A M. HUET, ÉVÊQUE D'AVRANCHES[432].

[432] Cabinet de M. Victor Cousin.

Ce 25 d'octobre [1691].

Je vous remercie, Monseigneur, de m'avoir appris que notre ami[433] a eu

beaucoup de voix; je ne le savois pas. M. Pavillon est fort honnête homme

et par-dessus cela cousin-germain de Mme de Pontchartrain[434]; il est

constant qu'il n'y pensoit pas, je le sais de certitude. Si M. de Meaux

et M. Dangeau eussent été à l'Académie, je crois que M. de la Loubère

l'eût emporté; ce sera pour une autre fois, il se porte assez bien pour

voir une autre occasion. Je suis bien aise, Monseigneur, que vous

comptiez ma voix pour quelque chose, mais si vous connoissiez bien mon

cœur, vous me mettriez du moins au premier rang de vos amies, et

peut-être à côté de vos premiers amis, car personne n'est plus que je le

suis votre très-humble et très obéissante servante.

[433] Mlle de Scudéry avait recommandé à Huet, pour la place

vacante à l'Académie par la mort de Benserade, M. de la Loubère,

né à Toulouse en 1642.

[434] Le ton de ce billet prouve que Mlle de Scudéry était

blessée de la préférence accordée à Pavillon sur son ami, M. de

la Loubère, qui fut ensuite nommé en 1693. La parenté de Mme de

Pontchartrain, comptée comme un des titres de Pavillon à cette

préférence, est même un trait assez malin pour Mlle de Scudéry;

mais ce qu'il y a de plaisant, c'est que la Loubère fut nommé par

le crédit de M. de Pontchartrain, chancelier, ce qui lui valut

alors une épigramme qu'on attribue à La Fontaine, et avec plus de

vraisemblance à Chaulieu. Elle se termine ainsi:

Il en sera quoi qu'on en die:

C'est un impôt que Pontchartrain

Veut mettre sur l'Académie.

Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, avec un choix de ses poésies · 第 95 / 411 题