17 octobre 1687.

Que direz-vous, Monsieur, de mon silence? Les apparences sont contre moi,

mais, dans la vérité, je ne suis pas coupable, car je ne suis point du

tout ingrate. Votre italien m'a fait pour le moins autant de plaisir que

votre espagnol, et puis un sonnet écrit de la propre main du Tasse[410]

est une chose infiniment agréable à quiconque est sensible au mérite d'un

si excellent homme. Je vous en aurois remercié plus tôt, sans un grand

rhume qui m'a fort importunée; et puis j'eusse bien voulu vous envoyer en

échange quelque chose de moi propre à vous divertir. Mais je vous envoie,

Monsieur, des vers d'un gentilhomme de mes amis de Bordeaux qui fait de

fort belles choses.[411] Vous en verrez le sujet au titre. Il faut

seulement savoir qu'un peu avant cela, le Roi m'avoit fait l'honneur de

me donner sa médaille. Vous voyez, Monsieur, que je paie mes dettes du

bien d'autrui. Mais ce n'est qu'en vers que j'en use ainsi, car vous

trouverez dans mon propre cœur toute l'estime que vous méritez et toute

la reconnoissance que doit avoir votre très-humble et très-obéissante

servante.

[410] Trouvé dans les papiers du cardinal de Granvelle, par

l'abbé Boisot, qui s'était empressé de le communiquer à Mlle de

Scudéry. (W.)

[411] Ce gentilhomme bordelais se nommait Bétoulaud. On conserve

de lui dans les recueils académiques des provinces un grand

nombre de pièces de poésie. (W.)

M. de Pellisson est à Fontainebleau. Je lui montrerai le sonnet à son

retour, qui lui fera plaisir.

Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, avec un choix de ses poésies · 第 82 / 411 题