LE CHEVALIER DE MÉRÉ A MADEMOISELLE DE SCUDÉRY[607].

[607] Richelet, _Les plus belles lettres des meilleurs auteurs

français_, 1689, in-12, p. 276.--Sur le chevalier de Méré, voy.

la _Notice_, p. 118.

Sans date.

Il y a peu d'honnêtes gens qui ne vous admirent, Mademoiselle, et ce

n'est pas d'aujourd'hui que je suis charmé de tout ce qui vient de vous,

et que vous êtes bien dans mon esprit. Mais si je vous ose dire ce qui se

passe dans mon cœur, le billet que vous m'avez fait l'honneur de

m'écrire vous y a mise bien avant. On ne devroit souhaiter d'être

agréable que pour plaire aux personnes comme vous qui jugent sainement de

tout. Et si je m'allois imaginer qu'il y en eût beaucoup dans le monde

que je pusse voir quelquefois, j'aurois bien de la peine à me tenir dans

la retraite, où mes jours s'écoulent tranquillement. J'ai donné de la

jalousie à un de vos amis et des miens, en lui montrant votre billet, et

l'assurant aussi que jamais ni lui ni Voiture n'ont rien fait de ce

prix-là. Je ne sais si vous ne serez point surprise que je me sois vanté

d'une faveur qui me devoit rendre assez heureux en moi-même sans la dire

à personne. Mais, Mademoiselle, si vous vouliez qu'elle fût secrète, il

ne falloit pas m'écrire des choses qui vous donnent tant de gloire, et

qui me sont si avantageuses.

Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, avec un choix de ses poésies · 第 250 / 411 题