Que direz-vous, Monsieur, de mon silence? Les apparences sont contre moi,
mais, dans la vérité, je ne suis pas coupable, car je ne suis point du
tout ingrate. Votre italien m'a fait pour le moins autant de plaisir que
votre espagnol, et puis un sonnet écrit de la propre main du Tasse[410]
est une chose infiniment agréable à quiconque est sensible au mérite d'un
si excellent homme. Je vous en aurois remercié plus tôt, sans un grand
rhume qui m'a fort importunée; et puis j'eusse bien voulu vous envoyer en
échange quelque chose de moi propre à vous divertir. Mais je vous envoie,
Monsieur, des vers d'un gentilhomme de mes amis de Bordeaux qui fait de
fort belles choses.[411] Vous en verrez le sujet au titre. Il faut
seulement savoir qu'un peu avant cela, le Roi m'avoit fait l'honneur de
me donner sa médaille. Vous voyez, Monsieur, que je paie mes dettes du
bien d'autrui. Mais ce n'est qu'en vers que j'en use ainsi, car vous
trouverez dans mon propre cœur toute l'estime que vous méritez et toute
la reconnoissance que doit avoir votre très-humble et très-obéissante
servante.
[410] Trouvé dans les papiers du cardinal de Granvelle, par
l'abbé Boisot, qui s'était empressé de le communiquer à Mlle de
Scudéry. (W.)
[411] Ce gentilhomme bordelais se nommait Bétoulaud. On conserve
de lui dans les recueils académiques des provinces un grand
nombre de pièces de poésie. (W.)
M. de Pellisson est à Fontainebleau. Je lui montrerai le sonnet à son
retour, qui lui fera plaisir.