Tous les partis ont rendu hommage à M. Pouyer-Quertier, à l'heure où la
mort nous enlevait cette physionomie parlementaire si intéressante et si
savoureuse en sa piquante originalité. Cet industriel, cet économiste,
ce ministre, cet homme politique, était avant tout un vrai Gaulois,
mâtiné de Normand, un Gaulois haut en couleur, au verbe abondant, aux
façons communicatives, dont l'exubérance un peu ronde cachait parfois un
esprit délié, aigu et fécond en ressources.
Pouyer-Quertier était né en 1820: il entra à l'École polytechnique. Au
sortir de l'École, il voyagea, visita longuement l'Angleterre, puis se
consacra à l'industrie. Dès 1857 il entra, avec l'appui du gouvernement,
au Corps législatif en qualité de député de la première circonscription
de la Seine-Inférieure, mais en 1800, il échoua contre le candidat de
l'opposition démocratique, M. Desseaux.
Les événements de 1870 rendirent à M. Pouyer-Quertier sa place dans la
vie politique, et c'est alors qu'il joua le rôle décisif qui honore sa
mémoire. Choisi par M. Thiers pour occuper dans le ministère le
portefeuille des finances, M. Pouyer-Quertier eut, en effet, à coopérer
à la grande oeuvre de la libération du territoire. Puis, il dut aller
négocier le traité de paix de Francfort et en discuter avec M. de
Bismarck les stipulations commerciales. On raconte qu'en face du
puissant chancelier il dut, non seulement faire assaut de présence
d'esprit et d'énergie patriotique, mais résister encore aux défis
gastronomiques du prince. Grand mangeur et gros buveur, M. de Bismarck
trouva à qui parler; et l'on raconte qu'il sut gré à M. Pouyer-Quertier
de lui avoir tenu tête.
A l'origine du Sénat, M. Pouyer-Quertier avait été élu sénateur de la
Seine-Inférieure: il à siégé dans la haute assemblée jusqu'aux élections
de janvier dernier ou la liste républicaine l'emporta.