[605] Les deux lettres qui suivent ont été imprimées dans les
_Œuvres de Bossuet_. Versailles, 1818, t. XXXVII, p. 475 et 477.
La première, quoique non adressée à Mlle de Scudéry, figure ici à
raison de sa connexité avec la seconde, qu'elle paraît avoir
précédée.
Marie Dupré, nièce de Roland Desmarets, avait beaucoup
d'instruction; elle était liée avec Mlles de Scudéry, de la Vigne,
etc. Titon de Tillet lui a donné place dans son _Parnasse
françois_, et l'éditeur Léopold Collin a publié ses Lettres avec
celles de Mlle de Montpensier et autres, 1806, in-12.
Versailles, ce 14 février 1693.
Je vous assure, Mademoiselle, que M. Pellisson est mort, comme il a vécu,
en très-bon catholique; je l'ai toujours regardé, depuis le temps de sa
conversion jusqu'à la fin de sa vie, comme un des meilleurs et des plus
zélés défenseurs de notre religion. Il n'avoit l'esprit rempli d'autre
chose, et deux jours avant sa mort, nous parlions encore des ouvrages
qu'il continuoit pour soutenir la Transsubstantiation; de sorte qu'on
peut dire sans hésiter qu'il est mort en travaillant ardemment et
infatigablement pour l'Église. J'espère que ce travail ne se perdra pas,
et qu'il s'en trouvera une partie considérable parmi ses papiers.
Au reste, il a voulu entendre la messe pendant tous les jours de sa
maladie; et je n'ai jamais pu obtenir de lui qu'il s'en dispensât les
jours de fête. Il me disoit en riant qu'il n'étoit pas naturel que ce fût
moi qui l'empêchât d'entendre la messe. Il n'a jamais cru être assez
malade pour s'aliter; et il s'est habillé tous les jours, jusqu'à la
veille de sa mort; et il recevoit ses amis avec sa douceur et sa
politesse ordinaire. Son courage lui tenoit lieu de forces; et jusqu'au
dernier soupir, il vouloit se persuader que son mal n'avoit rien de
dangereux. A la fin, étant averti par ses amis que ce mal pouvoit le
tromper, il différa sa confession au lendemain pour s'y préparer
davantage: et si la mort l'a surpris, il n'y a eu rien en cela de fort
extraordinaire. C'étoit un vrai chrétien, qui fréquentoit les sacremens.
Il les avoit reçus à Noël, et, à ce qu'on dit, encore depuis, avec
édification. Bien éloigné du sentiment de ceux qui croient avoir
satisfait à tous leurs devoirs pourvu qu'ils se confessent en mourant,
sans rien mettre de chrétien dans tout le reste de leur vie, il
pratiquoit solidement la piété; et la surprise qui lui est arrivée ne
m'empêche pas d'espérer de le trouver dans la compagnie des justes.
C'est, Mademoiselle, ce que j'avois dessein d'écrire à Mlle de Scudéry,
avant même de recevoir votre lettre; et je m'acquitte d'autant plus
volontiers de ce devoir, que vous me faites connoître que mon témoignage
ne sera pas inutile pour la consoler. Je profite de cette occasion pour
vous assurer, Mademoiselle, de mes très-humbles respects, et vous
demander l'honneur de la continuation de votre amitié.