[538] Donné par M. de Monmerqué, d'après l'original faisant
partie de son cabinet, dans les éditions de 1835 et de 1854 des
_Historiettes de Tallemant des Réaux_.
Mercredi, à onze heures du matin [1659].
Mademoiselle,
Je reçus hier au soir fort tard le billet que vous m'avez fait l'honneur
de m'écrire.... Si le temps l'eût permis, je vous en aurois remerciée sur
l'heure même, car il est impossible de retenir un ressentiment si juste.
Vous avez trop payé l'ouvrage que j'ai pris la hardiesse de vous
offrir[539]; l'estime que vous en faites est assurément au-delà de son
mérite, et je ne puis attribuer les louanges que vous lui avez données,
qu'à la cause même que vous m'en découvrez en reconnoissant qu'il parle
d'un de vos plus anciens amis. Je le sais, Mademoiselle, que Cyrus est
un de vos amis, et que votre amitié est une de ses plus glorieuses
aventures; c'est en cette considération que son nom est dans les plus
belles bouches de France, et qu'il sert maintenant d'entretien au monde
poli, qui autrement ne le connoîtroit guère:
Et moi qui le connois assez parfaitement,
Si vous en croyez mon serment,
J'aurois eu peu de soin de relever sa gloire,
Quoiqu'il ait autrefois mille peuples soumis,
Si je n'avois appris ailleurs que dans l'histoire,
Qu'il possède l'honneur d'être de vos amis.
[539] La traduction de la _Cyropédie_ par Charpentier, qui est de
1659, donne la date de cette lettre.