Le proverbe qui dit que tous chemins vont à Rome, est fait exprès pour
vous, Mademoiselle, car vous allez à la gloire par des routes tout
opposées. On vous laisse un trésor en dépôt; vous le révélez
généreusement sans vous laisser tenter à nul intérêt. On vous confie un
trésor d'esprit en vous confiant un agréable dialogue[431] que la
modestie de son auteur veut cacher; vous me le montrez pour son honneur,
sans vous arrêter à une injuste exactitude qui priveroit votre ami des
louanges qu'il mérite d'avoir su tourner si ingénieusement un entretien
qu'il étoit si difficile de rendre agréable. Je vous loue donc,
Mademoiselle, et vous remercie tout ensemble de m'avoir fait part de
cette jolie aventure dont je n'ai pu faire part à M. Pellisson; car,
encore qu'il ait rendu justice à votre mérite, après avoir vu les lettres
que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, je vous assure, Mademoiselle,
qu'il ne peut guère donner de temps à ses amis. Je le vois toutes les
fois qu'il vient à Paris, mais il arrive souvent qu'on vient le chercher
dans mon cabinet, et que ses visites sont fort interrompues. Cependant
tenez pour certain qu'il vous honore autant que vous le méritez, et que
je pourrois le récuser, si on me vouloit forcer de l'accepter pour juge,
comme vous le désirez. Mais j'aime mieux vous céder, et convenir que
j'eusse pu laisser du moins en purgatoire l'âme d'un homme qui hasardoit
son salut pour deux mille écus, et qui en laissoit plus de cinquante
mille à son fils unique. Je vous cède donc, Mademoiselle, sans nulle
peine, mais je vous défie hardiment d'estimer plus M. l'abbé de
Saint-Vincent que je l'estime, et je vais le défier, en lui répondant, de
vous honorer plus que je fais, et d'être plus votre serviteur que je suis
votre très-humble servante, etc., etc.
[431] On n'a pu retrouver ce dialogue dans les papiers de l'abbé
Boisot. (W.)