CORBINELLI A MADEMOISELLE DE SCUDÉRY[565].

[565] Tiré de l'_Album des Lettres de Mme de Sévigné_, édition

Hachette.

[1671.]

Moi qui ne lis non plus de gazettes que l'Alcoran, je ne pouvois pas

deviner, Mademoiselle, que vous eussiez remporté le prix de l'éloquence,

et en mille ans ne me serois pas avisé de vous en faire un compliment,

parce que je n'eusse jamais pu croire que notre siècle s'avisât de mettre

un prix pour cela. Je savois seulement en gros et en détail que vous en

méritiez un sur tous les éloquens du monde, et que quand la fortune ne

seroit plus brouillée avec le mérite, vous remporteriez le prix de toutes

les belles qualités de l'esprit et du cœur. Je ne savois que cela, et ne

devinois rien; c'est de là que procède mon silence sur votre victoire,

mais c'est une belle victoire que celle là aussi, d'être l'admiration de

toutes les nations qui savent notre langue, sur quoi elles ne vous ont

rien donné. Oh! siècle, oh! mœurs, oh! honte de tout ce qu'il y a d'âmes

sensibles! Ma cousine vient de me faire un compliment sur votre prix, et

me chante pouilles de ne l'avoir pas deviné; elle vous aime trop; j'en

suis jaloux.

Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, avec un choix de ses poésies · 第 214 / 411 题