[Fin de 1665 ou commencement de 1666.]
Je ne sais, Monsieur, si vous songez quelquefois qu'il y a longtemps que
je vous dois une réponse; mais je sais bien que vous êtes obligé d'y
songer, et que j'ai eu si souvent envie de vous écrire, que vous m'en
devez savoir fort bon gré. J'attendois toujours que j'eusse l'esprit plus
tranquille, afin de vous écrire sans chagrin: mais comme je prévois que
j'aurai encore deux ou trois mois d'inquiétude, je me résous enfin à vous
entretenir, toute mélancolique que je sois. Ce n'est pas que les affaires
de M. de Pellisson ne soient en fort bon état, et que tout le monde ne
rende justice à sa vertu, mais sachant combien il aime son maître, et
étant lui-même fort touché de son infortune, je ne puis pas avoir
l'esprit en repos que cette affaire ne soit terminée. Mais après tout,
Monsieur, mon amitié est toujours la même, et j'espère que vous la
reverrez paroître avec les premières roses, telle qu'elle étoit l'année
passée à la saison des violettes. Faites donc en sorte que je retrouve la
vôtre telle qu'elle étoit; je vous en conjure par l'admirable Octavie.