Ce ne fut qu’un demi-siècle après l’introduction des postes en France,
que l’Allemagne suivit, la première, cette heureuse impulsion, qui
devait se communiquer insensiblement à toute l’Europe.
Le comte François de Taxis les établit vers la fin du règne de
Maximilien I.er, et en eut la direction générale, après avoir été
autorisé à faire les avances qu’exigeait une institution de cette
importance. L’empereur, qui avait toujours de grands intérêts à ménager
avec son petit-fils l’archiduc Charles, souverain des Pays-Bas, voulut
que les premières postes fussent mises en activité, de Bruxelles à
Vienne, avec l’agrément des états dont cette route traversait le
territoire.
Cet établissement reçut de grandes améliorations sous le règne de
Charles-Quint, par les soins de Jean-Baptiste de Taxis; et Philippe II
prolongea un embranchement de sa poste d’Italie, pour joindre celle des
Pays-Bas à Augsbourg.
L’empereur Mathias, en récompense des services importans que ne
cessaient de lui rendre les princes de la maison de Taxis, dans la
conduite de cette entreprise déjà si répandue, érigea la surintendance
générale des postes d’Allemagne en fief de l’empire, en faveur de
Lamoral, baron de Taxis et de ses descendans. Et, comme les successeurs
de Charles-Quint possédaient l’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas et une
partie de l’Italie, le titre de grand-maître des postes de tous ces
états y fut attaché. Elles portèrent même pendant long-tems la
dénomination de postes espagnoles.
Les changemens survenus dans l’empire d’Autriche ont restreint les
priviléges accordés aux princes de la maison de Taxis. Ils n’ont
conservé que la direction des postes féodales d’Autriche, de Hanovre et
de quelques autres parties de l’empire[131]. C’est là aussi qu’on
remarque la régularité et la célérité qui contribuent à donner à ce
service une supériorité que les princes de Taxis tiennent sans doute à
honneur de transmettre à leurs successeurs, comme ils l’ont reçue de
leurs ancêtres, auxquels les empires du nord doivent cette institution.
[131] M. Randel a porté le nombre des officiers et commis employés
autrefois dans leurs postes, à 20,000, et le produit net auquel
elles s’élevaient à un million de rixdalers; selon d’autres, à un
million de florins.
M. le comte de Nadardy, président de la Chambre aulique, est
directeur-général des postes et des messageries impériales et royales.
L’administration des postes de chaque province est confiée à un
directeur principal, dont dépendent des directeurs particuliers. Le
directeur des postes à Vienne, par exemple, est administrateur des
bureaux de toute la province de la Basse-Autriche.
M. le baron de Lilsen, conseiller aulique, chambellan de l’empereur,
intendant-général des postes étrangères, est chargé, conjointement avec
M. le prince de Metternich, de tout ce qui est relatif aux offices
étrangers.
Le transport des dépêches se fait, généralement, dans les provinces, par
des charrettes[132] ou carrioles légères, découvertes, à quatre roues,
attelées d’un cheval; et, lorsque la correspondance l’exige, et qu’on
est forcé d’expédier deux grandes valises, placées sur le devant, on
ajoute un autre cheval que conduit, de la voiture, le postillon assis
dans le fond.
[132] Dans la partie sous la dépendance des princes de Taxis, ces
voitures offrent plus de commodité et de perfection.
Les postillons, distingués autrefois par une petite trompe brodée sur
leur habit de drap jaune, en portaient une autre en argent qui servait à
annoncer leur départ, leur arrivée, ou à faire ouvrir les portes des
villes pendant la nuit. Ils avaient aussi un petit écusson sur lequel
était gravé le nom du lieu d’où ils étaient expédiés. Ces postillons
conservent encore ces divers attributs.
De semblables distinctions varient suivant les états. En France, par
exemple, les postillons se servent, comme dans l’antiquité, seulement
d’un fouet, dont le bruit, habilement modifié, suffit pour faire
connaître l’instant de leur départ, celui de leur arrivée, ou leur
passage sur la voie publique, afin de prévenir tout retard, ou d’éviter
tout accident.
Les distances entre les relais n’ont aucune uniformité. Il arrive
souvent de faire sept milles avant de trouver un relais; ce qui a lieu
entre Wismar et Rostock.
Quant aux routes[133], il y a peu d’années encore qu’on se plaignait de
leur état d’abandon. On trouvait aussi que les postillons[134]
s’occupaient plus de soigner leurs chevaux[135] que de contenter les
voyageurs. Il existait un impôt sous le nom de shimrr[136], qui
consistait à graisser les roues des voitures, qu’on démontait, à cet
effet, à chaque poste. On courait le risque de manquer de chevaux en
cherchant à se soustraire à ce tribut onéreux.
