[606] Voy. la _Notice_, p. 126, et les lettres à Boisot des 21,
28 février et du 7 mars. Dans la première, Mlle de Scudéry dit
avoir écrit à M. de Meaux une lettre de quinze pages sur la mort
de Pellisson. Cette lettre de Bossuet est vraisemblablement la
réponse à la lettre de Mlle de Scudéry. Celle-ci l'avait
transcrite de sa main, et cette transcription, qui prouve
l'importance qu'elle y attachait, se trouve dans le cabinet de M.
Dubrunfaut.
1693.
Ce que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, Mademoiselle, sur le sujet
de M. Pellisson, me donne beaucoup de consolations, mais n'ajoute rien à
l'opinion que j'avois de la fermeté et de la sincérité de sa foi, dont
ceux qui l'ont connu ne demanderont jamais de preuves. J'ai parlé un
million de fois avec lui sur des matières de religion, et ne lui ai
jamais trouvé d'autre sentiment que ceux de l'Église catholique. Il a
travaillé jusqu'à la fin pour sa défense: trois jours avant sa mort, nous
parlions encore de l'ouvrage qu'il avoit entre les mains contre Aubertin,
qu'il espéroit pousser jusqu'à la démonstration; ne souhaitant la
prolongation de sa vie, que pour donner encore à l'Église ce dernier
témoignage de sa foi. Je souhaite qu'on cherche au plus tôt un si utile
travail parmi ses papiers, et qu'on le donne au public, non-seulement
pour fermer la bouche aux ennemis de la religion, qui sont ravis de
publier qu'il est mort des leurs, mais encore pour éclaircir des matières
si importantes, auxquelles il étoit si capable de donner un grand jour.
Quoiqu'il n'ait pas plu à Dieu de lui laisser le temps de faire sa
confession, et de recevoir les saints Sacremens, je ne doute pas qu'il
n'ait accepté en sacrifice agréable la résolution où il étoit de la faire
le lendemain.
Le Roi, à qui vous désirez qu'on fasse connoître ses bonnes dispositions,
les a déjà sues, et j'ai en cela prévenu vos souhaits. Ainsi,
Mademoiselle, on n'a besoin que d'un peu de temps pour faire revenir ceux
qui ont été trompés par les faux bruits qu'on a répandus dans le monde.
Sa Majesté n'en a jamais rien cru; je puis, Mademoiselle, vous en
assurer; et tout ce qu'il y a de gens sages qui ont connu, pour peu que
ce soit, M. Pellisson, s'étonnent qu'on ait pu avoir un tel soupçon.
C'est ce que j'aurois eu l'honneur de vous dire, si je n'étois obligé
d'aller dès aujourd'hui à Versailles, et dans peu de jours, s'il plaît à
Dieu, dans mon diocèse. Je m'afflige cependant, et je me console avec
vous de tout mon cœur, et suis, avec l'estime qui est due à votre vertu
et à vos rares talents,
Votre, etc., etc.