Mademoiselle,
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Il me falloit une lecture aussi délicieuse que celle-là, pour me délasser
des fatigues d'un voyage, pour me guérir de l'ennui des mauvaises
compagnies de ces pays-ci, et pour me faire goûter le repos, où la
rigueur de la saison et la docilité de mes nouveaux convertis me
retiennent en ma ville épiscopale[582]. En vérité, Mademoiselle, il me
semble que vous croissez toujours en esprit; tout est si raisonnable, si
poli, si moral et si instructif dans ces deux volumes que vous m'avez
fait la grâce de m'envoyer[583], qu'il me prend quelquefois envie d'en
distribuer dans mon diocèse pour édifier les gens de bien et pour donner
un bon modèle de morale à ceux qui la prêchent. Les louanges du Roi sont
si finement insérées, qu'il s'en feroit, en les recueillant, un excellent
panégyrique. Recevez donc, Mademoiselle, avec mon remercîment, les
louanges que vous donne un homme relégué dans une province, qui n'a pas
encore perdu le goût de Paris, et qui vous conserve toujours la même
estime qu'il a eue toute sa vie pour vous.
[582] Fléchier avait été nommé évêque de Lavaur en 1685. En lui
annonçant sa nomination, le Roi lui avait dit: _Ne soyez pas
surpris si j'ai récompensé si tard votre mérite, j'appréhendois
d'être privé du plaisir de vous entendre._
[583] Mlle de Scudéry avait envoyé à Fléchier ses _Conversations
nouvelles sur divers sujets_. Paris, 1684. 2 vol. in-12.