[133] M. de Meiners assure que les chemins du midi l’emportent sur
ceux du nord. On s’occupe à établir des routes en fer en Bohême.
Celle entre Budweer et Mauthausen est entreprise. Les travaux
préparatoires pour celle entre Prague et Scilsen, ont déjà eu lieu.
[134] Ils portent le nom de phwager, c’est-à-dire beau-frère,
dénomination dont on ignore l’origine.
[135] Les chevaux d’Allemagne sont forts et bons pour le trait; mais
ils le cèdent en légèreté et en vitesse à ceux d’Angleterre. La
Bavière, la Franconie, la Poméranie et le Mecklembourg, sont les
provinces où l’on nourrit les meilleurs chevaux.
[136] Graisse.
S’il en est ainsi, c’est à juste titre qu’on a prétendu que la police, à
l’égard des maîtres de poste, n’était pas très-sévère en Allemagne[137].
On sait qu’en France il en est autrement.
[137] Dans le pays de Brunswick on trouve affiché, à chaque bureau de
poste, les noms des commissaires désignés par le prince pour
terminer les différends entre les voyageurs et les maîtres de poste.
Ou y trouverait aussi très-gênante l’obligation de ne se servir que de
la poste une fois qu’on a commencé à prendre cette voie, ou de ne
pouvoir, dans le cas contraire, employer les chevaux de louage qu’avec
l’autorisation des maîtres de poste, qui, sans doute, ne l’accordent que
difficilement.
Dans l’Empire (nom qu’on donne aux provinces méridionales) le prix des
postes est d’un florin trente kreutzers par cheval et par mille[138].
Mais ce prix varie considérablement suivant les lieux, soit à cause de
la diversité des états, soit aussi en raison de la cherté des fourrages.
A Lubeck, on ne trouve point de chevaux de poste.
[138] En Hesse, 10 gros par mille; en Saxe, 10; 12 dans le pays de
Brunswick et le Hanovre, et 8 dans le duché de Mecklembourg. En
1789, il en coûtait un florin par poste simple, excepté dans les
états héréditaires où ce prix était réduit à trois quarts de florin.
Si l’on est exposé à perdre beaucoup de tems par le péage des barrières
établies sur les routes d’Allemagne et du Tyrol, on peut facilement
aussi éviter ces retards en payant d’avance aux postillons tous les
droits auxquels on est assujetti, et qu’ils se chargent d’acquitter.
Le service de la poste aux lettres se fait avec assez de régularité en
Allemagne. On y a apporté dernièrement quelques changemens, soit dans le
travail des lettres, soit dans la marche des courriers qui parcourent
actuellement une poste en une heure et demie.
Le port des lettres est réglé par des tarifs[139] établis sur des bases
moins fortes que celles adoptées par les autres nations de l’Europe, et
calculé sur la population, les relations commerciales de l’intérieur et
de l’extérieur, et sur le cours de l’argent.
[139] En Bavière, dans le duché de Bade et les postes féodales, la
lettre cesse d’être simple dès qu’elle pèse 7 grammes et demi.
A Vienne, l’établissement de la petite-poste a commencé en 1772. Il est
dû à M. Schotten, qui suivit l’exemple donné en France, douze ans
auparavant, par M. Chamousset. Le port de la lettre est d’un kreutzer,
et de 3, 5, 17 kreutzers et plus, au-delà des lignes, en proportion de
la distance à parcourir. Cette superbe capitale compte plus de 3,000
carrosses de personnes de marque, 500 fiacres et au moins 80 chaises à
porteurs. Le nombre des voitures publiques y est très-considérable. Il y
a même des points sur lesquels il en est expédié 15 ou 20 par jour.
On trouve à Hambourg des bureaux de poste pour divers états; tels que
l’Empire, le Hanovre, le duché de Brunswick, la Suède, le Dannemarck, le
Mecklembourg-Schwerin, la Hollande, l’Angleterre, les Etats-Unis, etc.
La petite-poste a son bureau particulier et ses messagers qui parcourent
les rues six fois par jour, en annonçant leur présence par une sonnette.
L’usage des télégraphes, dont les premières expériences remontent à
1799, est peu répandu. Ces machines sont loin d’être aussi
perfectionnées qu’en France: elles ne sont employées que pour des avis
maritimes, sur quelques points seulement.
