[616] Cabinet de M. Moulin, avocat.
Ce vendredi à midi.
Votre laquais ne me donna pas l'autre jour le loisir, Mademoiselle, de
vous remercier sur le champ des beaux vers que vous m'avez fait la grâce
de m'envoyer, et je faisois état de vous en aller remercier dès le
lendemain. Mais depuis cela, il m'est survenu des affaires qui m'ont
empêché de vous aller rendre mes devoirs comme je souhaitois. En
attendant que je le puisse, je ne veux pas différer, Mademoiselle, à vous
témoigner combien j'ai été satisfait de votre dernier madrigal. Les
dernières choses que vous faites l'emportent toujours sur les premières,
mais il n'y a que vous seule qui puissiez l'emporter sur vous-même. Je ne
saurois en même temps vous rendre d'assez grands remercîments des marques
de bonté et de considération dont vous m'honorez. Croyez, s'il vous
plaît, Mademoiselle, que vous n'en sauriez jamais avoir pour personne qui
ait plus de respect et plus de vénération pour vous que j'en ai, et qui
soit plus absolument votre très-humble et très-obéissant serviteur.