_Des Tendances pacifiques de la Société européenne, et du Rôle des
Armées dans l'Avenir; par le capitaine Ferdinand Durand. Deuxième
édition, augmentée d'une nouvelle préface. 1 vol. in-8.--Paris, 1844.
_Dumaine. 6 fr.
La dissertation de M. Ferdinand Durand, intitulée: _Des Tendances
pacifiques de la Société, européenne, et du Rôle des Armées dans
l'avenir, a paru pour la première fois en 1841: elle est réimprimée
telle qu'elle avait été publiée à cette époque. Fidèle à la devise de
_l'Illustration, l'actualité, nous ne nous occuperons donc, en
annonçant cette seconde édition, que de sa partie vraiment nouvelle,
c'est-à-dire de sa préface.
M. Ferdinand Durand défend son livre contre les attaques auxquelles il a
été exposé. C'est à tort qu'on l'a accusé de vouloir tuer l'esprit
militaire; on lui fait trop d'honneur, en vérité. Ce qui tue l'esprit de
la guerre en France, c'est le progrès des sciences politiques et
sociales, c'est l'industrie et le commerce. Ne doit-on pas s'en
féliciter? Est-il une pensée plus consolante pour l'homme que celle qui
lui montre la vie terrestre comme une marche incessante vers un état
meilleur, vers un état de paix et d'association?
De ce fait découle naturellement une importante question d'économie
politique. Les armées permanentes peuvent-elles rester toujours ce
qu'elles sont actuellement, très-nombreuses ou exclusivement organisées
pour combattre? La raison publique, l'intérêt des nations, répondent
non. Cependant les gouvernements croient encore à la nécessité de se
tenir prêts à se faire la guerre, bien que les nations désirent
conserver la paix. Ne devrait-on pas, pour dédommager les nations, pour
mettre d'accord leurs intérêts et les restes de velléités guerrières des
gouvernants, utiliser les loisirs des années en les consacrant à
l'exécution de grands travaux civils?
Telle est l'opinion de M. Ferdinand Durand. D'après des calculs qu'il
croit plutôt au-dessous de la vérité qu'au-dessus, l'Europe a dépensé,
depuis 1830 seulement, pour l'entretien de ses armées et du ses flottes
de guerre, la somme de 25 milliards de francs «Avec cette énorme masse
d'or, dit-il, on aurait sillonné l'Europe de chemins de fer et de
canaux; on aurait amélioré le lit de tous les fleuves, reboisé les
hauteurs, défriché toutes les terres incultes, assaini les marais,
embelli nos villes, etc... On aurait ouvert ainsi aux nations des
Sources immenses de nouvelles richesses, et, par conséquent, de
bien-être. Que reste-t-il aujourd'hui de ces 23 milliards consacrés à
des provisions de guerre, qui moisissent ou se rouillent dans nos
magasins, dans nos arsenaux, et dont l'entretien coûte encore
très-cher?»
Après avoir réfuté les principales objections de ses adversaires contre
l'emploi de l'armée dans les grands travaux publiques, M. Ferdinand
Durand passe rapidement en revue «tout ce qui manque à la France sous le
rapport matériel, tout ce qu'il lui faudrait encore de travaux pour que
la misère, source de tant de crimes, ne rongeât plus héréditairement le
quart de sa population, pour qui les maladies endémiques ou épidémiques
ne vinssent plus périodiquement la décimer, pour que les inondations ou
les sécheresses ne détruisissent plus chaque année une partie de ses
récoltes; et enfin, pour que les habitants du beau pays de France, dont
la prospérité est proclamée si hautement par quelques heureux du siècle,
pussent, non pas jouir d'un bien-être complet, mais seulement recevoir
leur pain quotidien.» Les travaux innombrables touchent à tous les
points du sol; ce sont: l'achèvement des routes royales,
départementales, vicinales; l'achèvement de nos lignes de navigation, la
création d'un système de canaux d'irrigation; le reboisement du sol,
l'exécution des chemins de fer, le défrichement des landes,
l'assainissement des villes, etc., etc.
M. Ferdinand Durand a eu raison de le dire au début de son introduction,
«une idée nouvelle, offrit-elle dans sa réalisation les avantages les
plus positifs, les plus grands, n'est jamais adoptée qu'après de longues
discussions et de vives résistances; à sa naissance, elle est toujours
accueillie avec une défiance presque générale, et quelquefois avec un
méprisant dédain. Les masses populaires, les hommes éclairés eux-mêmes,
la repoussent sans prendre souvent la peine de l'examiner. La postérité
aura-t-elle à nous reprocher aussi l'aveuglement routinier qui entrava
si longtemps la marche du progrès? Comme dans un passé plein d'ignorance
et de superstition, attachons-nous sur le rocher, les Prométhées
nouveaux? N'aurions-nous jamais que la ciguë pour les Socrate? que la
croix pour les Jésus de l'avenir? La prison s'ouvrira-t-elle encore pour
les Roger Bacon et les Galilée? la misère sera-t-elle toujours le lit de
Kepler? les sarcasmes et les quolibets, celui des Saint-Simon et des
Fourier? N'est-il pas temps enfin que nous, si fiers de nos lumières, si
vains de notre civilisation, bien imparfaite encore cependant, nous
brisions ce lit de Procuste où nous voulons tout mesurer, hommes et
choses?»
