26 décembre 1685.

Mademoiselle,

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Il me falloit une lecture aussi délicieuse que celle-là, pour me délasser

des fatigues d'un voyage, pour me guérir de l'ennui des mauvaises

compagnies de ces pays-ci, et pour me faire goûter le repos, où la

rigueur de la saison et la docilité de mes nouveaux convertis me

retiennent en ma ville épiscopale[582]. En vérité, Mademoiselle, il me

semble que vous croissez toujours en esprit; tout est si raisonnable, si

poli, si moral et si instructif dans ces deux volumes que vous m'avez

fait la grâce de m'envoyer[583], qu'il me prend quelquefois envie d'en

distribuer dans mon diocèse pour édifier les gens de bien et pour donner

un bon modèle de morale à ceux qui la prêchent. Les louanges du Roi sont

si finement insérées, qu'il s'en feroit, en les recueillant, un excellent

panégyrique. Recevez donc, Mademoiselle, avec mon remercîment, les

louanges que vous donne un homme relégué dans une province, qui n'a pas

encore perdu le goût de Paris, et qui vous conserve toujours la même

estime qu'il a eue toute sa vie pour vous.

[582] Fléchier avait été nommé évêque de Lavaur en 1685. En lui

annonçant sa nomination, le Roi lui avait dit: _Ne soyez pas

surpris si j'ai récompensé si tard votre mérite, j'appréhendois

d'être privé du plaisir de vous entendre._

[583] Mlle de Scudéry avait envoyé à Fléchier ses _Conversations

nouvelles sur divers sujets_. Paris, 1684. 2 vol. in-12.

Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, avec un choix de ses poésies · 第 229 / 411 题