AU MÊME.

[1685 ou 1686.]

Le sonnet que vous m'envoyez[403], Monsieur, est fort beau, mais il est

trop flatteur; j'en rabats ce que je dois, et je vous en remercie sans

me laisser persuader ce que je ne mérite pas. Je suis fâchée, Monsieur,

pour l'amour de vous, de ne pouvoir changer ma manière, mais je ne le

puis. J'ai un grand nombre d'amis, et je suis assurée qu'il n'y en a pas

un qui me conseillât de changer un caractère dont je me suis si bien

trouvée. Il y a plus de trente ans que M. le duc de Montausier me loue de

ne faire pas le _bel esprit_; en un mot, Monsieur, rien n'est plus opposé

à mon humeur, et je ne puis, en façon du monde, faire ce que vous

désirez. Quand mes amis me montrent quelque ouvrage, je ne décide jamais

rien. Les deux aimables personnes que vous avez choisies suffisent à

juger des choses plus difficiles[404]: Si elles ne s'accordent pas,

choisissez un honnête homme pour être un tiers. Voilà, Monsieur, tout ce

que je puis. Et pour finir par où j'ai commencé, je vous loue et vous

remercie, et je vous promets de louer avec plaisir l'ouvrage qui

remportera le prix; c'est tout ce que peut

Votre très-humble et très-obéissante servante.

[403] Ce sonnet à la louange de Mlle de Scudéry se trouve dans la

_Nouvelle Pandore_, t. I, p. 313.

[404] Il s'agissait d'un concours de bouts-rimés en l'honneur du

duc de Saint-Aignan, protecteur de Vertron. Celui-ci avait

désigné Mme Deshoulières et Mlle Serment pour exercer cette

espèce d'arbitrage que Mlle de Scudéry décline ici avec

politesse.

Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, avec un choix de ses poésies · 第 78 / 411 题