Les grands fleuves qui arrosent l’Allemagne, facilitent beaucoup les
voyages par eau. Il y a sur plusieurs de ces fleuves un marktscheff ou
coche d’eau, qui va à tems réglé d’un lieu à un autre. L’introduction
des bateaux à vapeur rendra cette navigation et plus régulière et plus
commode. Le premier a été lancé en Bavière[140], près de Frédéricshafen,
sur le lac de Constance. Il y en a eu trois de construits dans les
duchés de Bade et Wurtemberg[141].
[140] Le Max-Joseph.
[141] Le Guillaume entr’autres. Les rouages de ces bâtimens, destinés
à un service continuel, ont été confectionnés à Liverpool.
On voyage sans danger sur les routes généralement étroites, qui coupent
ces divers duchés, par l’adresse des cochers allemands. On ne peut aussi
éprouver d’incertitude sur les lieux où l’on se rend, puisqu’à tous les
carrefours des routes un poteau indique, non seulement le nom du canton
ou du district, mais encore la direction des chemins et la distance de
chaque point aux villes de quelque importance. Cet usage a lieu dans
plusieurs autres parties de l’Allemagne, où l’on a établi des colonnes
milliaires qui marquent, avec la même précision, les distances entre
chaque endroit.
L’art de dresser toute espèce d’animaux n’offre plus rien de surprenant
depuis qu’on voit, à Munich, deux énormes loups traîner une calèche. Ils
appartiennent à un ancien négociant russe qui les a trouvés très-petits
dans un bois près de Wilna, et qui a si bien réussi à les apprivoiser,
que loin d’avoir conservé quelque chose de leur instinct féroce, ils ont
toute la docilité du cheval le mieux dompté. La police exige seulement
qu’il soient muselés, afin de prévenir tout accident; car, quoique cette
calèche traverse la ville habituellement trois fois par jour, la foule
n’en montre pas moins d’empressement à considérer ce singulier
spectacle.
Par arrangement conclu dès 1819, entre le roi de Wurtemberg et le prince
de la Tour et Taxis, les postes de ce royaume ont été conférées de
nouveau, à ce dernier, comme fief héréditaire et masculin de la
couronne. Ce prince, en sa qualité de grand-maître des postes de
l’empire, s’est fait représenter dans leur direction pas M. le baron
Wrintz Barberick, conseiller privé, directeur-général des postes.
Si cet exemple avait des imitateurs parmi les divers princes de
l’Allemagne, il est à croire que les postes de l’empire, sous les
descendans de celui qui les a instituées dans le nord de l’Europe,
parviendraient à un plus haut point de prospérité.
La Hongrie manque non-seulement de routes bien entretenues, mais aussi
de canaux pour multiplier les communications par le moyen des rivières.
Les chariots de poste dont on se sert sont très-mauvais, découverts,
sans ressorts et construits de la manière la plus grossière. Quant aux
chevaux, ils sont très-estimés, surtout ceux élevés par les Arméniens.
Les postes, dont plusieurs appartiennent au prince Estherhazy, font
partie des revenus de ce royaume; et, quoiqu’elles soient assez bien
entretenues, les voyageurs, munis d’un ordre du gouvernement, ne peuvent
manquer ni de chevaux, ni d’aucun moyen de transport, que tout paysan
est tenu de leur procurer.
Les loups qui habitent les forêts qui couvrent une partie de la Hongrie,
rendent les voyages quelquefois dangereux. Il n’est pas sans exemple que
des courriers, dont plusieurs font le service à cheval, aient été
dévorés par ces animaux. Ils y sont tellement multipliés, qu’en 1803 ils
détruisirent plus de 1500 têtes de bétail dans une seule province[142].
[142] Les mêmes ravages ont eu lieu en Livonie, en 1823. D’après le
rapport de la régence, 1841 chevaux, 1243 poulains, 1807 bêtes à
cornes, 733 veaux, 15182 moutons, 726 agneaux, 3545 chèvres, 183
chevreaux, 4190 cochons, 701 chiens, etc., ont été dévorés.--Le
gouvernement prend des mesures efficaces pour mettre fin à ces
ravages.
On serait porté à croire que dans les divers états dépendans de
l’empire, les maîtres de poste sont tous d’anciens militaires auxquels
ces places offrent d’honorables retraites. Leur costume paraîtrait
confirmer cette assertion: il consiste en un dolman bleu clair, bordé de
fourrures et orné de boutons et de galons de soie; un pantalon bleu
galonné de la même manière, et des demi-bottes. Ils portent tous de
longues moustaches.
Parmi les édifices destinés aux postes, dans les états dépendans de
l’empire d’Allemagne, celui de Prague est très-remarquable.
On est forcé d’affranchir les lettres pour tous ces états, le duché de
Bade excepté.