_La Ciguë, comédie en deux actes et en vers; par M. Émile
Algier.--Paris, 1844. _Furne. 1 vol. in-18. 1 fr. 50.
_La Ciguë a paru cette semaine à la librairie Furne dans le même format
que _Lucrèce. L'Illustration a déjà analysé et loué (page 179 de ce
volume) la spirituelle comédie du petit-fils de Pigault Lebrun. Nous n'y
reviendrons pas aujourd'hui. Constatons seulement que M Émile Augier a
obtenu, connue M. Ponsard, autant de succès à la lecture qu'à la
représentation. Cette charmante édition de _la Ciguë a sa place marquée
sur les tables de tous les salons de Paris et de la province. Les gens
de goût et d'esprit, qui ne peuvent aller à l'Odéon, éprouveront un vif
plaisir à s'assurer par eux-mêmes que les éloges de la presse parisienne
n'ont point été exagérés, et que ce brillant début promet à la France ce
qu'elle attend et ce qu'elle espère en vain depuis si longtemps: un
poète comique.
_Réponse à la Note sur l'état des forces navales de la France, suivie
de quelques considérations sur la marine et le commerce; par M. G. de la
Landelle, ancien officier de marine.--Paris, 1844.
La première partie de cette brochure est une réponse à la Note du prince
de Joinville, sur _l'état des forces navales de la France. M. G. de la
Landelle résume ainsi lui-même la discussion à laquelle il se livre:
En cas de collision navale, la guerre d'agression, la course semble être
le voeu de l'auteur de la _Note._
Il voudrait appliquer à ce système la marine à vapeur, dont il demande
l'extension sur une vaste échelle.
Jusque-là, nous avons complètement partagé ses opinions fondamentales.
Mais dans le dessein d'atteindre un but louable, il réduirait la flotte
à voiles à des proportions exiguës, il supprimerait en quelque sorte les
vaisseaux de ligne.
Nous ne pensons pas qu'il convienne de se priver si prématurément de
cette armée défensive, qui devrait constituer notre corps de réserve
jusqu'à ce que l'expérience d'une guerre ait décidément tranché la
question de sa plus ou moins grande utilité.
Enfin, l'auteur de la _Note veut, au moyen de croisières de frégates,
obtenir la réduction de nos petits bâtiments stationnés sur les rades
étrangères.
Ici, nous accepterions comme un bienfait les croisières vigilantes qu'il
demande, mais en regardant la suppression des bricks et corvettes comme
une grande imprudence et un véritable malheur.
Dans les considérations sur la marine et le commerce qui suivent la
_Réponse, M. de la Landelle signale une foule de plaies honteuses,
saignantes, qu'il ne nous est pas permis de montrer ici. Il a cru faire
oeuvre de bon citoyen en parlant haut et en ne déguisant rien de ce
qu'il savait.
_Les Lois nouvelles annotées; par MM. Loiseau et Ch. Vergé, avocats à
la Cour Royale.--En vente: _la Loi sur la Chasse, 75 c.; _la Loi sur
les Patentes, 75. c.--4 fr. par an, toutes les les lois de l'année; rue
des Maçons-Sorbonne, 11.
Faire connaître et surtout faire comprendre les lois nouvelles, en
répandre la lettre, en expliquer l'esprit, tel est le double but de
cette publication. A dater de la session de 1844, _les lois nouvelles
annotées paraîtront en volumes sépares, au moment même de leur
insertion au _Bulletin des Lois. Une introduction historique, un
commentaire, des notes explicatives, l'analyse des exposés des motifs,
rapports et discussions parlementaires, la doctrine des auteurs, la
jurisprudence, les nouvelles circulaires et les instructions
ministérielles, accompagneront toujours le texte de chaque loi.
Aucuns jurisconsultes n'étaient plus capables de bien diriger cette
utile entreprise que ces deux jeunes avocats qui rédigent avec tant de
talent et de succès, sons la direction de M. Mignet, le compte rendu
mensuel des séances et travaux de l'Académie des sciences morales et
politiques.
Mémoires de la Société royale d'émulation d'Abbeville. 1841, 1842, et
1843».--Abbeville.
La Société royale d'émulation d'Abbeville vient de publier en un fort
volume in-8 les principaux résultats de ses travaux pendant les années
1841, 1842 et 1843. Parmi les articles dont se compose ce recueil, nous
avons remarqué une longue dissertation sur _l'éducation du pauvre, par
M. Boucher de Perthes, président de la société; la _Sténographie
musicale, ou méthode simplifiée pour l'enseignement, la lecture et
l'écriture de la musique et du plain-chant, par M. de Rambures; des
_recherches archéologiques sur le Crotoy, par M. A. Labourt, et des
_vers de M. Pougerville. La Société royale d'émulation d'Abbeville
continue à se maintenir au rang où elle s'est placée parmi toutes les
sociétés de ce genre dont s'honore la France.
[Illustration: Modes.--Calèche à grandes guides.]
[Illustration: Étude de moeurs.--Décidément, je ne suis pas dans une
belle position]
Rébus.