MADAME DE SÉVIGNÉ A MADEMOISELLE DE SCUDÉRY[578].

[578] _Lettres de Mme de Sévigné_, édit. Hachette, t. VII, p.

274.

Lundi, 11 septembre 1684.

En cent mille paroles je ne pourrois vous dire qu'une vérité, qui se

réduit à vous assurer, Mademoiselle, que je vous aimerai et vous

adorerai toute ma vie; il n'y a que ce mot qui puisse remplir l'idée que

j'ai de votre extraordinaire mérite. J'en fais souvent le sujet de mes

admirations et du bonheur que j'ai d'avoir quelque part à l'amitié et à

l'estime d'une telle personne. Comme la constance est une perfection, je

me réponds à moi-même que vous ne changerez point pour moi; et j'ose me

vanter que je ne serai jamais assez abandonnée de Dieu, pour n'être pas

toujours toute à vous. Dans cette confiance, je pars pour Bretagne où

j'ai mille affaires; je vous dis adieu, et vous embrasse de tout mon

cœur; je vous demande une amitié toute des meilleures pour M. de

Pellisson; vous me répondrez de ses sentiments. Je porte à mon fils vos

_Conversations_[579]; je veux qu'il en soit charmé, après en avoir été

charmée.

[579] Mlle de Scudéry avait publié en 1680 les deux premiers

volumes de ses _Conversations_; elle en publia deux autres en

1684, auxquels elle donna le titre de _Conversations nouvelles_.

Ce sont celles-là que Mme de Sévigné portait à son fils qui était

alors en Bretagne.

Elle disait des premières, dans une lettre à sa fille du 25

septembre 1680: «Il est impossible que cela ne soit bon, quand

cela n'est point noyé dans son grand roman.»

Au surplus, pour être fixé sur la date et le titre des diverses

_Conversations_ dont il est question dans ces lettres, il faut se

reporter à la p. 116, note 2.

Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, avec un choix de ses poésies · 第 225 / 411 题