A M. L'ABBÉ BOISOT.

Le 12 septembre 1687.

Quoique je sois fort diligente, Monsieur, à reconnoître dans mon cœur

tout ce que vous avez fait pour m'obliger, je dois vous paroître un peu

paresseuse à vous remercier du plaisir que m'ont donné toutes vos

lettres espagnoles[408]. Mais un grand rhume m'a empêchée de les lire

durant quelque temps. Je les trouve pleines de beaucoup d'esprit et je

suis persuadée qu'il y en avoit plus en ce temps-là en Espagne qu'il n'y

en a aujourd'hui, et je suis assurée que le Roi qui y règne n'écrit pas

comme celui dont M. de Pellisson m'a fait voir les lettres, ni les dames

de sa cour comme la _Torquilla_. Je vous remercie donc, Monsieur, d'avoir

songé à me les faire voir. Vous ne me dites point s'il faut vous les

renvoyer. Cependant je prends la liberté de vous donner douze vers[409]

que je fis le lendemain que j'eus été voir Saint-Cyr par ordre de Mme de

Maintenon, qui m'y reçut avec beaucoup de bonté. On y a fait un chant

parfaitement beau. Il y a près de trois cents jeunes demoiselles dans

cette maison. C'est un établissement admirable. C'est à ces jeunes filles

que j'adresse ces vers. Je souhaite qu'ils ne vous déplaisent pas,

Monsieur, et que vous me croyiez autant que je suis

Votre très-humble et très-obéissante servante.

[408] Il est probable que ces lettres faisaient partie des

papiers du cardinal de Granvelle, et que l'abbé Boisot, toujours

empressé d'être agréable à Mlle de Scudéry, les lui avait

envoyées. (W.)

[409] Voyez-les, aux Poésies.

Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, avec un choix de ses poésies · 第 80 / 411 题