tous les endroits difficiles où l’on n’aurait pu parvenir sans ce moyen.

Un des plus connus est celui de la rivière de Kein cha yan, dans le

canton de Lolo. Il y a aussi de distance en distance sur les routes,

tantôt des grottes, des hospices ou d’autres établissemens commodes et

agréables, bâtis pour l’utilité des voyageurs: ils sont dus le plus

ordinairement à la bienfaisance de quelques mandarins.

[202] Bernardin de Saint-Pierre attribue aux tempêtes sablonneuses la

poussière qui couvre les routes de la Chine et qui oblige d’aller

toute l’année à cheval avec un voile sur les yeux.

Avec le permis ou billet de poste dont on a soin de se munir, on trouve

tous les secours nécessaires sur la route. Ce permis consiste en une

feuille de papier, imprimée en caractères tartares et chinois, et

scellée par le tribunal souverain de la milice. Il est ordonné au bureau

de fournir, sans délai, un certain nombre de chevaux ou de barques

lorsqu’on est oblige de voyager par eau; enfin tout ce qui est

nécessaire à la vie. Le sceau imprimé sur ce permis a trois pouces de

largeur en carré, sans autre figure ou caractère que le nom du tribunal

et des principaux officiers.

On se fait porter en chaise par des porteurs qui ont leur chef, auquel

on s’adresse pour ce service. C’est d’après l’état des malles et des

paquets que le prix est fixé et payé d’avance, et l’on reçoit autant de

billets qu’on veut d’hommes. Rien n’égale la légèreté de ces porteurs,

ils ne s’arrêtent que trois fois par jour et font deux lieues par heure.

C’est à l’empereur Hoang-Ty que les Chinois attribuent l’invention des

chars attelés d’animaux pour conduire avec rapidité les hommes et

transporter les fardeaux. Si la nécessité de multiplier les relations

dans un état est en raison de sa population, on doit juger des avantages

qui en ont résulté dans cet empire, où 15,000 mandarins lettrés sont

chargés de l’administration.

Outre leurs postes, les Chinois ont établi sur les routes des tours ou

stations de cinq lieues en cinq lieues destinées aux signaux qu’ils

emploient comme un autre moyen de communication. Il suit de là qu’aux

yeux de quelques personnes, l’invention du télégraphe français serait

attribuée à ce peuple. Cette supposition, injurieuse pour un savant de

notre nation, n’a pas besoin d’être combattue: elle est du nombre de ces

assertions dont le tems fait justice. D’ailleurs ce moyen si rapide de

communiquer par signes dans une langue nouvelle, eût-il été négligé par

les nations de l’Europe et particulièrement par les Anglais qui ont

apporté tant d’étude dans l’établissement de leurs signaux. Cette

correspondance oculaire, si imparfaite en tous lieux, n’a de perfection

et de résultats importans qu’en France. Le profit d’une si précieuse

découverte est donc resté seul à cette nation, et la gloire de l’avoir

faite à un français. Nous sommes loin de penser que les Chinois, aussi

grands calculateurs que profonds dans la connaissance des sciences

exactes, n’aient pas des méthodes utiles et ingénieuses dans l’art de

s’entendre par signes: tout porte à croire même qu’ils les possèdent;

mais c’est un secret qu’ils conservent avec tant d’autres qu’on pourrait

leur envier.

Il n’est pas rare de voyager en Chine dans des espèces de voitures

attelées de chiens. Les missionnaires disent avoir vu une femme tartare

qui revenait de Pékin, et qui avait un équipage de cent chiens à ses

traînaux.

Parmi les moyens qu’employèrent les maîtresses de Tien-ou-ti, empereur

chinois, qui se laissait entièrement captiver par elles, on rapporte

qu’elles avaient fait construire un char d’une grande magnificence, et

d’une légèreté telle, que des moutons le traînaient dans un parc

immense, où tout lui retraçait les goûts voluptueux qui lui faisaient

négliger les soins de son empire. Cet exemple ne tarda pas à trouver des

imitateurs parmi les courtisans qui, pour plaire à leur maître, ne se

présentaient plus à la cour qu’avec des attelages de cette espèce

d’animaux.

Des postes en général, et particulièrement en France · 第 30 / 45 题