[614] _Études religieuses, etc., par des Pères de la Compagnie de
Jésus_, t. V, p. 609.
D'Arras, 10 mai.
On m'a tant fait d'honneur ici en votre considération, Mademoiselle, que
je ne puis en partir sans vous en faire mes remercîments. Il ne se peut
rien ajouter à la manière dont M. de Montplaisir[615] m'a reçu. J'ai bien
reconnu par là le pouvoir que vous avez sur lui, et que c'est vous qui
êtes le lieutenant de Roi ici. Il m'a régalé chez lui; il m'a offert son
carrosse pour aller à Douay, a pris la peine de me venir visiter chez
nous: du reste, il n'a rien oublié pour me faire comprendre combien il
vous honore et vous estime. Aidez-moi, Mademoiselle, à lui en faire de
dignes remercîments. Vous y êtes obligée, puisque c'est en votre
considération qu'il a fait tout cela, et pour m'obliger extrêmement.
Faites de sorte que j'aie un peu de part de ses bonnes grâces: car on a
fort envie d'être de ses amis dès qu'on a le bonheur de le connoître: je
vous laisse faire cela. En partant, je laisse le pauvre M. de Verduc en
mauvais état pour sa santé; j'en suis inquiété. Je laissai au P. Pallu,
ami du P. Bouhours, quinze pistoles pour sa dispense, et deux pour
l'habiller un peu honnêtement pour entrer à Cluny. Ayez la bonté de me
faire savoir de vos nouvelles, je vous en prie; j'en pourrois recevoir à
Bruxelles, si vous preniez la peine d'adresser vos lettres à M. de
Gourville dans dix ou douze jours; l'abbé de Chaumont le connoît. On ne
peut pas être si longtemps éloigné de vous sans savoir de vos nouvelles.
Vous voulez bien que je salue M. de Pellisson pour qui je continue
toujours à prier Dieu; car le bon Dieu nous le doit, étant aussi homme de
bien qu'il est. N'allez pas vous aviser, s'il vous plaît, Mademoiselle,
de nous faire la guerre pendant que je vais être Flamand. Je ne vous
demande que deux mois de temps; après, vous ferez ce qu'il vous plaira
pour vos prétentions sur le Brabant. Je suis, avec mon respect ordinaire,
à vous en N. S.
RAPIN de la Cie de Jésus.
[615] Le même que le poëte dont les Œuvres sont ordinairement
réunies à celles de Lalane. Il était lieutenant de Roi à Arras
bien avant 1671, année que la _Biographie universelle_ indique
comme celle de sa nomination, et au moins dès le mois de juillet
1654, lorsqu'il fut fait prisonnier par les Espagnols.