_La Fin du paganisme_, études sur les dernières luttes religieuses en
Occident au quatrième siècle, par M. Gaston Boissier, de l'Académie
française. 2 vol. in-18, 15 fr. (Hachette).--Ce qui frappe surtout dans
cet ouvrage, c'est l'entière liberté d'esprit avec laquelle l'auteur a
traité son sujet. Il s'est fait le contemporain des événements qu'il
raconte, écartant toute idée préconçue, cherchant à établir son opinion
sur la connaissance des oeuvres mêmes des orateurs et des poètes du
temps. Ce temps, c'est le quatrième siècle. Le récit commence à la
conversion de Constantin et se continue jusqu'aux premières années du
cinquième siècle. L'empire touche alors à sa fin. Les mesures prises par
Constantin et Constance pour assurer le triomphe de leur religion, la
réaction philosophique et païenne de Julien, le débat entre saint
Ambroise et Symmaque à propos de l'autel de la Victoire, les polémiques
que souleva la prise de Rome, en 410, et qui provoquèrent la réponse de
saint Augustin dans sa _Cité de Dieu_, voilà les principaux chapitres
d'un livre, où, laissant de côté les combats au grand jour, vus de tout
le monde et racontés d'autre part, l'auteur nous montre ceux qui se
livraient au-dessous, plus importants peut-être, et dont le résultat
devrait être de faire trouver au paganisme, proscrit mais non détruit,
les routes secrètes pour s'insinuer chez son rival et se foudre avec
lui. Résultat bien attendu, mais logique et nécessaire. L'éducation
était en effet restée païenne, le christianisme n'avait pas su ou pu
créer d'enseignement qui lui fût propre, de sorte que l'intelligence de
quiconque avait passé par les écoles était imprégnée de paganisme. De
cette fusion du christianisme et de la civilisation antique est née
notre société moderne. Nous assistons, dans l'ouvrage de M. Boissier, à
l'accomplissement de ce mélange et c'est ce qui donne à son livre, à
côté de l'intérêt historique, un intérêt actuel et vivant.
Comme on devait s'y attendre, d'ailleurs, en passant par les mains de M.
Boissier, l'oeuvre, historique à son origine, est devenue une oeuvre de
critique littéraire. Négligeant à dessein le récit des événements
politiques pour lesquels il renvoie aux historiens proprement dits, à M.
le duc de Broglie, à M. Duruy, il a demandé, nous dit-il, des leçons
d'histoire à la littérature, il l'a interrogée autant qu'il a pu, et
laissée répondre à son aise, et il n'y a guère de grand écrivain au
quatrième siècle, chrétien ou païen, dont il n'ait été amené à
s'occuper. Les étudiant dans leur vie et dans leurs oeuvres, avec la
pensée que les témoignages auraient d'autant plus d'autorité que nous
connaîtrions mieux les témoins, il a, par ce moyen, fait revivre à nos
yeux une époque assez peu connue, si intéressante cependant, puisque le
problème qui l'agitait ne contenait rien moins que l'avenir du monde.